Presse écrite: décalage entre idéaux et pratique

    -     Deutsch
Pour la première fois en Suisse, une étude s’est penchée  sur la décalage

Pour la première fois en Suisse, une étude s’est penchée sur la décalage entre la façon dont les journalistes conçoivent leur mission et ce qu’en révèle une large revue de presse. (Image: pixabay)

Dénoncer les abus et informer les citoyens: voici deux missions que s’assignent les journalistes. Celles-ci ne se concrétisent toutefois que rarement dans les articles de presse. Le Département des sciences de la communication et des médias de l’Université de Fribourg s’est penché sur les raisons de ce clivage et sur ses implications pour la couverture médiatique suisse.

Pour la première fois en Suisse, une étude s’est penchée de manière systématique sur le rapport entre la façon dont les journalistes conçoivent leur mission et ce qu’en révèle, de manière concrète, une large revue de presse. 519 articles publiés dans des journaux nationaux ont été analysés en fonction de six critères (cf. grille d’analyse ci-dessous), tandis que leurs auteurs ont reçu un questionnaire en ligne. L’étude a fait l’objet d’une publication en 2018 dans deux revues spécialisées de renommée mondiale, Journalism Studies et Journalism.

Des résultats en contradiction avec l’auto-perception
Des recherches préalables ont montré que les journalistes de presse considèrent leurs rôles d’enquêteurs (de ’watchdog’) et de journalistes au service des citoyens comme essentiels. Les participant·e·s à la présente étude affirment d’ailleurs que leur travail quotidien s’inscrit parfaitement dans cette double mission. L’analyse des contenus de leurs articles vient pourtant contredire ce sentiment.

Obstacle potentiel: l’effort
La grande majorité de ces articles, écrits le plus souvent de manière neutre, ne laisse que rarement transparaître l’idéal professionnel que se fixent les journalistes: On observe le plus souvent des contributions orientées vers les besoins du public, dont l’objectif est de divertir ou de fournir des conseils pour la vie quotidienne. Les articles font également la part belle aux opinions personnelles et aux interprétations. Selon les auteurs de l’étude, il s’agit là peut-être d’une solution de facilité de ce journalisme à orientation citoyenne (cf. grille d’analyse ci-desous).

Dénoncer les abus (surveillance) et informer les citoyens confèrent au journalisme un rôle politique au sein d’une démocratie. Cependant, traiter l’actualité de manière critique et fournir des informations pertinentes pour la société requièrent un effort accru en termes de recherches et d’analyse.

L’étude révèle également que les journalistes ont pour ambition de contribuer à la cohabitation sociale et politique en Suisse. Un produit médiatique ne saurait toutefois refléter parfaitement cet idéal professionnel, ne serait-ce que parce que les éditeurs ont eux aussi leur mot à dire. Corollaire: les actualités privilégient un traitement neutre de l’information tandis que les opinions se voient reléguer dans une colonne réservée aux commentaires.

Par ailleurs, ces rôles de journalisme au service des citoyens et de voix critique ne peuvent s’exercer dans chaque article, mais dépendent des circonstances et des thèmes.

Quelle plus-value pour les journaux d’aujourd’hui?
Malgré ces constats, l’étude fournit quelques indices sur les possibles développements du travail journalistique: A l’heure d’internet, les journaux traditionnels qui se contentent de reproduire des dépêches (couverture médiatique neutre) ne fournissent aucune plus-value. Celle-ci ne peut être garantie que si des spécialistes analysent, interprètent et commentent l’actualité.