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Fruits aphrodisiaques : l’odeur qui fait mouche

© Juergen Berger, MPI fuer Entwicklungsbiologie
On croyait la mouche drosophile attirée par certaines phéromones femelles, sans avoir jamais trouvé ces substances. Une équipe de l’UNIL découvre que le comportement sexuel du mâle est activé en réalité par une odeur de fruit.
Parfumées par les odeurs de la nourriture qu’elles mangent, les femelles drosophiles s’attirent les faveurs sexuelles via un récepteur exprimé dans les neurones olfactifs des mâles. Sous le doux nom de IR84a, ce récepteur connu pour sa participation au fonctionnement du circuit de la séduction trouve enfin sa fonction grâce à l’étude menée au Centre Intégratif de Génomique de l’UNIL par le professeur Richard Benton et publiée dans Nature.
Jusqu’ici, les spécialistes de la génétique du comportement travaillant sur le modèle des comportements sexuels estimaient que la drosophile femelle, à l’instar d’autres animaux comme le papillon de nuit ou la souris, produisait des phéromones détectées par les mâles. Cependant, ces fameuses substances femelles n’ont jamais été trouvées chez la drosophile. La découverte du groupe de Richard Benton suggère qu’elles n’existent peut-être pas et attribue une fonction de détecteur olfactif au récepteur IR84a.
«Nous avons trouvé que ce récepteur détecte une molécule chimique dégagée par les tissus végétaux, l’acide phénylacétique, une odeur aromatique utilisée par exemple dans la fabrication de certains parfums, explique le chercheur. Auparavant, nous avions soumis ce récepteur à des extraits de phéromones produites par les femelles, sans aucune réponse», affirme Richard Benton.
Circuit de la séduction
Pour observer le fonctionnement de ce circuit de la séduction lors duquel le mâle poursuit la femelle, la renifle, lui fait de l’aile, lui bourdonne une chanson propre à l’espèce concernée et parvient finalement au but désiré, les chercheurs ont enfermé des spécimens dans un petit dispositif plastifié et transparent. Une «sex tape» démontrant alors sans doute possible le rôle du récepteur et de l’odeur en question.
«Nous avons vérifié que la suppression du gène de ce récepteur rendait le mâle beaucoup moins intéressé sur le plan sexuel. En outre, nos expériences ont démontré qu’un ajout artificiel de cette odeur végétale rendait le mâle normal encore beaucoup plus actif», ajoute le professeur Benton.
Les mouches drosophiles cherchent les fruits avariés, s’en nourrissent et y pondent leurs oeufs. On sait désormais qu’elles en captent une odeur aphrodisiaque qui déclenche le comportement sexuel des mâles. Existe-t-il des circuits aphrodisiaques similaires chez les êtres humains? La question reste ouverte...
l’UNIL en portrait
Charles-Augustin Sainte-Beuve
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