Le cyclone Sidr (Bangladesh, 2007), plus puissant et plus étendu que Nargis (Birmanie, 2008), avait pourtant fait 30 fois moins de victimes. Comment cela s’explique-t-il’ L’impact des cyclones tropicaux sur l’homme dépend de nombreux facteurs que les calculs d’évaluation de risque doivent prendre en compte. Jusqu’à présent, les rapports d’évaluation de risque lié aux cyclones tropicaux reposaient uniquement sur le nombre de décès signalés. Pour pallier à cette carence, des chercheurs du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), de l’Université de Genève, de l’Université de Lausanne (UNIL), de l’Université de Grenoble et de l’Administration nationale des océans et de l’atmosphère (NOAA) ont mis au point une nouvelle méthode d’évaluation du risque plus fiable qui s’appuie sur l’observation de milliers de cyclones tropicaux et sur l’analyse de plusieurs dizaines de paramètres contextuels. Cette méthode inédite a fait l’objet d’un article dans la revue Nature Climate Change.
De 1970 à 2009, les cyclones tropicaux ont entraîné la mort de 789 000 personnes à cause, notamment, de Bohla au Bangladesh et de Nargis en Birmanie. Estimer les pertes humaines potentielles liées à ces catastrophes naturelles nécessite l’identification de toutes les composantes du risque, à savoir les aléas (l’intensité et la fréquence des cyclones), l’exposition (le nombre de personnes, infrastructures et les hectares de culture touchés) et la vulnérabilité (le pourcentage de perte lié à un événement d’une certaine intensité). Ces trois composantes étant en constante évolution, le risque doit être réévalué périodiquement.
La population mondiale s’est accrue de 86% entre 1970 et 2010, ce qui a immanquablement augmenté l’exposition de la population aux cyclones tropicaux. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, le taux de mortalité sur cette période ne s’est pas accentué. Que cela signifie-t-il? Que l’augmentation de l’exposition a été compensée par une réduction notable de la vulnérabilité? Ou que l’amélioration de l’accès à l’information a été telle que les personnes exposées ont pu éviter le pire? Les rapports d’évaluation de risque classiques s’appuient sur des bases de données internationales qui sont malheureusement incomplètes et qui, par conséquent, ne permettent pas d’indiquer si un accroissement de la mortalité résulte d’une forte exposition, d’une intensité cyclonique accrue ou d’une vulnérabilité croissante. Face à ces carences, des chercheurs placés sous la direction de Pascal Peduzzi, chef de l’Unité de changement global et vulnérabilité du GRID-Genève (une entité tripartite entre le PNUE, l’Université de Genève et l’Office fédéral de l’environnement), ont développé une nouvelle méthode d’évaluation de risque.
Une analyse au cas par cas
Cette méthode fournit une analyse des tendances du risque de mortalité lié aux cyclones tropicaux grâce à l’étude exhaustive et inédite des quelque 4000 cyclones tropicaux survenus entre 1970 et 2009. A travers l’examen détaillé de chacun de ces événements – contrairement aux recherches précédentes qui se basaient sur des moyennes - les chercheurs ont produit des données fiables et complètes quant à l’intensité et à la fréquence des cyclones, à l’exposition humaine et économique et à la vulnérabilité. Jusqu’à présent, l’unique facteur de vulnérabilité considéré était la pauvreté. Après avoir envisagé plus de 40 indicateurs, l’équipe de Pascal Peduzzi a conclu que les facteurs de vulnérabilité les plus pertinents à prendre en compte étaient la pauvreté mais aussi la gouvernance des pays et l’isolement des populations. A partir de ces données, une cartographie par pays a été conçue, un index de risque de mortalité développé et des analyses de tendances proposées.








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