L’antisémitisme dans l’histoire de Raiffeisen ?

- EN- DE- FR - IT
Stubenbank à l’exposition nationale de 1939 (source : archives historiques
Stubenbank à l’exposition nationale de 1939 (source : archives historiques de la coopérative Raiffeisen Suisse, Saint-Gall)

Sur mandat de la Coopérative Suisse, des chercheurs ont étudié les débuts du mouvement Raiffeisen en Suisse. L’accent a été mis sur les thèmes de l’antisémitisme et de l’époque du national-socialisme.

Le groupe en Suisse, qui compte aujourd’hui 219 banques Raiffeisen organisées en coopératives, est basé sur le mouvement coopératif créé par F.W. en Allemagne vers 1860. Son idée d’instituts de crédit organisés en coopératives, avec laquelle il voulait améliorer la situation économique de la population rurale, a rapidement été reprise dans d’autres pays européens. C’est ainsi que la première caisse Raiffeisen de Suisse a vu le jour vers 1900 à Bichelsee TG, à l’initiative du pasteur Johann Traber. En 1902, dix instituts ont fondé la Fédération Raiffeisen Suisse.

Par le passé, il y a eu des indications sur les positions antisémites de F.W. Afin de clarifier le rôle joué par l’antisémitisme dans l’histoire du mouvement Raiffeisen suisse, Schweiz a commandé un rapport de recherche aux Archives d’histoire contemporaine de l’EPF de Zurich. Pour ce faire, les chercheurs ont notamment analysé des documents inédits issus des sources des archives historiques de la Coopérative Suisse à Saint-Gall, ainsi que des documents issus des archives de neuf banques Raiffeisen régionales et des successions et publications d’acteurs importants de la Raiffeisen. Ils ont en outre analysé les revues de l’Union Suisse des Raiffeisen de l’époque et ont effectué des recherches dans de nombreuses autres archives en Suisse et en Allemagne.

Les positions du fondateur F.W.

Sous la direction de Gregor Spuhler, directeur des Archives d’histoire contemporaine de l’EPF de Zurich, les chercheurs se sont d’abord penchés sur la manière dont le fondateur allemand de la Raiffeisen, F.W., s’est exprimé sur les Juifs. Les sources, dans l’ensemble peu nombreuses, révèlent une image contradictoire : F.W. a utilisé des expressions antisémites et a dit qu’il avait fondé les caisses de prêt pour libérer les paysans pauvres de "l’usure juive". Dans un rapport interne à l’administration, F.W. a en outre reproduit de nombreux stéréotypes antisémites dans un langage pathologisant - il a par exemple qualifié les Juifs de "cancers potentiels". Les déclarations publiques de F.W. Raiffeisen sont toutefois en nette contradiction avec ces propos. Il s’est prononcé publiquement et explicitement contre la "chasse aux Juifs", a indiqué qu’il existait aussi des Juifs exemplaires dont les chrétiens devraient s’inspirer, ne s’est pas engagé dans le mouvement antisémite et n’a pas demandé de restriction des droits des Juifs.

Les chercheurs en arrivent à la conclusion suivante : les déclarations de F.W. Raiffeisen sur les Juifs contiennent certes de nombreux préjugés antisémites, mais ne révèlent pas une idéologie antisémite consistante. Elles reflètent plutôt la virulence et les contradictions du discours de l’époque.

Le mouvement Raiffeisen en Suisse

Dès 1902, de nombreuses caisses Raiffeisen ont vu le jour en Suisse, principalement dans les régions rurales catholiques. Les acteurs centraux en étaient les associations catholiques d’hommes et d’ouvriers. Dans ce milieu confessionnel et sociopolitique, les préjugés anti-juifs étaient largement répandus. Ainsi, selon le rapport de recherche, des représentants des Raiffeisen ont ponctuellement tenu des propos antisémites et ont reproduit le récit selon lequel F. W. aurait libéré les paysans allemands de l’exploitation par "les Juifs".

Durant l’entre-deux-guerres, le mouvement Raiffeisen suisse, à l’origine marqué par le catholicisme, s’est rapproché de l’Union suisse des paysans. Les prises de pouvoir autoritaires en Italie et en Allemagne au début des années 1930 ont d’abord été commentées avec une certaine bienveillance par des représentants du mouvement Raiffeisen. Mais ils ont rapidement pris leurs distances, en particulier vis-à-vis du régime national-socialiste qui a "mis au pas" le mouvement Raiffeisen allemand. Le régime nazi et sa politique à l’égard des juifs ont été explicitement condamnés dès 1938 dans la revue francophone de l’association, mais seulement après la fin de la guerre dans la revue germanophone. Il n’est cependant pas possible de déduire un profil idéologique cohérent ou un programme politique particulier de la Fédération Suisse des Raiffeisen en raison du faible nombre d’articles politiques dans les deux revues de la fédération.

Les chercheurs n’ont trouvé aucune preuve que l’antisémitisme ait joué un rôle dans les activités commerciales de l’Union Suisse des Banques Raiffeisen ou de certaines caisses. Rien n’indiquait non plus que les caisses régionales s’en prenaient aux marchands de bétail ou aux prêteurs d’argent juifs. Les statuts des caisses de prêt n’excluaient pas les Juifs des coopératives. Contrairement à de nombreuses autres banques suisses, les caisses Raiffeisen et la fédération, en se limitant aux opérations nationales, n’étaient pas non plus impliquées dans l’économie de pillage national-socialiste.