Trois start-up de l’EPFL entrées en bourse en 2021

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© 2021 Alain Herzog

© 2021 Alain Herzog

Trois start-up de l’EPFL ont franchi le cap d’une cotation en bourse en 2021 : Sophia Genetics, Astrocast et Onward Medical, soit autant que sur ces 30 dernières années. Une situation inédite emmenée par des entrepreneurs ambitieux et favorisée par une conjoncture favorable ainsi qu’un écosystème entrepreneurial fertile.

Depuis mars 2020, la forte hausse des marchés boursiers a de manière générale créé des fenêtres d’opportunité très favorables, encourageant les entreprises en croissance à franchir le pas et ouvrir leurs capitaux aux marchés financiers. Les entrées en bourse ont ainsi fortement augmenté, portant le total des entrées d’argent au niveau mondial à un record de 453 milliards de dollars (+67%). Trois jeunes entreprises nées à l’EPFL - Onward Medical, Sophia Genetics et Astrocastont franchi le cap d’une entrée en bourse cette année. Logitech, Biocartis et Bicycle Therapeutics. La conjoncture avantageuse ne saurait cependant éclipser les années de développement technologique, de recherche de fonds, de tests pilotes, ou encore de choix stratégiques patiemment réfléchis. Pilotées par des équipes dynamiques et ambitieuses, les trois entreprises du campus entrées en bourse cette année y sont parvenues en moins de dix ans. Une quatrième, Nexthink, est devenue la deuxième Licorne du campus -après MindMaze-, portant son capital à plus d’un milliard avant même son entrée en bourse. Chacune de ces entreprises, dont les fondateurs sont toujours dans l’équipe de direction et qui gardent un lien fort avec l’EPFL et la région, a pu de plus compter à diverses étapes de son parcours sur un système de soutien à l’entrepreneuriat et d’aide financière qui s’étoffe régulièrement et s’adapte aux besoins des start-up.

L’entrée en bourse, un signe de maturité et de qualité

Alors que Sophia Genetics lève 234 millions de dollars, Onward Medical obtient 93 millions de francs et Astocast 40 millions : les importantes entrées d’argent engendrées par ces IPO (Initial Public Offering) sont une condition sine qua non au développement et à l’internationalisation de ces entreprises de haute technologie dont les produits nécessitent de nombreuses années d’efforts et de gros investissements bien avant l’arrivée d’un produit sur le marché. Pour Onward Medical médical par exemple, les 93 millions obtenus en novembre à la bourse de Bruxelles - « le plus gros montant européen jamais obtenu pour une jeune entreprise de medtech », note le CEO, Dave Marver - vont permettre de booster les derniers réglages avant commercialisation de leurs systèmes d’aide au mouvement pour les personnes handicapées. « Nous nous sommes fixé une entrée sur le marché en 2023 pour la version non-invasive, tout en menant des études cliniques, en collaboration avec le CHUV, pour la version implantable ».

Cette étape marque un important coup d’accélérateur, mais il ne s’agit pas d’un aboutissement. « Ce n’est pas un gage de réussite, ces entreprises ne sont pas encore arrivées au stade de la rentabilité, mais on peut clairement le voir comme un signe de maturité et de qualité. C’est un tremplin pour devenir les leaders de demain », note André Catana, responsable de l’unité start-up de l’EPFL. Pour Sophia Genetics cette entrée en bourse constituait simplement un objectif à atteindre pour continuer sur sa lancée. L’envers de la médaille, comme le souligne Jurgi Camblong, fondateur et CEO de Sophia Genetics, est un surcroit de responsabilités pour l’entreprise : « Les ressources qui nous ont été allouées ne l’ont pas été ailleurs, il nous incombe donc de les utiliser à bon escient, pour faire avancer la médecine de précision et avoir un impact positif sur le plus grand nombre ».

Un pied en Suisse, les yeux vers l’international

Tout en gardant un pied dans l’arc lémanique, ces start-up devenues grandes ont cependant toutes opté pour une bourse étrangère, comme deux tiers des 13 entreprises suisses qui ont bénéficié d’une IPO (Initial Public Offering) cette année. La bourse suisse attire encore peu les start-up : « nous avons envisagé d’être cotés à Zurich, mais pour l’instant Swiss exchange n’est pas taillée pour les sociétés dont le produit n’est pas encore sur le marché », note par exemple Dave Marver, CEO d’Onward Medical. Les spécialistes notent toutefois un changement : « il y a quelques années seul le Nasdaq comptait pour les start-up. Elles déménageaient ensuite le plus souvent leur siège social aux États-Unis, les bourses européennes sont désormais davantage attractives », commente Jordi Montserrat, responsable de l’antenne romande de VentureLab, société d’aide aux start-up.

