Unsere Kolonialgeschichte entstauben

La Suisse ne possédait pas de colonies. Mais la vie de ses habitant·e·s n’en a pas moins été marquée par le colonialisme. Projet de public history, Colonial-local.ch met en lumière les traces qu’on en trouve dans le Canton de Fribourg grâce à un site internet qu’il veut interactif.

Mercenaires, missionnaires, émigré·e·s... les Fribourgeois·e·s ont aussi participé à écrire l’histoire coloniale. ch met en lumière certains épisodes, invitant le public à livrer ses propres témoignages. «Notre projet vise à susciter le débat au sein de la population et à mieux connaître ce passé colonial, longtemps nié ou caché», indique Linda Ratschiller, postdoctorante auprès du Département alémanique d’histoire contemporaine de l’Université de Fribourg.

Image tirée de: Raymond Bachollet, Négripub. L’image des Noirs dans la publicité, Paris, 1992 Le chocolat offre un bon exemple de la position unique de la Suisse dans le projet colonial. Au cours du XXe siècle, le langage visuel évolue: les thèmes exotiques disparaissent pour laisser place à l’iconographie d’une Suisse idéalisée symbolisant le chocolat au lait. Le produit exotique - indissociable de la traite des esclaves - devient symbole national...

Avec deux collègues, Barbara Miller et Simone Rees, elle a lancé colonial-local.ch, un projet privé de public history. «A l’origine, il y a eu un séminaire que nous avons proposé à des étudiant·e·s de bachelor, en 2019, explique Linda Ratschiller. Les recherches portaient sur les traces coloniales qu’on pouvait rencontrer à Fribourg. Avec un objectif: monter une expo.»

Celle-ci s’est tenue dans les couloirs de Miséricorde. «Nous espérions ensuite nous déplacer dans le Canton pour montrer nos travaux hors du sérail universitaire, mais le Covid l’a empêché», poursuit l’historienne. La pandémie a, en revanche, incité les chercheuses à trouver d’autres canaux pour rendre publique cette thématique.

Ouvrir un dialogue
«Un site internet nous a semblé idéal pour créer un dialogue et pouvoir ajouter des histoires à mesure de nos avancées.» Certains des thèmes proposés lors de l’exposition figurent parmi ceux qu’abordent colonial-local.ch, notamment le volet concernant la colonie de Nova Friburgo, celui des zoos humains ou encore des chocolats Villars et Cailler.

Si, jusqu’au début des années 2010, l’histoire coloniale de la Suisse demeure quasi confidentielle, elle est désormais reconnue et davantage étayée par des travaux. Une grande partie de ces recherches restent cependant inaperçue du grand public. Le site offre une entrée en matière, éclairée par des sources, des illustrations et des photos.

A l’aide d’un blog, les trois historiennes espèrent non seulement élargir les archives et les connaissances sur les liens entre Fribourg et le colonialisme, mais aussi recueillir les voix des personnes qui sont encore aujourd’hui touchées par ce passé colonial, sous forme de racisme notamment.

Des sujets délicats
Les sujets traités sur colonial-local.ch exigent du doigté, comme par exemple les expositions d’ethnographie coloniale. Lors de celles-ci, des personnes non européennes étaient exposées comme dans un zoo. Devenues un phénomène de masse au XIXe siècle à travers l’Europe, elles ont commencé à disparaître après la Deuxième Guerre mondiale. «En Suisse, ces expositions ont perduré jusque dans les années 1960, souligne Linda Ratschiller. Ce n’est pas si lointain! Il s’agit de réactiver notre mémoire collective et dépoussiérer notre passé colonial.»

Mais pas question pour les trois historiennes d’utiliser des images montrant des personnes exhibées dans ces zoos humains. «Nous n’allions pas créer le buzz avec des éléments que nous dénonçons. Nous avons, au contraire, choisi d’expliquer pourquoi nous avons renoncé à ces photos.» Pour guider les visiteuses et visiteurs et les emmener plus loin dans leurs réflexions, le site colonial-local.ch propose aussi un glossaire. «Cela nous permet d’expliciter pourquoi certains mots ou expressions sont historiquement chargés et restent blessants pour une partie de la population.»

Miroir tendu En évoquant ces thèmes sur leur versant historique, le projet souhaite évidemment questionner notre société actuelle. «Que disent ces récits de l’image que nous nous faisons des autres et de nous-mêmes? Comment le passé colonial influence-t-il la politique Suisse et notre vie quotidienne? Que dire, par ailleurs, du tourisme qui propose de visiter des favelas au Brésil ou des villages préservés en Asie?»

Conscientes qu’un site internet ne deviendra pas interactif sans promotion, les trois historiennes s’attachent à faire parler de leur projet. Après un café scientifique mis sur pied par l’Unifr au mois d’avril (retrouvez ici la discussion en vidéo), elles ont animé une table ronde en mai à l’occasion de la mise en ligne officielle du site. Le projet est aussi présent sur les réseaux sociaux pour élargir le débat.

«Nous avons également activé le milieu pédagogique, relève Linda Ratschiller. Un intérêt pour cette matière existe de la part des collèges et des CO, mais les enseignant·e·s souhaitent du matériel pédagogique supplémentaire pour pouvoir utiliser le site dans leurs cours.» Les discussions sont ouvertes pour voir si un partenariat peut être trouvé. «D’autres cantons nous ont aussi fait part de leur intérêt.»

Lent réveil de Fribourg
La Suisse et ses cantons urbains ont pris conscience de leur implication dans le colonialisme depuis quelques années déjà. Dans les cantons ruraux, le réveil semble moins évident. «Dans le cas de Fribourg, les traces concrètes sont rares, souligne Linda Ratschiller. Le Canton comptait peu de grandes familles bourgeoises engagées dans le commerce des esclaves.» Des réseaux de commerce qui concernaient plutôt les cantons protestants.

«L’implication du Canton est, en revanche, très importante dans les missions catholiques. Fribourg, par son université, occupait une place particulière dans le paysage suisse et mondial.» Ainsi, durant l’ère post-colonialiste qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale, l’Eglise invitait des étudiant·e·s du monde entier à Fribourg pour les influencer. «L’objectif était de former un monde postcolonial anticommuniste, poursuit la chercheuse. On croit parfois que Fribourg n’a pas sa place dans la géopolitique mondiale, mais quand on y regarde de plus près, on se rend compte que c’est faux.»

Linda Ratschiller s’intéresse à l’histoire coloniale et à ses conséquences depuis son travail de Master en histoire contemporaine et sciences politiques. Terminé en 2011, il a été réalisé pour une part à Fribourg et pour l’autre à Stellenbosch, en Afrique du Sud. La chercheuse rejoint ensuite l’Université de Cambridge pour un Master en histoire et philosophie des sciences. De retour à Fribourg, elle s’intéresse ensuite à la Mission de Bâle, notamment à ses aspects médicaux, dans le cadre de sa thèse qu’elle termine en 2020. De 2014 à 2021, elle était la coordinatrice du programme doctoral intitulé «Migration and Postcoloniality Meet Switzerland».

Image de Une: Voyage vers Nova Friburgo, issue de: Nicoulin Martin, La genèse de Nova Friburgo. Emigration et colonisation Suisse en Brésil , Fribourg 1981.

Journaliste indépendante depuis peu, Sophie Roulin a longtemps prêté sa plume aux rubriques régionale et magazine du journal La Gruyère. Fribourgeoise pur sucre, elle a grandi dans le sud du Canton. Par intérêt pour la nature qui l’entoure, elle a choisi d’étudier la géologie à l’Université de Fribourg avant de se tourner vers le journalisme.

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