Penser l’agression sexuelle

peinture©pierrezufferey.ch

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Un congrès sur les violences sexuelles rassemblera les spécialistes francophones de la question. L’occasion de partager les expériences et de présenter les recherches récentes réalisées auprès des victimes et des auteurs.

Dans notre société, il n’est pas inutile de mettre en perspective l’insulte sexuelle banalisée et l’agression physique, les violences sanctionnées et le sexisme au quotidien, par exemple en milieu scolaire. Ce sera l’un des sujets abordés lors du 6e Congrès international francophone sur l’agression sexuelle (CIFAS), qui se tiendra du 12 au 14 septembre 2011 à Montreux. Lancé en 2001 au Québec, ce rassemblement a lieu tous les deux ans. Il est organisé cette année par le Service de médecine et de psychiatrie pénitentiaires du Département de psychiatrie (CHUV-UNIL), en collaboration avec l’Institut de psychologie de la Faculté des sciences sociales et politiques.

Président du comité scientifique, le professeur Pascal Roman précise qu’il s’agit de réunir toutes les disciplines et tous les spécialistes de ce domaine (psychiatres et psychologues, bien sûr, mais aussi magistrats, travailleurs sociaux, médecins, avocats, infirmiers, policiers, associations actives en Suisse et ailleurs) et de confronter les recherches scientifiques et les pratiques. Pas moins de 600 personnes seront ainsi rassemblées pour participer à des conférences, symposiums et ateliers abordant la question de l’agression sexuelle sous l’angle des victimes et des auteurs, dans toute leur diversité, des entourages, des soignants, de la société en général.

Débat entre le soin et la peine
Ces trois journées de travail permettront d’assurer, par exemple, la rencontre entre une magistrate québecoise, un policier neuchâtelois et une sociologue française. De l’accueil des victimes à la prise en charge des auteurs (parfois adolescents comme le confirme Pascal Roman, qui travaille sur cette question), il s’agira de confronter les différentes perspectives théoriques, les stratégies thérapeutiques (modifier les comportements de façon plus ou moins mécanique ou travailler plutôt en profondeur sur le fonctionnement psychique) ou encore d’analyser le regard porté par la société sur les agressions sexuelles. «Il y a un grand débat entre le soin et la peine, détaille Pascal Roman, et d’autres débats en fonction des différentes législations, par exemple il n’y a pas en France, comme en Suisse, de contrainte de soin en prison ; les soins interviennent après la peine. En Suisse, le suivi thérapeutique peut prolonger l’enfermement et alors il n’y a plus de repère temporel pour ces détenus...»

Ce sera l’occasion d’exposer, au sein de l’espace francophone, cette grande variété des réponses sociales, pénales, cliniques, éthiques, des perspectives scientifiques et des interventions thérapeutiques, de confronter les visions, de transmettre des résultats de recherche et de partager des savoir-faire. «L’agression sexuelle est un acte qui nous met au défi de penser ce qui a surgi à travers l’effroi. La violence qu’elle révèle chez l’agresseur pose la question de son humanité à retrouver. Cette violence bouleverse, autant par ce qu’elle fait subir à la victime que par son écho dans l’ensemble du corps social», écrivent les professeurs Pascal Roman et Bruno Gravier, organisateurs de cette ambitieuse rencontre interdisciplinaire.



 
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