Un nouveau kit 3d pour favoriser l’éducation sexuelle

Anatomie sexuelle féminine tel que le montre le kit 3D développé par des scienti

Anatomie sexuelle féminine tel que le montre le kit 3D développé par des scientifiques de l’UNIGE et des HUG. @ HUG / UNIGE

Partout dans le monde, les connaissances sur l’anatomie génitale et la physiologie sexuelle sont entachées d’idées fausses, de tabous ou de stéréotypes qui peuvent avoir des effets négatifs sur la santé sexuelle. En se basant sur l’imagerie et sur une revue de la littérature, des chercheuses et chercheurs des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) et de l’Université de Genève (UNIGE) ont créé un kit de modèles en 3D présentant l’anatomie sexuelle féminine et masculine. Dévoilées dans une étude publiée dans le Journal of Sexual Medicine, ces structures anatomiques, précises et réalistes, montrent l’anatomie féminine dans son ensemble, y compris une représentation complète du clitoris. Elles pourront être proposées dans l’enseignement de l’anatomie sexuelle aux professionnel·les de santé, en milieu scolaire et clinique, mais également auprès du grand public. Ce kit anatomique sera un outil particulièrement utile en amont de procédures thérapeutiques ou chirurgicales.

Les professionnel·les de la santé et les étudiant·es en médecine ne sont pas à l’abri des mythes, stéréotypes et tabous qui entourent l’anatomie génitale, sa diversité et la physiologie sexuelle. Ces lacunes et ces conceptions erronées, courantes dans le monde entier, peuvent avoir des effets négatifs sur la santé sexuelle, augmenter le nombre de demandes de chirurgie esthétique génitale et maintenir des pratiques néfastes, telles que les mutilations génitales féminines. Dans de nombreux pays, ces mutilations sont répandues et font partie de traditions culturelles. Il est par exemple courant de penser qu’un clitoris non excisé peut s’élargir comme un pénis, blesser un bébé pendant l’accouchement, provoquer des troubles de l’érection chez un partenaire masculin ou rendre une fille hypersexuelle ou infidèle. Dans d’autres pays, les organes génitaux féminins non fermés sont perçus comme de grandes ouvertures dans lesquelles le vent pourrait insuffler une maladie ou par lesquelles un bébé pourrait tomber pendant la grossesse.

Connaître la forme et la fonction du clitoris
Des informations scientifiques concernant l’anatomie et la physiologie sexuelles participent à la déconstruction progressive de ces mythes et pourraient permettre d’éviter certaines pratiques dangereuses pour la santé. Une représentation anatomique complète du clitoris avec les organes voisins, jusqu’à présent peu fréquente, permet également de mieux sensibiliser le grand public à sa forme, à son rôle dans le plaisir sexuel féminin mais également à son origine et son développement embryologique. On pense souvent, par exemple, que l’excision enlève le clitoris, alors que la plus grande partie de l’organe est encore présente et peut répondre aux stimuli sexuels, ce que beaucoup de femmes excisées ignorent.

Rôle des professionnel·les de santé
Le constat s’avère également surprenant chez les professionnel·les de la santé pour lesquel·les l’enseignement de l’anatomie et de la physiologie sexuelles, de l’embryologie et du plaisir sexuel sont inexistants ou incomplets durant les cursus universitaires. Pour des raisons socioculturelles et historiques, les organes sexuels féminins ont en outre été moins étudiés. A titre d’illustration, une recherche menée en mai 2020 dans la revue PubMed pour les mots "clitoris" et "pénis" a donné respectivement 2-386 et 49-846 publications. Cet écart pourrait s’expliquer, en partie, par le fait que le pénis a des fonctions sexuelles, reproductives et excrétrices, alors que la seule fonction connue du clitoris est liée au plaisir sexuel.

Méthodologie
L’équipe de recherche, coordonnée par la Dre Jasmine Abdulcadir au Service de Gynécologie du Département de la femme, de l’enfant et de l’adolescent aux HUG et privat docent à la Faculté de médecine de l’UNIGE, réunit également Diomidis Botsikas au Service de Radiologie aux HUG et Céline Brockmann du Bioscope de l’Université de Genève. Elle a étudié rétrospectivement les images de 200 examens pelviens féminins par résonance magnétique et passé en revue la littérature afin de choisir le protocole d’imagerie par résonance magnétique optimal pour l’étude du clitoris et des organes environnants. Une étude transversale a également été menée sur 30 femmes qui subissaient un IRM pelvien. 15 femmes avaient subi une mutilation génitale impliquant le clitoris et 15 autres n’en avaient pas subi. L’anatomie du pénis et des principaux organes pelviens environnants ont été également reconstruits grâce à l’apport du CT. Le kit ainsi réalisé présente des modèles pelviens en 3D qui peuvent être démontés et réassemblés et montrent des structures anatomiques analogues du clitoris et du pénis. Les modèles féminins permettent également de représenter les conséquences des mutilations génitales. La réalisation de ces outils s’inscrit parmi les activités du projet Sciences, Sexes, Identités financé par la Fondation Privée des HUG.

7 août 2020

Cette recherche est publiée dans
Journal of Sexual Medicine

DOI: 10.1016/j.jsxm.2020.05.025