Aider les premières années à réussir avec le même niveau d’exigence

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© Alain Herzog/2022 EPFL

© Alain Herzog/2022 EPFL

A l’heure de la rentrée, interview avec Simone Deparis, directeur exécutif du Centre propédeutique de l’EPFL, dont l’objectif est d’augmenter le taux de réussite en première année (actuellement de 51,5%) sans diminuer le niveau d’exigence.

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Simone Deparis a toujours aimé transmettre ses connaissances et observer l’étincelle de la compréhension. Au gymnase, il organisait des séances de révision avec les copains, désormais il supervise des doctorantes et doctorants et enseigne l’analyse aux étudiantes et étudiants de l’EPFL. «Les mathématiques sont belles, mais pas tout le monde ne le voit. Mon but est d’éveiller l’intérêt pour cette matière encore trop souvent mal aimée et pourtant à la portée de toutes et tous.» Lauréat en 2018 du Credit Suisse Award for best teaching pour avoir mis en place un cours d’algèbre linéaire en classe inversée , Simone Deparis est aujourd’hui à la tête du Centre propédeutique (CePro), destiné à soutenir les étudiantes et étudiants de première année et les équipes d’enseignement (lire encadré ci-dessous).

L’EPFL compte déjà une trentaine de centres, en quoi le Centre Propédeutique (le CePro) est-il utile ?

A la base, le CePro est né du besoin de mieux coordonner la gestion des assistantes et assistants d’enseignement et l’organisation des sessions d’exercices liées aux grands cours de première année. Mais sa mission est aujourd’hui beaucoup plus large. Il s’agit d’analyser ce que nous pouvons faire pour aider les étudiantes et étudiants à réussir leur première année sans baisser le niveau d’exigences. Le but n’est pas d’avoir un nombre constant d’élèves en deuxième année, l’objectif est que tous ceux qui ont les capacités pour réussir et la motivation y parviennent.

Quels sont les principaux défis en première année ?

Apprendre à travailler de manière indépendante, organiser son temps et opter pour le bon équilibre entre théorie, exercices et temps libre ! Durant les trois premiers mois, les étudiantes et étudiants n’ont pas d’examens et ce n’est pas toujours évident pour eux de trouver le rythme qui leur convient, de ne pas prendre du retard. C’est pourquoi, cette année, nous allons leur demander au moins trois exercices rendus, le feedback leur permettra de savoir où ils en sont.

Comment aider les étudiantes et étudiants ?

Pour l’aspect organisationnel, nous avons réalisé un MOOC Warm-Up permettant de rafraîchir les notions mathématiques utiles en début de semestre. Nous avons également créé un site moodle qui regroupe toutes les informations pour les cours communs de première année, et nous encourageons les enseignantes et enseignants à promouvoir des outils comme le MOOC «Apprendre à étudier» ou le Learning Companion.

On voit aussi que la manière d’enseigner et d’évaluer ont un impact sur la réussite. Par exemple, la recherche menée sur la classe inversée a montré que cette méthode d’enseignement se révèle plus inclusive. Ce résultat m’a positivement surpris et a éveillé mon intérêt sur les autres choses que l’on peut faire pour aider les étudiantes et étudiants.

Nous avons par exemple démontré qu’en ajoutant trente minutes à l’examen sans changer l’énoncé et le nombre de questions, cela réduit le stress. Les résultats des élèves avec un fort bagage en physique et en mathématiques ne changent pas, mais ceux des autres augmentent de presque une note entière.

Avez-vous déjà des pistes?

Je suis également membre d’un groupe de travail dédié à la première année. Le but de celui-ci est notamment d’analyser les facteurs liés au taux de réussite. Nous avons par exemple démontré qu’en ajoutant trente minutes à l’examen sans changer l’énoncé et le nombre de questions, cela réduit le stress. Les résultats des élèves avec un fort bagage en physique et en mathématiques ne changent pas, mais ceux des autres augmentent de presque une note entière. Ces analyses doivent encore être confirmées pour les examens de juin, mais on a déjà décidé de reconduire cette mesure pour la nouvelle année académique.

Nous avons aussi revu et étoffé la formation des assistant·e·s-étudiant·e·s qui sont des personnes clé. En collaboration avec le Centre d’appui à l’enseignement, nous leur avons élaboré une formation de six heures. Donnée en partie par des assistant·e·s-doctorant·e·s, celle-ci comporte notamment des jeux de rôle, et nous avons intégré un point sur les questions liées au harcèlement: comment l’identifier et comment réagir lorsqu’on en est témoin ou victime? A noter que pour les personnes qui ont le rôle d’assistant·e-étudiant·e en première année, la formation est rémunérée.

Quels sont les projets du CePro pour cette nouvelle année académique ?

Nous avons mis en place beaucoup de mesures, il faut maintenant les analyser et les consolider. Avec le nombre grandissant d’étudiantes et étudiants en première année, le corps enseignant est sous pression ; un des rôles principaux du CePro est de l’accompagner et de décharger autant que possible les équipes d’enseignement.

«Le CePro offre non seulement un soutien logistique, mais il permet aussi de créer du lien»

Professeur de physique en première année, Nicolas Grandjean livre ci-dessous sa vision du CePro et détaille le rôle de celui-ci auprès des équipes d’enseignement des cours de base/service.

Du point de vue du corps enseignant, quelle est l’utilité du CePro ?


La première année est essentielle, car elle conditionne la réussite du Bachelor et la "marche" est particuliérement haute. La première année est difficile pour les étudiantes et étudiants, mais aussi pour le corps enseignant, et l’aspect pédagogique y est primordial. Le CePro offre non seulement un soutien logistique, mais il permet aussi de créer du lien entre les enseignantes et enseignants de première année, en favorisant les échanges et les discussions. Ceci est particulièrement important pour les jeunes enseignants.

Concrètement, en tant que professeur de physique en première année, quel soutien vous a fourni le CePro ?

Une aide pour les examens, avec un support logistique pour l’utilisation de la plateforme ANS (qui permet notamment de dématérialiser les examens, de les corriger en ligne etc..) mais aussi du soutien pour la conception et l’harmonisation des examens. Grâce au CePro, nous avons pu mieux coordonner l’élaboration des examens pour avoir un niveau homogène. Avant, nous le faisions au sein de la section, mais le CePro, via son référent pédagogique Sylvain Bréchet, a permis de fluidifier la communication et d’améliorer le processus.

Grâce au CePro, nous avons aussi pu mettre en place du lundi au jeudi (17h30-19h) des séances de soutien en analyse, algèbre, physique et informatique. D’autre part, le CePro facilite aussi le recrutement d’assistant·es doctorant·es, qui font souvent défaut.

Quel est pour vous le bilan après cette première année d’existence du CePro ?

Avant le lancement du CePro, il y avait certaines craintes sur le fait que celui-ci prenne la main sur le contenu pédagogique des cours, mais cela n’est pas du tout le cas. Il est vraiment au service des sections, il permet une rationalisation des ressources à disposition et au final plus d’efficacité. En favorisant les liens entre enseignantes et enseignants de cours de base/service, il initie aussi une culture commune de l’enseignement en première année.

Je vois aussi son rôle comme instigateur d’une réflexion sur ce que l’on attend des cours fondamentaux et sur la manière de sélectionner les ingénieures et ingénieurs de demain. Toute personne qui entre à l’EPFL a une chance de réussir et nous devons la lui donner. Par exemple, certains profils peuvent présenter une grande créativité mais avoir un bagage technique plus faible. Notre responsabilité en tant qu’enseignants de première année est de prendre en compte cette diversité.


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