Comment nos vêtements influencent l’air que nous respirons

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Certains produits chimiques et particules disparaissent pendant le lavage, d’autres persistent. (Image: Pixabay)

L’influence sur notre santé des polluants transportés par nos vêtements devrait faire l’objet d’une étude plus approfondie. Des chercheurs ont exploré de nouvelles pistes dans un article critique.

Un nombre croissant de preuves montre que nos vêtements nous exposent quotidiennement aux particules et aux produits chimiques. Cette exposition pourrait avoir d’importants enjeux de santé publique. Les chercheurs devraient donc s’efforcer de mieux la quantifier afin de prévenir les risques. Telles sont les conclusions de l’article critique publié par Dusan Licina, professeur assistant tenure-track au Smart Living Lab, dans la revue "Environmental Science and Technology".
Bien que nos vêtements nous protègent des agressions extérieures potentielles, ils peuvent aussi absorber et libérer chaque jour des millions de produits chimiques et de particules biologiques potentiellement toxiques, selon la façon dont nous les traitons et les portons. Certains produits chimiques et particules disparaissent pendant le lavage, le séchage et le stockage, tandis que d’autres persistent ou s’y installent.

Analyse de 260 articles
Parmi eux se trouvent des produits chimiques moléculaires, des particules abiotiques et des particules biotiques (microbes et allergènes), qui finissent tous dans nos poumons. On peut penser aux résidus de nicotine, mais aussi aux microbes d’animaux de compagnie ou, encore, aux particules nocives liées aux secteurs agricole, médical et industriel. Étonnamment, la science a jusqu’ici montré peu d’intérêt pour ce phénomène, comme l’illustre une première partie de l’étude de l’EPFL. Celle-ci présente l’état de la recherche scientifique sur la base de 260 articles jugés pertinents. Une analyse qui permet d’affirmer que les connaissances dans ce secteur sont très fragmentées et qu’il y a encore beaucoup d’inconnues à explorer.

"Nous pensons que le sujet a été jusqu’à présent très peu étudié. Les vêtements et les textiles que nous portons ont pourtant énormément changé ces dernières années. Nous avons affaire à des matériaux synthétiques avec des additifs antimicrobiens, anti-UV, antitaches ou anti-eau, mais personne ne peut dire si ces vêtements nous exposent à plus de produits chimiques et de particules que les fibres naturelles", explique Dusan Licina.

Un impact considérable
Pour lui, les vêtements devraient porter une étiquette indiquant non seulement leur matière, mais aussi les substances utilisées au cours de leur fabrication, à l’instar du nutriscore qui informe les consommateurs sur la qualité nutritionnelle d’un aliment sur une base scientifique. "Actuellement, il n’y a pas de réglementation ou de loi à ce sujet», souligne-t-il. En résumé: nous en savons assez pour dire que les vêtements influencent considérablement nos expositions quotidiennes aux produits chimiques et aux polluants par l’air que nous respirons et par la peau, mais nous avons besoin de plus de recherche pour connaître leur conséquence sur la santé.

Dusan Licina publie des articles sur le sujet depuis plusieurs années. Lorsqu’il était basé aux États-Unis, entre 2016 et 2018, il a par exemple continuellement testé la qualité de l’air d’une unité de soins intensifs de prématurés pendant une année. Il a mesuré le transport des particules de l’extérieur vers l’intérieur de la pièce, jusqu’aux couveuses pour bébés. Les analyses ont montré que l’entrée des infirmières dans l’unité augmentait de 2,5 fois la concentration de particules dans l’air. La présence de certaines particules auxquelles les bébés étaient exposés pouvait être attribuée directement aux blouses qu’elles portaient pendant leur trajet vers l’hôpital. Ces particules pourraient jouer un rôle important dans le développement de la santé immunitaire des nouveau-nés. Mais, là aussi, les études font défaut.

Non-fumeurs affectés
Auparavant, des recherches similaires sur les vêtements menées dans d’autres environnements avaient fait état de traces importantes d’insecticide, de fongicide et d’herbicide qui peuvent être transportés et relâchés d’un endroit à un autre: «Les recherches réalisées à ce jour prouvent que nos vêtements transportent des particules potentiellement toxiques qui peuvent affecter les gens à proximité. Par exemple, nous savons que les non-fumeurs présentent des traces de nicotine dans le sang et l’urine lorsqu’ils sont à proximité de fumeurs qui transportent, de fait, des particules de nicotine sur leurs vêtements", indique le chercheur, dont le laboratoire est basé sur le campus de l’EPFL à Fribourg. «De plus, les concentrations de particules auxquelles les gens sont exposés à travers les vêtements sont significatives, en comparaison aux estimations totales indiquées par les études sur les effets de ces particules sur la santé. Cependant, nous ne savons pas exactement comment elles affectent notre vie quotidienne.»

Le scientifique fait donc appel aux biologistes et chimistes, dans une perspective de santé publique. En travaillant plus étroitement avec les ingénieurs en environnement, cette lacune pourrait être comblée. Dans l’attente de nouvelles études permettant une législation appropriée, le chercheur suggère de prêter plus d’attention aux conditions de production des vêtements vendus en magasin et de laver régulièrement ses habits en utilisant des produits naturels et peu agressifs.

Références

Dusan Licina, Glenn C. Morrison, Gabriel Beko, Charles J. Weschler, and William W. Nazaroff, "Clothing-mediated exposure to chemicals and particles", Environmental Science and Technology, 14 May 2019.