Le protectionnisme de Trump augmente le chômage

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Des chercheurs de l’UNIGE démontrent que loin de protéger les Américains de la concurrence internationale, le protectionnisme mis en place par le président Donald Trump augmente le chômage.

La politique protectionniste du président américain Donald Trump est critiquée de toutes parts à travers le monde, mais semble convenir aux Américains, qui voient dans ce modèle économique la protection de leurs intérêts. Et s’ils se trompaient? Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) quantifie les effets des politiques protectionnistes de Donald Trump sur le chômage et la prospérité dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Leurs résultats, à lire dans la revue Journal of the European Economic Association,  démontrent que de telles politiques auraient un impact négatif sur la prospérité et l’emploi tant au Mexique qu’aux États-Unis.

Alors que l’administration américaine applique ouvertement des politiques commerciales protectionnistes depuis l’accession de Donald Trump à la présidence, les économistes s’attèlent à analyser les effets de ce retournement brutal de politique. Or, la plupart des modèles quantitatifs utilisés ne prennent pas en compte le chômage comme variable d’ajustement. «Le taux de chômage est pourtant un indicateur important de la santé économique d’un pays, relève Céline Carrère, professeure à la Faculté d’économie et de management (GSEM) de l’UNIGE. C’est pourquoi nous nous sommes particulièrement intéressés à l’évolution des chiffres du chômage des pays faisant partie de l’OCDE.»

Une prospérité réduite par le protectionnisme

L’étude montre que l’abrogation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) - une annonce faite par le Président Trump peu après son entrée en fonction - et l’imposition de droits de douane de 20% entre les États-Unis et le Mexique dans tous les secteurs réduiraient la prospérité de 0,31% aux États-Unis et de 6,6% au Mexique. «En outre, cette politique augmenterait le chômage de 2,4% aux États-Unis et de 48% au Mexique !», souligne Frédéric Robert-Nicoud, professeur à la GSEM et co-auteur de cette étude.

Dans leur étude, les chercheurs de l’UNIGE dévoilent dans un second scénario l’impact de la politique économique de Trump sur l’industrie automobile. «Une augmentation par les États-Unis des barrières tarifaires à l’importation de véhicules à moteur de tous les pays, à l’exception du Mexique et du Canada, entraînerait une diminution de la prospérité à long terme et de l’emploi, tant au Mexique et aux États-Unis que dans les autres pays producteurs d’automobiles», prévient Anja Grujovic, chercheuse au Center for Monetary and Financial Studies (CEMFI) à Madrid, en Espagne.

L’étude genevoise démontre ainsi que loin de favoriser les acteurs industriels de son pays, Donald Trump les impacte négativement sur le long terme. De plus, sa politique protectionniste n’influe pas uniquement sur les Américains, mais également sur les pays voisins membres de l’OCDE, comme le Mexique. «Nous montrons ainsi que le protectionnisme cache souvent des aspects négatifs qui ne ressortent qu’avec le temps, parfois après la fin du mandat d’un président qui dès lors, peut se satisfaire des résultats obtenus lorsqu’il était au pouvoir», conclut Frédéric Robert-Nicoud.


16 décembre 2019