Un centre universitaire dédié aux sciences des sexualités

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L’Université de Genève crée le Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités pour promouvoir l’excellence de la recherche et de l’enseignement, et répondre aux questionnements grandissants de la société dans ce domaine.

En 1970, le philanthrope genevois Maurice Chalumeau lègue sa fortune à l’Université de Genève (UNIGE) dans le but d’encourager la recherche universitaire dans le domaine de la sexualité humaine. Un fonds éponyme est créé l’année suivante. Durant 50 ans, ce fonds pionnier devient un acteur incontournable en la matière. Les récentes évolutions sociales, culturelles et scientifiques appellent désormais une approche holistique et transdisciplinaire de la recherche sur les sexualités. Pour que les activités de recherche, d’enseignement et d’information scientifique soient enfin réunies, pour stimuler les synergies entre les disciplines et densifier le dialogue avec la Cité, l’Université de Genève crée le Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités. Son inauguration commémorera les cinquante ans de l’acceptation du legs de Maurice Chalumeau par l’UNIGE, le 17 novembre 2020.

Un grand nombre d’activités de recherche, d’enseignement et d’information scientifique sur les sexualités est aujourd’hui abordé dans les différentes facultés de l’UNIGE, grâce, entre autres, au soutien financier du Fonds universitaire Maurice Chalumeau (FUMC). Afin que toutes ces activités se rapprochent, pour stimuler leurs interactions et qu’elles bénéficient d’une visibilité commune, l’Université de Genève leur consacre un centre baptisé Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités (CMCSS).

Un fonds pionnier et visionnaire

Le FUMC fut créé en 1971, selon les volontés testamentaires du philanthrope Maurice Chalumeau. Le Fonds Chalumeau a contribué de manière décisive à la fondation d’une École genevoise de sexologie, centrée, selon le modèle américain, sur les fonctions et dysfonctions sexuelles, les sources du plaisir et les dynamiques du couple hétérosexuel. Le Fonds et l’Université de Genève ont également contribué en 1974 et dans le cadre de l’OMS, à la première définition de la « santé sexuelle », ancrée dans une « approche positive de la sexualité humaine » et fondée sur l’idée du « bien-être sexuel ».

Durant ces 50 années, cependant, et plus particulièrement au cours de la dernière décennie, l’approche et la vision des sexualités ont fondamentalement changé dans nos sociétés. Aujourd’hui, le champ d’études des sexualités se déploie à l’Université de Genève dans de multiples domaines: biomédical, culturel, politique, juridique, social. Les approches et projets interdisciplinaires se multiplient. Les approches et projets interdisciplinaires se multiplient: la première brochure suisse, éditée par l’Université de Genève et consacrée aux droits des personnes LGBT (Lesbienne, gay, bisexuel, transgenre) qui fera d’ailleurs l’objet d’une conférence en ligne sur le site de l’Université de Genève ce jeudi 19 novembre à 18h30, dans le cadre du cycle de conférences « Sexualités en temps de crise »; la conception des « 3D models » des organes génitaux qui a fait l’objet d’une publication dans le prestigieux Journal of Sexual Medicine; ou encore, parmi de nombreux exemples, les recherches concernant la prise en charge par les institutions pénales des infractions de contraintes sexuelles et de viol.

«C’est pour notre université une magnifique opportunité de partager et renforcer sa démarche scientifique sur les questions relatives aux sexualités en créant un centre universitaire dédié. C’est un pas important qui améliore notre capacité à répondre aux questionnements de la société et à inscrire ces savoirs au coeur des préoccupations contemporaines. Une façon de reconnaitre l’esprit pionnier de Maurice Chalumeau», indique Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève.

Holisme et indépendance scientifique

Les dimensions multiples -scientifiques, culturelles, sociales- qui intéressent les sexualités exigent une approche holistique. Des mutations importantes et rapides ont lieu. Elles concernent autant les pratiques sexuelles et procréatives que la manière dont sont représentées les identités sexuelles. Ces mutations soulèvent des questionnements d’ordres éthique, juridique et politique qui doivent être rigoureusement abordés avec le concours de l’ensemble des disciplines concernées.

En créant le CMCSS, l’Université de Genève propose une gouvernance indépendante au service de l’interdisciplinarité. Le CMCSS ne sera pas rattaché aux facultés et centres interfacultaires avec lesquels il collaborera étroitement, mais directement à l’Administration centrale de l’Université de Genève. Il sera scientifiquement indépendant de toute autre structure et comptera avec le soutien d’une Commission scientifique de professeur-es de l’UNIGE, nommée par son rectorat. Les disciplines suivantes seront représentées au sein de la Commission scientifique: droit, études culturelles, histoire, médecine, psychologie, sociologie et science politique.

Dialogue avec la cité

La naissance du CMCSS est le signe d’une innovation académique, mais elle résulte aussi d’une évolution marquée par les époques et mouvances sociales et culturelles qui ont impacté la vie sexuelle et transformé les savoirs sur les sexualités durant ces cinquante dernières années. «Le Centre aura pour mission de contribuer à une évolution de l’opinion publique vers une conception plus libérale des sexualités, avec la ferme conviction qu’aborder les sexualités de manière scientifique permet d’augmenter la somme des bonheurs individuels, comme l’avait formulé Maurice Chalumeau en 1970», souligne Yves Flückiger.

La crise sanitaire que traverse le monde aujourd’hui touche également les manières dont les sexualités sont vécues, même s’il est encore difficile d’en évaluer précisément l’impact. Or, le Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités a notamment pour vocation de contribuer à comprendre la nature et la portée des crises dans la sphère de l’intime. C’est bien pourquoi le 17 novembre 2020, après une année de processus et à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’acceptation du legs, l’Université de Genève tient tout particulièrement à inaugurer symboliquement le CMCSS, rendant ainsi hommage à l’exceptionnelle générosité et à l’esprit résolument pionnier du philanthrope genevois. En raison des circonstances actuelles, aucun événement n’est prévu, hormis la présente annonce et la mise en ligne du site du CMCSS.

12 novembre 2020