Lien surprenant entre le sommeil et l'addiction

Lien surprenant entre le sommeil et l'addiction

Une étude révèle un lien surprenant entre la régulation du sommeil et les mécanismes d'addiction. Les résultats ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques pour le traitement de l'insomnie comme de l'addiction. Ils pourraient également apporter la clé du lien observé entre troubles du sommeil et maladies psychiatriques.

Une équipe de l'Université de Genève (UNIGE), en collaboration avec des chercheurs zurichois, a mis en lumière, pour la première fois chez l'être humain, un mécanisme commun des troubles du sommeil et des troubles addictifs. Elle a montré qu'une hormone impliquée dans la régulation du sommeil, l'hypocrétine, jouait aussi un rôle de régulation des circuits liés à la récompense et aux émotions. A l'aide de l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), les chercheurs ont étudié des patients souffrant d'une envie irrépressible de dormir durant la journée et présentant un très faible taux d'hypocrétine. Ils ont observé que les zones du cerveau liées au sentiment de satisfaction font état d’une activité plus faible que la normale. Ceci pourrait expliquer pourquoi ces personnes ne sont que très rarement sujettes à des problèmes d'addiction. Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques pour le traitement de l'insomnie comme de l'addiction.

Hormone quasiment absent

L'hypocrétine est une hormone produite par des neurones spécifiques dans l'hypothalamus. Aussi appelée orexine, elle joue un rôle important dans la stimulation de l'appétit et de l'état d'éveil. Cette molécule est quasi absente chez les personnes souffrant de narcolepsie, maladie notamment caractérisée par un état de somnolence excessive durant la journée et par un sommeil nocturne très fragmenté.

Rôle clé de l'hypocrétine

Des études récentes chez les animaux ont montré que l'hypocrétine pourrait être impliquée dans le circuit de la récompense, circuit qui contrôle notre comportement par l'induction d'une sensation de plaisir. Or, ce circuit est fortement mis à contribution chez les personnes souffrant de dépendances. Un constat qui fait de l'hypocrétine un probable complice dans l'origine des comportements addictifs.

Indifférence à l'appât du gain

Une équipe de la Faculté de médecine et du Centre de neurosciences a mis au jour, pour la première fois chez l'être humain, un lien entre la régulation du sommeil et l'apprentissage des événements liés à la récompense. Au moyen d'une IRM, le groupe de Sophie Schwartz a enregistré l'activité cérébrale de patients narcoleptiques en train de jouer à un jeu d’argent. Celui-ci consistait à appuyer sur une touche lorsqu'une image apparaissait sur un écran. En fonction de la rapidité de la réponse, les participants pouvaient gagner ou perdre des points, représentant des gains ou des pertes d'argent.

Lien entre troubles du sommeil et maladies psychiatriques

Les scientifiques se sont aperçus que les régions impliquées dans le circuit de récompense ne s'activaient pas normalement chez les narcoleptiques. Ils ont à ce titre remarqué que l'aire tegmentale ventrale, responsable en partie de la libération de dopamine, enregistrait une baisse significative d'activité. Ces résultats expliqueraient pourquoi les narcoleptiques présentent rarement des problèmes de dépendance, malgré la prise répétée de drogues addictives de type amphétamine, qui leur sont nécessaires pour rester éveillés. L'absence d'hypocrétine chez les narcoleptiques empêche un renforcement délétère du circuit de la récompense observé chez les personnes souffrants d’addiction, ce qui, en l'occurrence, les rend peu sensibles au gain. Ces résultats apportent peut-être aussi la clé du lien observé entre troubles du sommeil et maladies psychiatriques. «Les dépressifs ont souvent des troubles du sommeil et une mauvaise régulation du système à hypocrétine pourrait en être un facteur» relève Sophie Schwartz.

Faire d'une pierre deux coups

Ces travaux offrent un éclairage nouveau sur les mécanismes d'addiction. Ils suggèrent pour la première fois qu'une diminution du taux d'hypocrétine dans notre cerveau permettrait non seulement le traitement des troubles du sommeil, mais aussi des dépendances aux drogues. L'importance de tels résultats, ajoutés à ceux relatifs aux animaux, n'est pas passée inaperçue auprès des entreprises pharmaceutiques, puisque certaines d’entre elles développent d’ores et déjà des médicaments visant à bloquer l'activité des récepteurs d'hypocrétine afin de traiter l'insomnie, et que des recherches analogues sont menées au sujet de l'addiction.


Contact

Pour obtenir de plus amples informations, n’hésitez pas à contacter Sophie Schwartz au +41 (0)22 379 53 76 ou à Sophie.Schwartz [at] unige.ch
 

 
Logo Careerjet
Bookmark and Share