
Andreas Mayer, ordinaire au Département de biochimie de l’UNIL © DR
Professeur ordinaire au Département de biochimie de l’UNIL, Andreas Mayer s’est vu décerner le "Jürg Tschopp Basic Life Science Award" le 7 juin 2012 lors de la remise des "FBM Awards 2012" à Dorigny. Il occupera par ailleurs le poste de vice-Doyen pour l’organisation de la Section des sciences fondamentales dès le 1er août 2012. Portrait d’un passionné de science.
Depuis 2003, Andreas Mayer occupe le poste de professeur ordinaire en biochimie à l’Université de Lausanne. En 2009, il a obtenu un subside de l’European Research Council (ERC) pour mener à terme une recherche sur la biogenèse des organelles et le trafic vésiculaire, intitulée "Organelle homeostasis: How are membrane fission and fusion machineries coordinated to regulate size and copy number of a lysosomal compartment?" Pour ce travail, qui vise notamment à comprendre la neurotransmission au sein du système nerveux des plantes, et par ricochet des espèces animales, il collabore avec une équipe de 13 chercheurs.
«J’ai toujours aimé faire des expériences. Enfant, j’ai reçu une boîte de petit chimiste qui m’a beaucoup occupé.» Dans son bureau du site d’Epalinges, avec Lausanne en contrebas noyée dans la brume, Andreas Mayer rit. «J’avais un don pour ça.» A la fin de sa scolarité, le jeune homme hésite entre l’ingénierie, la médecine, la chimie et la biologie, mais à 18 ans un stage d’ingénierie en entreprise le convainc d’opter pour les sciences. «J’étais fasciné par la nature et cet intérêt était plus fort que pour le métier d’ingénieur.» Ce qui l’intéresse vraiment, c’est la biochimie, mais à l’époque, il n’existait pas de cursus dans cette discipline. Il fallait bricoler son curriculum, alors il accomplit ses premiers semestres en chimie, puis y rajoute la biologie.
«Très vite, je me suis concentré sur les plantes, dit-il. Je n’aimais pas travailler sur des animaux. Je n’aimais pas l’idée de les faire souffrir ou de les tuer. Ce n’était pas idéologique, mais émotionnel. De plus, d’autres organismes offrent de nombreux avantages techniques.» Les champignons en particulier, faciles à manipuler. Et qui ne posent pas de problèmes éthiques. En 1990, il commence une thèse à l’Institut de physiologie des plantes de l’Université de Munich sur la biogenèse des chloroplastes. «Mais très vite, je me suis rendu compte que mes résultats étaient des artefacts, sans pertinence.»
Andreas Mayer change son fusil d’épaule. «J’avais des avec l’Institut de chimie physiologique de Munich, un centre situé en tête de course au niveau mondial.» C’est en 1992. Le directeur du groupe, le professeur Walter Neupert, accepte de le prendre. «Là, j’ai choisi de rédiger ma thèse sur la reconstitution de la translocation des protéines à travers les membranes externes des mitochondries*, raconte-t-il. C’était gonflé, car plusieurs personnes s’étaient déjà cassé les dents sur ce sujet. Mais j’ai élaboré une approche différente qui a bien fonctionné.» L’enjeu de cette thèse? Il raconte, non sans fierté: «Dans les cellules, des membranes séparent les protéines dans différents espaces. Parfois, les protéines doivent traverser ces murs. Je voulais comprendre le mécanisme qui laisse passer les protéines dans les mitochondries, et dans toutes les organelles. Ces mécanismes sont les mêmes pour les champignons, les plantes, les mammifères, l’homme même. Et j’ai pu prouver que cette machinerie était parfaitement réversible. J’ai découvert que le principe de la translocation, comment les protéines faisaient pour passer d’un sens à l’autre, était celui du cliquet brownien.»
Plus tard, après un post-doc à la Dartmouth Medical School, il postule à Tübingen à l’Institut Max-Planck. C’était un institut particulier, sans directeur, un pur produit de mai 68: «Il comprenait quatre groupes de recherche juniors totalement autogérés, se souvient Andreas Mayer, nous prenions les décisions en collectif.» Les juniors s’occupent de tout, du paiement des factures, des réparations, de l’administration. «Depuis, je sais faire marcher un institut. Nous étions libres et très gâtés financièrement. C’était une garderie scientifique sans gardien.» Après six ans, il doit laisser sa place. Il dispose de plusieurs offres, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Suisse. «Lausanne était le meilleur compromis pour moi, relève-t-il. Aux Etats-Unis, les conditions étaient plus intéressantes, mais pour mes enfants, j’ai préféré rester en Europe.» Avant de préciser : «J’ai eu mes deux enfants très jeune, à 23 ans.»







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