COVID-19: moins de 11% des Genevois infectés

    -     English
Genève, le 9 juin 2020 @ DR

Genève, le 9 juin 2020 @ DR

Au cours des cinq semaines qu’a duré l’étude - soit du 6 avril au 9 mai - la séroprévalence globale a augmenté d’environ 5 % à 11 %. En prenant en compte le temps nécessaire à la production d’anticorps après les symptômes (10,4 jours en médiane), les chercheurs ont estimé à environ 12 le nombre d’infections réelles dans la communauté pour chaque cas confirmé. Ces résultats suggèrent que seule une minorité de la population genevoise a été infectée pendant cette vague de la pandémie, malgré le taux élevé de cas de COVID-19 identifiés lors de l’infection aiguë (1% de la population en moins de 2 mois).

Enfants et personnes âgées moins touchés

Les jeunes enfants (5-9 ans) et les personnes âgées présentent une séroprévalence nettement inférieure. Seul un enfant sur 123 a en effet été testé positif. Toutefois, d’autres études seront nécessaires pour mieux comprendre la dynamique de l’infection et des anticorps chez les enfants de moins de 5 ans afin de déterminer si les enfants, en plus d’être généralement moins susceptibles au SARS-Cov2, sont également moins gravement atteints. L’étude révèle en outre une forte concentration des infections au sein des foyers. Ainsi, malgré la faible séroprévalence des enfants, 17,1 % d’entre eux comptaient au moins un membre positif dans leur foyer, ce qui peut laisser penser que les enfants sont contaminés par des adultes. En revanche, seuls 3 % des participants de plus de 65 ans avaient un membre positif dans leur foyer. Les estimations de séroprévalence plus faibles chez les personnes âgées tendent à confirmer l’efficacité des mesures de confinement partiel. Il est toutefois possible que leur capacité de produire des anticorps soit réduite du fait d’un affaiblissement du système immunitaire.

Les résultats préliminaires de cette étude constituent un point de repère important pour évaluer l’état de l’épidémie. Au moment où la Suisse semble atteindre la fin de la première vague de la pandémie de COVID-19, seule 1 personne sur 10 a développé des anticorps contre le CoV-2 du SARS, et ce bien que le pays soit l’un des plus touchés d’Europe. Les résultats de cette étude - la plus grande étude de séroprévalence populationnelle à ce jour - concordent avec les rapports préliminaires d’autres équipes ailleurs dans le monde. Ces résultats soulignent donc que le déclin de l’épidémie a pu avoir lieu bien que la grande majorité de la population ne soit pas immunisée. Cela sous-entend que d’autres facteurs entrent en ligne de compte.

L’intérêt des études de séroprévalence

Les enquêtes de séroprévalence basées sur la détection d’immunoglobulines spécifiques de type G (IgG) servent à mesurer la proportion de la population qui a déjà été exposée au coronavirus. En revanche, elles ne permettent pas de conclure à une immunité totale ou partielle contre ce dernier, ni de son éventuelle durée. Les enquêtes de séroprévalence sont cependant déterminantes pour estimer la dynamique de l’épidémie et préparer la réponse de santé publique qui convient. Elles sont aussi plus précises que les études basées sur les frottis nasopharyngés et les tests par RT-PCR, qui dépendent largement des politiques de dépistage et passent à côté des personnes légèrement atteintes, sans symptômes ou qui ne viennent pas se faire tester. L’étude de séroprévalence de la population générale se poursuit et s’affinera pour tenir compte de la symptomatologie et des facteurs sociodémographiques.

L’étude a été menée auprès d’un échantillon représentatif de la population genevoise tiré des participants de l’étude Bus Santé, une enquête annuelle d’examen de la santé de la population du Canton de Genève. Ces personnes ont été conviées à se présenter, avec les membres de leurs familles, entre le 6 avril et le 9 mai 2020 pour une prise de sang et un questionnaire. Cet échantillon était constitué de 52,6 % de femmes pour 47,2% d’hommes, et incluait par ailleurs 4,4% d’enfants de 5 à 9 ans et 13,3% de personnes de plus de 65 ans. Au total, 2766 personnes provenant de 1339 ménages y ont pris part.

L’étude a été menée par une équipe des HUG et de l’Université de Genève sous la direction du Pr Idris Guessous, médecin-chef du Service de médecine de premier recours (SMPR) des HUG et professeur au Département de santé et médecine communautaires de la Faculté de médecine, de la Dre Silvia Stringhini, responsable de l’Unité d’épidémiologie populationnelles du SMPR aux HUG et privat-docent de la Faculté de médecine, et du Pr Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de la Faculté de médecine. Elle a bénéficié de la collaboration du laboratoire de virologie et du Centre des maladies virales émergentes du Pr Laurent Kaiser et du financement de l’Office fédéral de la santé publique, de l’Ecole suisse de Santé publique (programme Corona Immunitas), de la Fondation de Bienfaisance du Groupe Pictet, de la Fondation Ancrage, de la Fondation Privée des HUG et du Centre des maladies virales émergentes de la Faculté de médecine de l’Université de Genève et des HUG.

12 juin 2020