Les endroits où nos anticorps sont produits

24 Juillet 2008

Une équipe de l’Université de Genève a repéré d’étonnantes concentrations d’une molécule nommée APRIL dans les tissus humains où des cellules spécialisées, appelées plasmocytes, produisent des anticorps. Pour ce faire, celles-ci doivent trouver un environnement favorable à leur propre survie; or, elles se concentrent au lieu précis où la molécule est fortement représentée. Les chercheurs ont ainsi pu établir la nécessité d’APRIL pour la survie des plasmocytes et, du même coup, qualifier de «niches» les cavités où la molécule est capturée. Ces résultats, issus d’une étroite collaboration avec l’Université de Lausanne et une société spécialisée, viennent de paraître dans The Journal of Clinical Investigation.

Le groupe de recherche en hématologie, que dirigent Bertrand Huard et Eddy Roosnek à la Faculté de médecine de l’UNIGE, s’intéresse aux mécanismes développés par le système immunitaire lorsqu’il est confronté aux cancers. Au cours de leurs investigations, ces chercheurs se sont penchés sur d’étranges cavités, observées dans des tissus de l’amygdale et de l’intestin grêle, au sein desquelles se rassemblent les plasmocytes.

Une molécule convoitée par les plasmocytes…

Bordées par l’épithélium des muqueuses, les cavités observées avoisinent le monde extérieur et, par conséquent, les agents pathogènes. Or, APRIL, molécule libre de ses mouvements après son émission par les cellules du système immunitaire, semble retenue au niveau de ces fosses. D’autres molécules jouant le rôle de colle les agglutinent là : ce phénomène engendre une accumulation de plasmocytes hors du commun, ainsi qu’une faramineuse production d’anticorps. Le tout à seulement quelques centaines de microns des pathogènes. Pour les scientifiques, ces imbrications relèvent d’un mécanisme très sophistiquéde protection.

…mais aussi par les cellules cancéreuses

Hélas, ces niches se forment aussi dans des tissus malades. En effet, chez certains patients atteints de lymphome, non seulement ce dispositif de survie apparaît démultiplié autour de la tumeur, mais la résistance aux traitements augmente avec la concentration de molécules APRIL. Autrement dit, le cancer les détournerait, afin d’assurer son développement. Ce qui n’étonne guère Bertrand Huard : «De plus en plus d’expérimentations montrent la dépendance du cancer aux molécules de notre organisme. Identifier ces molécules conduira à des thérapies spécifiques prometteuses.»

Comment renverser la situation

Traquer APRIL pourrait donc s’avérer fructueux d’un point de vue clinique. C’est à cela que le groupe s’est du reste attelé. Il teste actuellement, sur des souris porteuses de lymphomes, des traitements bloquant la molécule. Son interaction avec le lymphome est dans le viseur. Ou comment des spécialistes cherchent à interrompre les signaux de survie, quand ceux-ci sont détournés par une cellule maligne.

Informations

Contacter Bertrand Huard, tél. 022 379 58 11, Bertrand.Huard [at] medecine.unige.ch

 
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