Cours accéléré pour les nouveaux parlementaires

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21 parlementaires et deux collaborateurs des Services du Parlement ont participé
21 parlementaires et deux collaborateurs des Services du Parlement ont participé au séminaire de deux jours de l’EPF Zurich. (Photo : ETH Zurich)
Celui qui vient d’être élu au Conseil national se trouve souvent face à un maquis de thèmes complexes. C’est pourquoi l’ETH Zurich a transmis, lors d’un séminaire de deux jours, des points de vue scientifiques sur des domaines politiques pertinents.

Sur le plan politique, la socialiste et historienne Nina Schläfli et le politicien UDC et agriculteur Jörg Rüegsegger sont assez éloignés l’un de l’autre. Mais ce matin de février, les deux conseillers nationaux sont tout à fait sur la même longueur d’onde : ils veulent apprendre des scientifiques.

Sourires, discussions animées, petites plaisanteries : l’ambiance est détendue dans la salle de séminaire du château de Hünigen à Konolfingen près de Berne. Rüegsegger et Schläfli participent ici, avec de nombreux autres parlementaires nouvellement élus au Conseil national suisse en octobre 2023, à l’événement organisé par la Swiss School of Public Governance de l’ETH Zurich. Au cours des deux prochains jours, ils se laisseront guider par d’éminents scientifiques sur des thèmes et des questions centraux de leur travail politique.


L’événement aura lieu pour la troisième fois après 2015 et 2020. "Au vu des réactions positives des groupes parlementaires, nous savions déjà au printemps dernier qu’il existait toujours un grand intérêt pour un séminaire d’introduction permettant aux parlementaires nouvellement élus de rafraîchir leurs connaissances sur des thèmes politiques clés et de se mettre en réseau au-delà des frontières des partis", explique le professeur de l’EPFZ Robert Perich. Il est directeur de la Swiss School of Public Governance et a invité pour le séminaire des experts reconnus qui font de la recherche et enseignent dans six universités suisses. Ceux-ci doivent apporter aux participants des connaissances pertinentes et donc les outils nécessaires à leur travail politique quotidien.

Presque tous les groupes politiques sont représentés

La liste des participants reflète le résultat des élections d’octobre dernier : plus des trois quarts des participants sont des parlementaires du centre, de l’UDC et du PS, issus des trois régions linguistiques. L’une d’entre eux est Isabelle Chappuis, qui a fait le saut au Conseil national pour le parti du centre. La Vaudoise est nouvellement membre de la Commission de la politique de sécurité et s’intéresse particulièrement à l’exposé d’Andreas Wenger sur les défis de la politique de sécurité suisse.

Wenger est directeur du Center for Security Studies de l’ETH Zurich et l’un des meilleurs experts sur ce sujet. Dans son exposé, le professeur de l’ETH explique comment le contexte de la politique de sécurité a changé depuis l’attaque russe contre l’Ukraine et quelles en sont les conséquences pour la Suisse. Pour Chappuis, Wenger fournit des informations de fond importantes sur les débats en cours : "L’exposé m’aide à mieux situer certains thèmes, comme les changements organisationnels au sein du Département de la défense ou le budget de l’armée", dit-elle.

Une compréhension claire des rôles entre science et politique est nécessaire

Outre la politique de sécurité, dix autres thèmes sont à l’ordre du jour et occupent une place centrale dans les commissions spécialisées du Parlement : De la politique migratoire et financière à la mobilité du futur et à la structure économique de la Suisse, en passant par la politique énergétique et climatique. Pour Hans Jörg Rüegsegger, du canton de Berne, c’est surtout l’étendue des thèmes qui fait l’attrait de ce séminaire de deux jours. "Les exposés me permettent de me familiariser plus rapidement avec les thèmes et d’obtenir des informations de fond importantes pour d’éventuelles interventions", dit-il. C’est également l’avis de nombreux autres participants.


Le parlementaire UDC apprécie en outre l’accès direct à des experts de premier plan. En effet, même pendant les pauses, les participants et les conférenciers échangent ouvertement sur des thèmes politiques actuels. Cela crée un climat de confiance : "Même après le séminaire, j’irais plus facilement vers l’un des intervenants si j’avais une question", déclare Rüegsegger. La politicienne du centre Chappuis est du même avis : "Tous les intervenants ont clairement montré où s’arrête la science et où commence la politique. Cela fait d’eux des partenaires crédibles".

Pour Robert Perich, c’est justement un objectif important de la manifestation : "La science ne peut pas prendre de décisions à la place de la politique, mais seulement l’aider à le faire. Nous voulons donc initier un dialogue entre les parlementaires et les chercheurs, surmonter les éventuelles peurs du contact et contribuer à une confiance mutuelle et à une compréhension partagée des rôles", explique-t-il.

Des réponses scientifiques aux défis de la société

Les expertes et experts semblent bien faire leur travail - après les exposés, les participants ne tarissent pas d’éloges. C’est le cas de Nina Schläfli, du canton de Thurgovie, qui siège à la commission des institutions politiques et s’occupe donc des questions de politique migratoire. Pour elle, l’exposé de Dominik Hangartner était particulièrement pertinent.

Le professeur de l’ETH et co-directeur de l’Immigration Policy Lab a notamment présenté un "algorithme d’attribution" qui peut aider les autorités à envoyer les personnes ayant fui leur pays là où elles ont plus de chances de trouver un emploi. "Étant donné que la marge de man½uvre pour gérer l’immigration est assez limitée à court terme, j’aime bien cette focalisation sur une politique d’intégration basée sur des preuves. Cela ferait du bien au débat souvent émotionnel sur la politique migratoire", estime Schläfli.

Échange avec des politiciens expérimentés

Les participants au séminaire n’emportent pas seulement des connaissances pertinentes chez eux et dans leurs groupes parlementaires - mais aussi des liens personnels au-delà des frontières des partis, qu’ils ont pu nouer dans un cadre informel. Pendant ces deux jours, il est frappant de voir à quel point les parlementaires nouvellement élus se rencontrent de manière ouverte et collégiale. Hans Jörg Rüegsegger, membre de l’UDC, explique : "Les nombreux contacts avec des collègues d’autres partis facilitent la collaboration au sein du Parlement. On reste en contact, même si on ne défend pas les mêmes opinions politiques".

En outre, l’après-midi du deuxième jour a permis aux participants d’échanger avec d’anciens membres du Parlement fédéral, dont l’expérience est très riche. "Nous avons invité six anciens politiciens profilés de tous les groupes parlementaires, qui apportent ensemble plus de 100 ans d’expérience parlementaire. De bonnes conditions pour un échange ouvert et enrichissant", explique le professeur Perich de l’EPFZ.
Christoph Elhardt