Opération en urgence dans la zone de danger

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Le service de radioprotection du PSI n’intervient pas seulement à l’institut, elle est compétente également pour tout le canton d’Argovie. Quatre fois par année, elle teste une situation de crise.
L’explosion dans le laboratoire a fait voler la fenêtre en éclats et soufflé sur l’asphalte à l’extérieur des gants bleus et un récipient muni d’une étiquette de danger de radiations. Des hommes, coiffés de casques beiges et vêtus de tenues jaunes et noires de protection incendie, sautent à bas du véhicule de transport du service de radioprotection du PSI. Ils enfilent leur équipement de protection respiratoire, déroulent le ruban jaune de signalisation, s’éparpillent avec leurs instruments de mesure et se donnent des ordres jusqu’à ce que chacun sache ce qu’il a à faire; c’est l’inévitable confusion des premières secondes d’un exercice de simulation.
A l’intérieur du laboratoire, les hommes découvrent leur collègue Can Yesiltepe, qui mime un blessé. Ils le transportent à l’extérieur dans un sac de sauvetage à traîner et découpent sa combinaison jaune; c’est la première décontamination grossière. Les gars, comme ça, c’est pas possible!, lance Mathias Heusser, que Gabriel Frei, responsable du service de radioprotection, a désigné chef des opérations. Can Yesiltepe gît en effet en caleçon et en maillot de corps sur la bâche. C’est seulement maintenant que les membres du service le mettent à l’abri des regards indiscrets avec une bâche de tente.

Quelques minutes plus tard, Gabriel Frei met fin à l’exercice et rassemble ses hommes en demi-cercle, comme à l’armée. Derrière ses lunettes rondes, son regard est vif. Il désigne les fenêtres d’un bâtiment qui flanque le terrain d’exercice du corps des sapeurs-pompiers. Aujourd’hui, il faut moins d’une minute pour que quelqu’un prenne une photo avec son portable et pour que le blessé se retrouve en slip sur un portail en ligne, rappelle-t-il. Mais hormis ce point, Gabriel Frei est satisfait. En quelques minutes, les hommes du service de radioprotection ont trouvé les sources de radiations dans les buissons et derrière le mur qui donne sur le laboratoire. Ils ont aussi délimité une zone de danger autour des sources radioactives.
Une troupe de milice avec expertise
Le service de radioprotection du PSI est rattaché au corps des sapeurs-pompiers du PSI. L’équipe de pompiers régulière interviendrait en cas d’accident sur le site du PSI et du ZWILAG voisin, le centre de stockage intermédiaire de déchets radioactifs où sont notamment entreposés les barres de combustible des centrales nucléaires. Elle épaule par ailleurs les corps des sapeurs-pompiers des communes voisines de Würenlingen et de Geissberg qui, durant la journée, ne sont pas immédiatement mobilisables.
Le service de radioprotection, en revanche, est compétent pour tout le canton d’Argovie depuis 2006. Auparavant, la responsabilité relevait des onze centres de renfort des sapeurs-pompiers du canton d’Argovie. Ces derniers n’avaient pratiquement pas d’expérience dans le domaine. Contrairement au PSI, dont les laboratoires abritent régulièrement de la recherche impliquant la manipulation de matériaux radioactifs. Au PSI, on peut être sûr que l’expertise nécessaire est disponible en tout temps, explique Thomas Aldrian du Département de la santé et des affaires sociales du Canton d’Argovie. C’est ce qui a motivé la décision.

Au PSI, on peut être sûr que l’expertise nécessaire est disponible en tout temps.
Thomas Aldrian, Département de la santé et des affaires sociales du Canton d’Argovie

