La Suisse en route vers le zéro net

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Thomas Justus Schmidt, responsable au PSI de la division de recherche Energie et
Thomas Justus Schmidt, responsable au PSI de la division de recherche Energie et environnement (Photo: Institut Paul Scherrer/Mahir Dzambegovic)
Zéro émission de gaz à effet de serre à partir de 2050: la Suisse ne réussira à atteindre cet objectif ambitieux que si la science, l’économie, le politique et la société unissent leurs forces pour y parvenir. Avec le Swiss Center of Excellence on Net-Zero Emissions (SCENE) et le PSI en «leading house», les six institutions du Domaine des EPF mettent en commun leur expertise pour appuyer la décarbonisation du pays.

En 2050, il faudra que les choses s’arrêtent définitivement: à partir de cette date, la Suisse ne veut plus émettre de gaz à effet de serre nocifs pour le climat, comme le CO2. Ainsi en a décidé le Conseil fédéral. En dépit de cet objectif clairement défini, nombre de questions restent entières, comme celle de savoir quelles sont les voies à emprunter pour atteindre cet objectif zéro net, comment s’assurer l’adhésion de la société et quels sont les développements technologiques et les conditions cadres juridiques nécessaires pour que l’économie puisse développer des modèles d’affaires viables. Il est clair, en revanche, que les acteurs scientifiques, économiques, politiques et sociaux doivent collaborer étroitement afin de tirer pleinement parti des synergies pour une réduction rapide et importante des émissions dans tous les secteurs d’activités. Dans le même temps, il faut perfectionner les technologies pour des émissions négatives qui compensent les émissions résiduelles difficiles à éviter.

C’est là qu’intervient le Swiss Center of Excellence on Net-Zero Emissions (SCENE). Il concentre l’expertise de plus de 30 laboratoires de recherche autour du thème du «zéro émission nette» et offre une plateforme pour la collaboration interdisciplinaire et interinstitutionnelle au sein du Domaine des EPF. Toutes les institutions du Domaine des EPF participent à cette initiative commune: le PSI, qui fait office de «leading house», l’Empa, le WSL, l’Eawag, l’ETH Zurich et l’EPFL. «La transformation du système énergétiques et de la société prendra des décennies, mais nous devons agir vite et poser les bons jalons», relève Thomas J. Schmidt, responsable de la division de recherche Energie et environnement au PSI et codirecteur de SCENE.

Impliquer la recherche pour atteindre les objectifs climatiques

Sur la voie qui mène au zéro net, la recherche peut appuyer les différents groupes d’intérêts, mais une large collaboration des disciplines les plus diverses est nécessaire à cet effet. Björn Niesen de l’Empa, codirecteur du consortium, illustre précisément comment SCENE peut permettre d’atteindre cet objectif: «Des recherches sont menées par exemple sur l’utilisation énergétique de la biomasse et, parallèlement, sur l’utilisation du bois comme matériau de construction. Mais ces deux domaines ne sont pas encore étroitement imbriqués.» Or si l’on souhaite mieux exploiter les potentiels des forêts du pays, il faut briser ce genre de silos de recherche, souligne Björn Niesen: «Nous voulons bâtir des ponts entre les disciplines et les secteurs d’application.» Dans le cas de l’exemple précité, cela pourrait devenir possible grâce à une exploitation en cascade: le bois serait d’abord utilisé dans le secteur de la construction et ensuite seulement pour produire du courant et de la chaleur.

Six lots de travaux stratégiques pour le zéro net


Pour atteindre l’objectif de zéro émission nette, six domaines d’action prioritaire ont été identifiés: les chercheurs veulent étudier la contribution des cycles du carbone avec la biomasse issue du bois, développer des procédés techniques de capture, d’utilisation et de stockage du carbone, et établir des directives pour des cycles techniques efficaces et fermés pour les constructions. D’autres lots de travaux comprennent un système énergétique faiblement émetteur de CO2 qui remporte l’adhésion de la société, des modèles intersectoriels gaz à effet de serre et climat, ainsi que des trajectoires zéro net pour les institutions participantes.

Un lot de travaux complet se penche sur la communication en rapport avec l’objectif zéro net et les technologies permettant de l’atteindre. Les partenaires souhaitent susciter une prise de conscience avant tout auprès des jeunes, qui seront les décideurs de demain et les victimes à long terme du changement climatique. Au cours des trois années qui viennent, les collaborateurs du projet ont l’intention de se rendre dans au moins 60 écoles. Des échanges étroits avec des représentants du politique, des autorités, de l’économie et de l’industrie sont par ailleurs prévus. «Nous voulons contribuer à une discussion basée sur les faits et, ce faisant, épauler les différents groupes d’intérêts pour qu’ils puissent prendre des décisions scientifiquement fondées», résume Björn Niesen, lorsqu’on lui demande quel est le principal objectif de ce dialogue.

Plus de 17 millions de francs pour trois ans

SCENE s’inscrit dans la priorité stratégique «Energie, climat et durabilité de l’environnement», l’une des cinq priorités stratégiques définies par le Conseil des EPF pour la période 2025-2028. En raison de l’urgence de la question, six initiatives conjointes au sein de ce domaine prioritaire ont déjà démarré leurs travaux deux ans plus tôt, c’est-à-dire en 2023. SCENE collabore étroitement avec d’autres initiatives conjointes, entre autres avec «Speed2Zero» et «MainWood», des projets thématiquement apparentés dirigés par des chercheurs EPF. Le Conseil des EPF finance la moitié du projet et les six institutions participantes apportent l’autre moitié. Au total, le budget s’élève à 17,2 millions de francs pour les trois ans de durée du projet. Mais 2025 ne marquera pas la fin de ces efforts. «Notre but est d’établir entre les disciplines et les secteurs une nouvelle culture de collaboration qui puisse perdurer sur une période prolongée», souligne Thomas J. Schmidt.

Texte: Bernd Müller