L’European Research Council (ERC) vient d’attribuer 1.8 million de francs au primatologue Klaus Zuberbühler, professeur au Laboratoire de cognition comparée de la Faculté des sciences de l’Université de Neuchâtel. Cette manne sera utilisée pour poursuivre durant cinq ans ses recherches sur les moyens de communication des grands singes en milieu sauvage afin de mieux comprendre la manière dont a évolué le langage des primates - y compris celui des êtres humains.
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UniNE : 1.8 million de francs pour explorer les origines du langage
7 August 2012
Tous les parents l’ont remarqué : bien avant de savoir parler, les bébés communiquent. Bras et jambes qui s’agitent, grimaces, cris de joie ou de détresse, pleurs, tout est bon pour tenter de se faire comprendre. Ce type de communication a prévalu chez les hominidés durant cinq millions d’années, bien avant l’apparition d’un langage articulé il y a 250’000 ans.
La parole n’est qu’une des facettes de la communication qui comprend un certain nombre de processus fondamentaux, parmi lesquels on trouve le codage, la capacité de compréhension ou de déduction, ou encore la recherche de terrains d’entente. Dépourvu de langage articulé, les grands singes font eux aussi appel à ces processus fondamentaux pour communiquer entre eux. Ils constituent à cet égard un modèle d’investigation idéal pour qui s’intéresse aux origines biologiques du langage.
Le primatologue a étudié des singes en Côte d’Ivoire, puis des chimpanzés en Ouganda durant vingt ans, les traquant micro et caméra au poing. Leurs cris dûment codifiés varient en fonction du message à transmettre. « Les chimpanzés émettent par exemple un cri différent suivant la qualité de la nourriture qu’ils trouvent, illustre Klaus Zuberbühler. Nous enregistrons ces séquences et lorsqu’on les rejoue devant d’autres congénères, ceux-ci parviennent à identifier l’aliment dont il s’agit et vont le chercher à l’endroit où on le trouve habituellement. »
Les chimpanzés adaptent également leur communication de manière à ce qu’elle fasse sens pour les individus à qui elle s’adresse. La présence d’un serpent déclenche un cri d’alerte typique. Si un chimpanzé expérimenté remarque un serpent, il hurlera plus fort s’il se trouve en compagnie d’individus qui ne connaissent pas cet ennemi que s’il est accompagné de congénères qui sont au courant du danger que cela représente. « Ces observations montrent que la capacité à tenir compte du niveau de connaissance de l’audience n’est pas propre aux humains », constate le primatologue.
Dans ce projet, les chercheurs de l’Université de Neuchâtel étudieront des chimpanzés et des bonobos. Ils s’attacheront tout d’abord à décrire la production des signaux qu’ils soient vocaux ou visuels. Ils se baseront pour cela sur l’analyse de séquences filmées sur le terrain dans plusieurs pays d’Afrique, ainsi qu’au Brésil et en Thaïlande. La deuxième partie du projet s’intéressera au contenu sémantique, autrement dit à la manière dont les interlocuteurs parviennent à déduire du sens de ces signaux et comment ils manifestent cette compréhension au travers de leurs actes. En troisième lieu enfin, les chercheurs observeront comment se mettent en place des terrains d’entente entre les individus, c’est-à-dire le rôle du langage dans sa dimension sociale.
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