Le séquençage des génomes d’individus sains a permis de déterminer que plus de 20% de la population est potentiellement porteuse saine de mutations à la base d’une forme de cécité héréditaire.
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Nombreux porteurs sains d’une maladie rare
En général, les maladies génétiques fréquentes sont causées par des mutations qui se retrouvent relativement souvent dans les génomes de la population générale, tandis que les mutations associées à des maladies rares sont présentes chez très peu d’individus. Le cas des dégénérescences rétiniennes héréditaires (DRH) est encore différent, comme l’expliquent Koji Nishiguchi et Carlo Rivolta, chercheurs de l’UNIL, dans un article publié par la revue PLoS ONE.
Cette maladie très rare engendre un déficit visuel progressif pouvant conduire tardivement à la cécité; elle entraîne dès l’adolescence des difficultés à voir la nuit ou dans des pièces mal éclairées, symptômes suivis par une perte de la vision dans n’importe quel environnement. La plupart des patients héritent cette maladie de parents sains, mais porteurs de mutations dans l’un parmi plus de 100 gènes différents actuellement identifiés comme associés à cette pathologie.
1,6 million de personnes en Suisse
«Nous avons analysé le génome de 46 individus non apparentés et en bonne santé provenant des Amériques (états-Unis et Mexique), d’Europe (Italie), d’Afrique (Kenya, Nigeria et Tanzanie) et d’Asie (Inde, Chine et Japon). Nous avons clairement identifié des mutations DRH chez 10 d’entre eux, ce qui rend la fréquence cumulée des porteurs sains de mutations égale à environ 22%», explique Carlo Rivolta. En Suisse, cela concernerait donc 1,6 million de personnes, et il s’agit d’une basse estimation si l’on songe aux gènes non encore associés à cette maladie et aux variations génétiques dont on ne peut pas dire clairement si elles sont ou non de réelles mutations pouvant causer la maladie. Si l’on prend en considération ces facteurs, «nos estimations conduisent à penser qu’une personne sur deux pourrait être porteuse sans le savoir de ces mutations», précise Carlo Rivolta.
Plus de 100 gènes concernés
Une fréquence aussi élevée chez des personnes saines et donc dans la population générale peut sembler effrayante. Elle a heureusement une influence très limitée sur la probabilité de générer des descendants atteints par la maladie, car les effets délétères liés à un nombre de porteurs aussi élevé sont contrebalancés par un nombre également très élevé de gènes différents responsables de cette pathologie. «Plus précisément, le risque que deux parents non apparentés soient tous deux porteurs d’une mutation exactement dans le même parmi les 100 gènes au moins qui sont impliqués n’est que de 0,01%», insistent les chercheurs.
Iles et petits villages alpins
La situation est différente si l’on considère des parents consanguins, ou provenant d’une même région isolée dans le passé (petits villages alpins, îles, etc.). Dans ce cas, les risques pour un couple de générer un enfant atteint par cette maladie de la rétine sont en effet plus élevés, surtout par rapport à d’autres maladies génétiques. A ce jour, ces mutations sont les plus fréquentes jamais rencontrées pour une maladie génétique dans la population générale.
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