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Le cinéma en Suisse

Un regard rétrospectif sur la politique du cinéma en Suisse.
Un sociologue raconte l’histoire du cinéma suisse sous l’angle des relations entre l’Etat et les professionnels de la profession, comme disait Godard. C’est le pari d’Olivier Moeschler dans un livre de la Collection Le savoir suisse.
Sociologue à l’Observatoire Science, Politique et Société de l’UNIL, Olivier Moeschler signe un ouvrage compact et éclairant aux Presses polytechniques et universitaires romandes, intitulé Cinéma suisse - Une politique culturelle en action : l’Etat, les professionnels, les publics, dans la Collection Le savoir suisse.
Issu notamment de sa thèse de doctorat, c’est un récit qui inscrit brillamment les analyses et les concepts de la sociologie de la culture dans une histoire vivante, traversée par des rapports de force, des échecs et des succès, des choix politiques et personnels incarnés par des cinéastes, des producteurs, des conseillers fédéraux, des fonctionnaires dirigeant la Section cinéma à Berne, dont Nicolas Bideau pour la période la plus récente.
Films d’auteur ou logique de marché?
L’auteur raconte ainsi les «trois âges d’or» du cinéma suisse, la période 1935-1945, qui se joue sans le soutien d’un «Etat spectateur», les années 1970-1990 durant lesquelles un «Etat mécène» finance un cinéma d’auteur souvent critique et critiqué, mais faisant exister la Suisse sur la scène internationale, puis la période récente qui voit un «Etat producteur» imposer une logique de marché qui favorise des films déjà favorisés, portés par des producteurs supposés connaître et anticiper les goûts du «grand public». Cette nouvelle politique n’exclut pas un certain soutien à des films d’auteur mais privilégie clairement des locomotives comme Grounding, sur les derniers jours de Swissair, Mon nom est Eugen , du même réalisateur Michael Steiner, ou encore, toujours sous la direction de ce cinéaste, le tout récent et passablement chahuté Sennentuntschi.
L’audimat national existe-t-il?
L’Etat veut faire décoller la part de marché du cinéma suisse, qui frise le record de 10% en 2006, mais ces quelques succès se heurtent cependant tous, plus ou moins, à la barrière linguistique, et sont invendables à l’étranger. A la lecture de ces pages éclairantes on se dit que «l’audimat national» est un mythe, sauf exceptions bien sûr. Réalisé sans le soutien de la Confédération (qui va ensuite le primer), Les Faiseurs de Suisses (Rolf Lyssy 1978) a pu totaliser un million d’entrées dans toutes les parties du pays. Certains films bénéficient en revanche d’une reconnaissance internationale et des oeuvres d’Alain Tanner, Daniel Schmid, Richard Dindo, Lionel Baier, Jean-Stéphane Bron, Ursula Meier, par exemple, séduisent aussi des publics internes, romands et alémaniques. Comme le rappelle Olivier Moeschler, c’est un film d’auteur signé Fredi Murer,Vitus, qui obtient en 2007 le Prix du cinéma suisse.
Nomination d’Ivo Kummer
Cet ouvrage donne envie de prolonger l’attentive observation proposée par l’auteur d’une politique suisse du cinéma à nouveau en plein changement. La nomination d’Ivo Kummer - grand pourfendeur de la politique de Berne ces dernières années - à la tête de la Section cinéma semble être un bon calcul. Pour l’heure, cependant, entendre le conseiller fédéral Didier Burkhalter affirmer dans la presse que «L’Etat n’a pas à se mêler du contenu des films», est-ce forcément positif ou potentiellement inquiétant ?
Jeudi 8 décembre 2011 entre 12h et 13h, une séance de dédicaces est prévue à la librairie Basta-Dorigny. Et le soir, dès 19h, un vernissage du livre combinera dédicaces, projection, DJ et bar au Zinéma à Lausanne.
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