L’arbre qui change la vie

©Biomimicry Europa

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Le Noyer Maya fournit des éléments nutritifs et permet d’améliorer la qualité des sols alentour. Il est planté en Haïti grâce à une collaboration internationale. 

Une découverte fera date sous l’arbre à palabres en Afrique comme en Amérique centrale. Elle promet en effet d’améliorer la qualité des sols tropicaux acides grâce au calcaire produit par certains arbres, dont l’Iroko africain et le Noyer Maya latino-américain, en association avec des champignons et des bactéries. Cette découverte porte sur un groupe d’arbres «oxalogène», c’est-à-dire capable, via la photosynthèse, de capturer le CO2 atmosphérique et de le transformer en un sel organique, l’oxalate, puis en carbonate de calcium (calcaire).

Cette voie oxalate-carbonate permet de stocker le gaz carbonique sous forme de calcaire dans le sol, donc d’une manière beaucoup plus durable que dans les forêts tempérées qui, à maturité et en conditions naturelles, absorbent et relâchent le CO2 en quantité pratiquement équivalente. Mais surtout, la biominéralisation assurée grâce aux arbres identifiés en Inde, en Afrique et en Amazonie bolivienne par l’équipe de l’UNIL peut stabiliser les sols tropicaux, dont la structure est souvent défavorable, et accentuer leur capacité nutritive en leur permettant d’emmagasiner les matières organiques.

Solutions durables
Près de 80 000 plants de Noyer Maya sont actuellement en croissance dans des pépinières en Haïti. Différentes sociétés financent en effet le programme de l’association Biomimicry Europa, qui s’inspire de la nature pour trouver des solutions durables. Il s’agit d’acheter les graines, d’assurer le suivi des pépinières et la formation des populations locales, en association avec des ONG de terrain (Sadhana Forest Haïti, Article29 et The Maya Nut Institute). Le Noyer Maya donne des noix hautement nutritives et bonnes à tout faire, de la farine notamment; ses feuilles peuvent nourrir le bétail et sa sève peut être bue directement. A titre de comparaison, l’Iroko offre pour sa part un bois précieux.

«Il s’agit de planifier un environnement correct pour les générations futures, explique Eric Verrecchia de l’Université de Lausanne, en leur permettant d’envisager les arbres et leurs fruits comme des filières écologiques et économiques et de combiner l’industrie du bois et l’agriculture grâce à des forêts cultivées. Pour moi, c’est le plus important. Par ailleurs, je pense qu’il faudrait relancer partout le bois, dans la construction par exemple. On assurerait ainsi un stockage du carbone à long terme, alors que l’arbre finira par se décomposer dans la forêt en rejetant du CO2. Il faut voir le bois comme un prolongement écologique de la société humaine...»