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Exploitation commerciale de biopolymères

Robert Gurny, spécialiste en technologie pharmaceutique à l’Université de Genève, vient d’établir deux partenariats successifs avec des sociétés pharmaceutiques, pour développer l’exploitation commerciale de biopolymères qu’il a mis au point récemment. Si ces derniers agissent dans des domaines très différents, ils relèvent tous deux du drug delivery, c’est-à-dire des techniques qui permettent l’acheminement de médicaments vers l’organe concerné, à la bonne dose et pour une durée déterminée. Utilisé pour injecter des substances qui se dissolvent mal dans l'eau, le premier pourrait concerner un grand nombre de cancers, ainsi que l’ophtalmologie. A base de chitosan, une substance que l’on trouve dans les carapaces de crustacés, le second devrait, quant à lui, servir en orthopédie ou à la cicatrisation de blessures.

Pour Robert Gurny, le ciblage constitue l’enjeu pharmaceutique du XXIe siècle. En effet, jusqu’à présent, un grand nombre de thérapies médicales s’apparentaient au largage massif de pesticides en agriculture: on inondait le corps, de sorte à s’assurer que le médicament passe les barrières qui le séparent de l’organe concerné, d’une part, et qu’il y parvienne en concentrations suffisantes, d’autre part. En dépit de leur efficacité avérée, ces méthodes ont l’inconvénient d’occasionner régulièrement des effets secondaires en raison du surdosage. Mais les techniques évoluent et la recherche en sciences pharmaceutiques privilégie, aujourd’hui de plus en plus, celles qui permettent l’acheminement du médicament jusqu’à sa cible, suivant un dosage et une durée déterminés.

Agir au niveau de la cellule
Ce sont deux de ces nouvelles techniques que Robert Gurny, Michael Möller et leur équipe à la Section des sciences pharmaceutiques de l’université de Genève, viennent de mettre au point. La première est un «micelle polymérique», c'est-à-dire une nanostructure (100 000 fois plus petite que le millimètre) qui, compte tenu de ses composantes hydrophiles et hydrophobes, peut pénétrer jusqu’à la cellule pour injecter des substances qui se dissolvent mal dans l'eau, ce qui est le cas de beaucoup de substances contre le cancer, par exemple. Polymère non toxique et biodégradable, ce véhicule pharmaceutique pourrait agir au niveau d’un organe aussi difficilement atteignable que le cerveau.
En outre, l’université de Genève vient d’accorder une licence d'exploitation à Brookwood Pharmaceuticals, une société américaine de renommée mondiale dans le domaine du drug delivery. Le laboratoire de Robert Gurny est aujourd’hui entré dans un partenariat avec cette société afin de trouver des substances actives développées par des sociétés pharmaceutiques qui profiteraient d'un mariage avec le nouvel excipient mis au point par l’université de Genève. Envisagé notamment dans le cadre de thérapies liées au cancer ou en ophtalmologie, son usage pourrait aussi s’étendre à la photothérapie et au diagnostic.

Un gel thermosensible

M. Gurny a par ailleurs développé, en collaboration avec lOlivier Jordanet et Marianne Reist, un biopolymère à base de chitosan (un dérivé de la chitinecontenu dans la carapace de crustacés), aux propriétés très intéressantes. Liquide à température ambiante, il se gélifie à la température du corps. Ce gel thermosensible peut donc être aisément injecté, pour se figer ensuite et rester en place. Le gel pourrait, par exemple, être administré de façon intra-articulaire à des patients souffrant d’ostéoarthrite ou être injecté lors de chirurgie oculaire. Il pourrait être également utilisé dans le cadre de reconstitution osseuse. Alors qu’il remplit la fracture de facteurs de croissance, il disparaît ensuite via la dégradation du chitosan au fur et à mesure de son action. De plus, les polymères à base de  chitosan ont des propriétés attractives pour la guérison des tissus, dans la mesure où ils sont bactériostatiques, biocompatibles et biodégradables.  L'université de Genève a déposé deux brevets relatifs à ce polymère dont les droits viennent d’être cédés à la société genevoise TRB Chemedica international S.A. pour l'exploitation commerciale. TRB Chemedica souhaite notamment développer un  produit à base de ce polymère, qui serait injecté dans les articulations en cas d'ostéoarthrite pour les lubrifier.

Contacts

Pour obtenir de plus amples informations, n’hésitez pas à contacter Robert Gurny par tél. : (+41) 22 379 61 46, Robert.Gurny [at] unige.ch.

 
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