Comment contenir la peste porcine africaine?

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Affiche sur la peste porcine africaine. (Office fédéral de la sécurité alimentaiAffiche sur la peste porcine africaine. (Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires - OSAV)

La peste porcine africaine se rapproche dangereusement de la Suisse. Pour protéger les porcs et les sangliers de cette épizootie mortelle dans notre pays, la population doit veiller à la gestion des déchets alimentaires. Une nouvelle étude de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL montre dans quels domaines cela est particulièrement nécessaire.

« Attention! Peste porcine en Europe. Jeter les restes de repas uniquement dans les poubelles. Protéger les sangliers du danger de la peste porcine.» Cette mise en garde est déjà placardée sur de nombreuses aires d’autoroute et places de feu en Suisse. À juste titre, car faute d’éliminer soigneusement les déchets alimentaires, les humains deviennent le facteur le plus dangereux dans la transmission de la peste porcine africaine.

Cette maladie virale hautement contagieuse et mortelle affecte les porcs et les sangliers. Les animaux infectés contractent une forte fièvre et meurent en l’espace de 7 à 10 jours. Aucun remède ni vaccin n’a encore été trouvé. L’agent pathogène ne peut pas affecter les humains, mais il serait dévastateur pour les exploitations porcines suisses. «C’est pourquoi nous devons comprendre au mieux comment le virus se propage et par quelles voies il pourrait arriver en Suisse», explique Rolf Grütter, chercheur au WSL. En collaboration avec ses collègues du WSL, il a identifié les lieux d’introduction les plus probables et les régions dans lesquelles les exploitations porcines devraient être particulièrement protégées.

L’épizootie encercle en effet presque la Suisse: des sangliers infectés ont été découverts en Italie, en Belgique près de la frontière avec la France, et en Allemagne. Et au printemps dernier, un foyer s’est déclaré dans une exploitation du Bade-Wurtemberg, près de la frontière suisse.

La maladie se propage constamment parmi les sangliers en Europe, même sans intervention humaine. Mais le virus voyage plus rapidement grâce à nos activités. En effet, il est extrêmement résistant et reste même virulent pendant des mois dans les produits à base de porc comme le jambon cru ou le salami. «Le virus peut ainsi parcourir de longues distances en peu de temps dans des provisions de voyage», explique le chercheur. Des restes de sandwichs jetés par terre sur des aires de repos ou dans des poubelles ouvertes sont une source de nourriture facile d’accès et très appréciée des sangliers des environs. Ceux-ci peuvent à leur tour transmettre l’agent pathogène aux porcs lorsqu’ils s’approchent des enclos pour y grappiller de la nourriture ou pour s’accoupler.

Afin d’identifier les endroits présentant le plus grand risque d’introduction, Rolf Grütter et la doctorante Maria Elena Vargas Amado de son groupe de recherche ont d’abord modélisé la répartition potentielle des sangliers en Suisse. Ils ont ensuite combiné cette distribution avec les statistiques de chasse cantonales des sept dernières années et d’autres données pour modéliser la distribution réelle et l’abondance relative des sangliers en Suisse. Pour finir, ils ont identifié les trajets en voiture et les aires de repos les plus utilisés et ont comparé ces données avec l’aire de répartition modélisée des sangliers. Il en ressort que les aires de repos situées au nord de l’autoroute A1, entre Genève et Sankt Margarethen, sont particulièrement proches de populations denses de sangliers et constituent des lieux d’introduction probables. De nombreuses aires de repos de l’A2 au Tessin se trouvent également dans des régions à sangliers. «Concrètement, nous avons identifié 57 aires de repos où le risque d’introduction est élevé», précise Maria Elena Vargas Amado. Dans 14 cantons, une ou plusieurs aires de repos sont à haut risque.

En dernier lieu, les chercheurs ont pris en compte l’emplacement des exploitations porcines et leur mode d’élevage. En effet, «les porcs élevés en liberté entrent plus facilement en contact avec les sangliers que ceux qui sont en partie détenus dans des enclos extérieurs ou uniquement dans une porcherie», explique Maria Elena Vargas Amado. La combinaison de ces facteurs - la répartition des sangliers, les aires de repos et les exploitations porcines - a finalement permis de déterminer les lieux les plus probables de transmission du virus aux porcs. Des cartes de risques désormais disponibles pour toute la Suisse montrent où les exploitations porcines devraient particulièrement protéger leurs animaux du contact avec les sangliers, par exemple en installant de meilleures clôtures. Il s’agit notamment de régions dans les cantons de Berne, Soleure, Bâle-Campagne, Zurich et Argovie au nord de l’A1 ainsi que de régions des régions du canton de Schaffhouse des deux côtés de l’A4 et du Tessin des deux côtés de l’A2.

«Grâce à nos résultats, les autorités et les exploitations disposent désormais d’une base détaillée pour mieux protéger les porcs à l’avenir», déclare Rolf Grütter.