Poissons tropicaux capables de prévoir

Poissons tropicaux capables de prévoir

Des poissons tropicaux adaptent leur comportement en fonction des conséquences futures de leurs actions. Ce comportement est connu chez l’humain, mais il est pour la première fois observé chez un animal.


L’expression « l’ombre du futur » est utilisée par les économistes pour décrire cette capacité des humains à modifier leur comportement envers une autre personne en tenant compte des possibles rencontres futures. S’il s’avère vraisemblable de retomber prochainement nez à nez, les gens coopèrent généralement plus facilement entre eux. S’il semble au contraire improbable que les deux personnes entrent à nouveau en contact, elles se montrent alors plus enclines à se tromper.
Redouan Bshary, chercheur à l’Université de Neuchâtel, et ses collègues étudient un poisson nettoyeur (Labroides bicolor) dans son environnement naturel, parmi les récifs coralliens du Pacific sud. Ils viennent de découvrir que ce poisson – de la même façon que l’être humain – réagit à cette « ombre du futur ».
Tout comme leur nom l’indique, les poissons nettoyeurs se nourrissent en enlevant les parasites qui prolifèrent sur la peau, la bouche et les branchies d’autres poissons (considérés comme espèces clientes), dont notamment certains requins. De temps à autre, il leur arrive d’améliorer leur menu en mordant sournoisement dans les mucosités qui recouvrent la peau de leurs clients.
Alors que le débarrassage des parasites relève du comportement coopératif, profitable aux deux espèces, un coup de dent dans le mucus du poisson client peut se révéler potentiellement dangereux pour ce dernier. Le mucus fait en effet partie intégrante de son système immunitaire.
Les chercheurs ont découvert que les poissons nettoyeurs se comportent différemment selon la partie de leur habitat où ils se trouvent. Ils se montrent plus coopératifs – enlevant les parasites de leurs clients – dans les parties de leur habitat où ils passent plus de temps et où ils ont par conséquent plus de chances de retomber à nouveau sur le même poisson client.
Par contraste, ils trichent – en mordant plus souvent dans les mucosités de leurs clients – dans les parties de leur habitat qu’ils visitent moins souvent et où la probabilité de croiser le client qu’ils viennent de tromper n’est pas très élevée.
Afin d’établir qu’un poisson nettoyeur vient de tricher, les éthologues ont pris en compte la réaction du poisson client. En effet, ce dernier sursaute lorsqu’on lui prélève un morceau de mucus.
Les résultats ainsi obtenus suggèrent que, tout comme l’humain, les poissons nettoyeurs sont capables de prendre en compte non seulement les retombées immédiates, mais également les conséquences futures de leurs actions.

CW

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