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Maigre à cause d’un gène

Sébastien Jacquemont, Jacques S. Beckmann et Alexandre Reymond. ©UNIL et CEMCAV-CHUV
Une équipe de l’UNIL-CHUV met en évidence une cause génétique de l’extrême maigreur due à une anomalie sur le chromosome 16. Une découverte de Sébastien Jacquemont, Alexandre Reymond et Jacques S. Beckmann publiée dans "Nature".
Une région située sur le bras court du chromosome 16 est connue comme étant parfois sujette à des fluctuations du nombre de copies. Si la majorité des individus possède deux copies de cette région, l’une transmise par la mère et l’autre par le père, environ une personne sur 2500 n’en a qu’une seule et une sur 2000 est dotée trois copies.
Le même groupe de collaborateurs découvrait l’année passée que le fait de n’avoir qu’une copie de ce fragment du chromosome 16 pouvait expliquer certains cas d’obésités sévères. Cette particularité génétique étoffait nos connaissances, déjà larges, sur l’hérédité de l’obésité. On ne connaît, en revanche, rien des causes génétiques du sous-poids, d’où l’importance de cette découverte de Sébastien Jacquemont, Alexandre Reymond et Jacques S. Beckmann. Ils démontrent que les personnes porteuses de l’anomalie génétique inverse - possédant trois copies de cette région - présentent une maigreur importante, voire extrême, avec un indice de masse corporelle (IMC) très bas. Par exemple, les patients adultes porteurs de ce changement présentent entre 7 et 20 fois plus de risques d’être en sous-poids que la population générale. «Il est possible que certains des gènes de la région régulent la sensation de satiété», déclare Jacques S. Beckmann.
«Chez les enfants, précise Sébastien Jacquemont, la moitié des porteurs est en sous-poids. Ils ne mangent presque rien et c’est très dur pour les parents. Il vaut la peine de réaliser un bilan génétique pour explorer les causes de ce trouble de l’alimentation chez l’enfant, que l’on appelle en anglais failure to thrive. D’une manière générale, nous croyons pouvoir contrôler nous-mêmes notre apport alimentaire ou celui de nos enfants et par conséquent le poids, or il est probable que ces phénomènes de régulation nous échappent largement.»
La mise en évidence d’une cause génétique de la maigreur pathologique a nécessité l’examen, dans le cadre d’une gigantesque collaboration internationale orchestrée depuis Lausanne, d’un très grand nombre de personnes - près de 100’000 - afin de dépister la présence de cette mutation rare (duplication de cette région). Il a été possible ainsi d’identifier 138 porteurs de cette particularité génétique et de prouver statistiquement le lien entre cette mutation et la maigreur (IMC en dessous de 18,5). Dans un tiers des cas, il s’agissait d’une mutation spontanée, car absente chez les parents; les deux autres tiers des cas étant des situations héritées.
Intitulée «Mirror extreme BMI phenotypes associated with gene dosage at the chromosome 16p11.2 locus», cette étude cosignée par 180 auteurs et financée notamment par le Prix Leenaards et le fonds Sinergia du FNS est publiée dans la revue Nature. Elle démontre qu’une même région, selon qu’on soit face à un excès (trois copies) ou à une carence (une seule copie) de certains gènes, peut conduire par un effet miroir à des conséquences pathologiques inverses, dont le sous-poids ou l’obésité. Les mécanismes responsables de ces caractéristiques physiques nous échappent encore. «La prochaine étape, souligne Alexandre Reymond, sera d’identifier lequel des 28 gènes concernés dans ce phénomène de duplication est responsable de cet effet sur l’appétit et le poids. Il peut s’agir d’un seul gène ou de plusieurs en association.»
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