Le service de radioprotection compte 22 hommes, et comme le corps des sapeurs-pompiers du PSI, c’est une organisation de milice. Mais bon nombre de ses membres ont aussi affaire à la radioactivité dans le cadre de leur activité professionnelles. A l’instar de sept autres membres du corps des sapeurs-pompiers du PSI, Gabriel Frei travaille au ZWILAG, où il est responsable de la radioprotection. Gabriel Frei a une formation de technicien en installations de centrale nucléaire et a suivi une formation de perfectionnement pour devenir expert technique en radioprotection. Can Yesiltepe, le figurant de l’exercice, travaille comme spécialiste en radioprotection dans le démantèlement d’un réacteur de recherche au PSI. Mener de front le travail dans le service de radioprotection et à l’institut n’est pas une mince affaire, explique Gabriel Frei. Les scientifiques sont souvent les premiers à dire qu’ils n’ont pas le temps de s’y consacrer. Sa troupe est composée à 80% de techniciens qui ont fait un apprentissage, les chercheurs sont rares dans les rangs. Pour les collaborateurs du PSI, l’engagement dans le service de radioprotection est particulièrement lourd. Hormis le cours de base de deux jours du corps des sapeurs-pompiers, ils doivent effectuer une formation d’une semaine lors de laquelle ils apprennent à utiliser les appareils de mesure des radiations et à délimiter une zone de danger.
Pour le deuxième exercice, Gabriel Frei a reconstitué un accident sur l’A1 avec deux véhicules du PSI mis au rebut sur un tronçon de route du terrain d’exercice. Un véhicule transportant un contenu suspect a percuté une voiture. La collision a éjecté sur la route un paquet muni d’une étiquette qui signale un danger de radiations. Selon Gabriel Frei, ce scénario n’a rien d’irréaliste. Les hôpitaux transportent de cette manière du matériau radioactif pour les radiothérapies, par exemple.
A la différence du premier scénario qui se jouait sur le site du PSI, ici, le service de radioprotection doit coopérer avec un corps local de sapeurs-pompiers qu’elle ne connaît pas. Gabriel Frei joue le commandant impatient qui salue André Burkhard, l’officier de radioprotection, puis enchaîne. J’aimerais retirer mes deux hommes du site de l’accident et le chef des opérations de la police voudrait dégager la route le plus vite possible. Car une minute de barrage routier sur l’A1 entraîne des kilomètres de bouchon, rappelle Gabriel Frei.
Le portable à portée d’oreille pendant la nuit
Mais les membres du service de radioprotection ne se laissent pas démonter, ils délimitent d’abord une zone de danger autour du site de l’accident, puis vérifient minutieusement avec leurs instruments de mesure si les sapeurs-pompiers locaux n’ont pas été contaminés, avant de les autoriser à quitter le site. Gabriel Frei, qui joue le chef des opérations, continue cependant à mettre la pression. La CENAL veut une première analyse de la situation, lance-t-il à André Burkhard. Avec les autorités cantonales, la Centrale nationale d’alarme (CENAL), qui couvre ce genre d’accidents au niveau national, est seule compétente dans le canton d’Argovie pour évacuer du matériel radioactif. Le service cantonal de radioprotection du PSI a seulement le droit de l’identifier et de délimiter une zone de danger.
Une fois l’exercice terminé - il y en a quatre chaque année - le service de radioprotection se retire dans le dépôt des sapeurs-pompiers du PSI. Les hommes rangent leurs combinaisons de protection et leur équipement dans les casiers ou bavardent, les bretelles de leurs pantalons de protection incendie tendues sur leur t-shirt trempé de sueur. Un plan du bâtiment du PSI et une liste des numéros de portable importants sont affichés à l’entrée du dépôt. Jusqu’ici, le service de radioprotection du PSI n’a jamais eu à intervenir lors d’un accident réel, exception faite d’une fausse alerte il y a quelques années, se souvient Gabriel Frei. Néanmoins, tous les hommes du service dorment avec leur portable à portée d’oreille. En cas d’appel de la centrale d’intervention, tous ceux qui sont en état de le faire d’une manière ou d’une autre doivent se rassembler dès que possible au dépôt.
Au lieu de la bière traditionnelle après un exercice incendie, au service de la radioprotection, on partage une boîte de gaufrettes au chocolat qu’a apportée Klaus Hermel, commandant remplaçant du corps des sapeurs-pompiers du PSI. Il est un peu plus de 16 heures; certains hommes rentrent chez eux, d’autres retournent au travail. Can Yesiltepe, le figurant du premier exercice, a déjà réenfilé sa tenue bleue de technicien. Il enfourche son vélo et s’éloigne en pédalant. 
Texte: Joel Bedetti

5232 — Das Magazin des Paul Scherrer Instituts

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