Les femmes sont désavantagées dans le système de santé suisse

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(© Image: Depositphotos)
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Un rapport de recherche du Centre interdisciplinaire de recherche sur le genre (IZFG) de l’Université de Berne met en évidence une inégalité de traitement entre les femmes et les hommes dans les soins de santé en Suisse. Le rapport a été élaboré comme base scientifique pour le rapport du Conseil fédéral publié aujourd’hui en réponse à un postulat. Celui-ci demande une meilleure prise en compte des spécificités des femmes dans le domaine de la santé.

Le rapport de recherche du Centre interdisciplinaire de recherche sur le genre (IZFG) de l’Université de Berne a été rédigé pour servir de base scientifique au rapport de postulat du Conseil fédéral publié aujourd’hui et intitulé ’La santé des femmes. Meilleure prise en compte de leurs spécificités’, élaboré en réponse à un postulat de la conseillère nationale Laurence Fehlmann Rielle. Fehlmann Rielle y demande une meilleure prise en compte des spécificités des femmes dans le domaine de la santé. Le rapport de recherche a été élaboré par l’IZFG avec la collaboration du département Santé de la Haute école spécialisée bernoise (HESB) sur mandat de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) 2023 et publié aujourd’hui.

Nous avons constaté des désavantages pour les femmes dans tous les domaines étudiés", explique Christine Bigler, co-auteur de l’étude, de l’IZFG. Cela s’applique à la recherche, au développement de médicaments et au traitement, au dépistage et au diagnostic, à la prévention, à la rééducation et aux soins de longue durée, à la formation ainsi qu’au monde du travail dans le domaine de la santé.

Déficits dans la recherche, le traitement et la prévention

Pour le rapport de recherche, les six principaux domaines problématiques susmentionnés concernant les soins de santé pour les femmes en Suisse ont été identifiés sur la base d’une vaste recherche bibliographique et d’entretiens avec 15 spécialistes. Dans un deuxième temps, des propositions de mesures urgentes ont été élaborées pour chacun de ces domaines dans le cadre d’un atelier réunissant au total plus de 60 parties prenantes pertinentes. L’équipe de recherche a été accompagnée tout au long du processus par un groupe d’accompagnement de la Confédération ainsi que par des expertes internes de l’équipe de recherche dans le domaine du genre et de la santé.

Les femmes sont encore systématiquement sous-représentées dans la recherche médicale’, constate la co-auteure Michèle Amacker du IZFG. Dans la pratique, cela conduit par exemple à des dosages inadaptés et donc à davantage d’effets secondaires pour les femmes lors des chimiothérapies. Les femmes reçoivent aussi quantitativement moins de traitements que les hommes, ainsi que des traitements moins adaptés et moins invasifs, ce qui entraîne notamment de moins bons pronostics que chez les hommes. L’étude révèle en outre que les possibilités de traitement des maladies spécifiques aux femmes sont souvent limitées et qu’il existe également des déficits dans les soins postopératoires : Les femmes sont plus rarement envoyées en rééducation, y ont moins souvent recours ou l’interrompent plus souvent.

Les procédures de diagnostic sont également plus orientées vers les hommes, comme le montre le rapport. C’est par exemple le cas pour les maladies démentielles, bien qu’elles touchent nettement plus souvent les femmes que les hommes. ’Si l’on ajoute à cela le sous-développement du diagnostic de certaines maladies spécifiques aux femmes, comme l’endométriose, il en résulte souvent un retard ou une absence de diagnostic chez les femmes’, explique Christine Bigler.

Il faut aussi agir dans la formation et la promotion des femmes dans le secteur de la santé

Selon les auteures du rapport de recherche, des mesures dans les formations et des mesures structurelles dans le domaine de la santé sont également essentielles pour améliorer la situation. Jusqu’à présent, les connaissances de la médecine de genre n’ont été intégrées que ponctuellement dans les formations professionnelles et continues pertinentes. La surreprésentation des hommes dans de nombreux domaines spécialisés et à des niveaux hiérarchiques élevés contribue également à ce que les patientes soient désavantagées dans les soins de santé.

Le rapport recommande d’établir le genre comme partie intégrante de tous les domaines de la santé, notamment dans le domaine des développements actuels vers une médecine personnalisée. Pour ce faire, il faut également davantage de connaissances spécialisées dans le domaine de la médecine du genre. La formation continue en médecine sexospécifique proposée conjointement par l’Université de Berne et l’Université de Zurich depuis 2020, la chaire de médecine sexospécifique récemment établie à l’Université de Zurich, l’établissement de l’Unité Santé et Genre à l’Université de Lausanne ainsi que le Programme national de recherche 83 sur la ’médecine et la santé sexospécifiques’ récemment lancé par le FNS constituent des étapes importantes à cet égard, selon Michèle Amacker.

Christine Bigler souligne en outre la grande importance du sexe social pour la santé des femmes. Il s’agit notamment des rôles sociaux et des stéréotypes de genre, qui font que les patientes et les médecins se comportent différemment de leurs homologues masculins. Jusqu’à présent, trop peu d’attention a été accordée à ce genre social en tant que facteur d’influence sur la santé. Sans une prise en compte systématique de ces différences, l’égalité entre hommes et femmes dans le système de santé suisse reste inaccessible", résume Tina Büchler, co-auteur de l’étude. C’est pourquoi une approche interdisciplinaire tenant compte des sciences sociales et psychologiques est indispensable pour assurer l’égalité des sexes dans le système de santé suisse. Il est également important que les mesures - par exemple en matière de prévention - visent à surmonter les stéréotypes qui font obstacle’, conclut Tina Büchler.

Michèle Amacker souligne qu’une prise en charge de la santé respectueuse de l’égalité des sexes profite à tous les sexes, donc aussi aux hommes et aux personnes d’autres sexes et identités de genre, comme les personnes trans. Pour cela, il faut un changement fondamental de mentalité dans l’ensemble du domaine de la santé, qui est encore fortement ancré dans un concept de genre binaire et hétérocentré.