Le fait d’avoir opté pour la bourse belge est un choix économique et stratégique pour Dave Marver qui décrit la place financière de Bruxelles comme « le meilleur marché d’échange pour les sciences de la vie en Europe ». Mais la collaboration avec l’EPFL et le CHUV sont est essentielle pour le développement des systèmes d’Onward qui entend garder une grande partie de ses activités dans le canton de Vaud : « une cinquante d’employés sont basés ici, tout comme moi, nous sommes liés pour longtemps à cette région ». Alors que le patron de Sophia Genetics donnait une interview pour la homepage de l’EPFL dans son petit bureau du campus en 2011 avec un projet d’entreprise très clair, mais tout à créer, sa société s’offre, dix ans plus tard, un nouveau siège à Rolle où travailleront bientôt 250 des quelques 500 collaborateurs. Bien décidée à garder une grande partie de ses activités en Suisse, l’entreprise met l’accent depuis quelques années sur son expansion aux États-Unis. « Mais l’Europe reste notre marché principal et la région lémanique, grâce à l’EPFL, est un pool de talents inestimables », confirme Jurgi Camblong.

Finalement, le fait que ces sociétés accèdent à une entrée en bourse est également un facteur évitant un déménagement à l’étranger. Afin d’obtenir d’importants montants et permettre par la même occasion aux investisseurs de départ de retirer leur capital, les jeunes entreprises du campus optaient jusqu’à récemment essentiellement sur le rachat de la société part un grand groupe. Peu liées à la région, ces multinationales n’hésitent pas à délocaliser.

« Les aides aux start-up sont comme des relayeuses »

L’écosystème mis en place à l’EPFL, dans le canton et sur le plan national, contribue indubitablement à la croissance des jeunes sociétés et à la consolidation d’une culture entrepreneuriale. « J’aime à penser qu’on a planté beaucoup de graines et qu’on les a aidées à bien grandir. Avec les autres initiatives d’aide au développement, nous pouvons être comparés à des relayeurs : si les deux premiers ne passent pas correctement le témoin, le troisième ne l’aura jamais », sourit Jordi Montserrat qui se souvient notamment des conseils prodigués à Sophia Genetics il y a une dizaine d’années. Les start-up de l’EPFL n’ont plus peur de voir grand et certains observateurs estiment que d’autres entrées en bourse pourraient suivre rapidement, même si le marché devient moins propice. La voie est créée et des rôles modèles sont là. VentureLab et SIX Swiss Exchange -société qui gère la bourse suisselancent d’ailleurs un programme qui vise à donner aux entrepreneurs suisses les clefs pour prendre les meilleures décisions concernant leur financement, sur les marchés des capitaux privés et publics.

Une recette pour amener son entreprise aussi rapidement vers une cotation en bourse - Selon Jurgi Camblong, trois éléments sont essentiels à mettre toutes les chances de réussite de son côté : « s’assurer que le produit s’insère correctement dans le marché, trouver le bon modèle de vente et sans cesse l’adapter à la croissance de l’entreprise et finalement savoir s’entourer des bonnes personnes et professionnaliser l’entreprise en temps voulu, autant au niveau des employés que du conseil d’administration ».

Les produits développés par Onward, qui vient de lever 93 millions de francs, sont le fruit d’une longue collaboration entre l’EPFL et le CHUV, pilotée par Grégoire Courtine, professeur de l’EPFL. Des études précliniques ont déjà permis à de nombreux patients de refaire l’expérience de la marche de manière quasi autonome. L’entreprise développe désormais deux systèmes qu’elle compte commercialiser rapidement : l’un qui peut être administré par système implantable alors que l’autre est externe. Ils sont conçus pour fournir une stimulation ciblée et programmée de la moelle épinière pour restaurer la mobilité et d’autres fonctions chez des personnes atteintes de lésions de la moelle épinière, améliorant ainsi leur qualité de vie.

Sophia Genetics est entrée au Nasdaq en juillet, réalisant au passage la meilleure opération suisse de l’année avec 234 millions de dollars. Ce montant vient s’ajouter aux 110 levés auprès d’investisseurs privés moins d’un an auparavant. Fondée en 2011, cette pionnière de l’introduction de l’intelligence artificielle dans l’étude du cancer et des maladies rares peut aujourd’hui se targuer d’être la leader mondiale de la médecine des données. Plus de780 hôpitaux dans 72 pays lui confient des informations génomiques recueillies lors d’examens médicaux. L’IA lui permet ensuite d’établir des statistiques, des prévisions et de mieux comprendre certaines pathologies.

Astrocast a levé 40 millions de francs lors de son entrée à la bourse norvégienne Euronext Growth à Oslo, marquant ainsi la première opportunité pour des investisseurs d’acquérir des actions d’une constellation de satellites pour l’internet des objets sur un marché public. Fondée en 2014, elle met au point un réseau satellitaire mondial à bas coût qui cible spécifiquement la couverture des zones maritimes et des pays émergents, des zones mal desservies par les réseaux cellulaires existants.

References

Six and Venturelab pave swiss start-ups the way to stock exchange

EPFL spin-off Nexthink becomes the new swiss unicorn


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