Le réchauffement climatique provoque la formation de nouvelles rivières à la surface de la calotte glaciaire groenlandaise

A l’aide de plus de 25’000 images satellite, Andrew Tedstone et Horst Machguth, deux chercheurs de l’Université de Fribourg, ont pu observer que le ruissellement de l’eau issue de la fonte de la calotte groenlandaise a sensiblement augmenté au cours des dernières années. Ce phénomène provoqué par le réchauffement climatique contribue à une hausse de 1 mm du niveau des mers chaque année.

L'inlandsis groenlandais est une immense masse de glace située dans l'Arctique. Si celle-ci venait à fondre complètement, elle ferait monter le niveau des mers de 7 mètres. L'Arctique s'étant réchauffé au cours des dernières décennies, les scientifiques ont déjà pu constater une augmentation de la quantité d'eau de fonte qui s’écoule de la calotte glaciaire vers l'océan. Ce phénomène contribue à une hausse de 1 mm du niveau des mers chaque année.

Phénomène d’imperméabilisation de l’inlandsis
Une grande partie de la calotte glaciaire est recouverte par un névé, autrement dit par de la vieille neige qui, en se compactant graduellement, se transforme en glace. Les quelques mètres supérieurs de ce névé fonctionnent comme une éponge de bain. Lorsque sa surface fond, l'eau s'écoule dans les pores du dessous. Là, l'eau regèle sur place, formant de fines couches de glace à l'intérieur de l'éponge, mais ne s’écoule pas vers la mer. Cependant, avec la multiplication récente des épisodes de fonte, la quantité d’eau qui percole à l’intérieur du névé a augmenté, ce qui provoque une extension sensible de ces couches de glace. Désormais épaisses de plusieurs mètres, celles-ci rendent plus difficile l’infiltration de l’eau au travers des pores du névé et l’empêchent ainsi de regeler sur place. D’où la question: où l’eau de fonte s’écoule-t-elle désormais?

Augmentation du ruissellement de surface
Deux chercheurs de l'Université de Fribourg, Andrew Tedstone et Horst Machguth, ont analysé plus de 25’000 images satellite pour suivre la formation des rivières à la surface de la calotte glaciaire chaque été. Dans leur nouvelle étude, publiée dans Nature Climate Change, ils ont constaté que la zone drainée par les rivières de surface a augmenté de 29 % entre 1985 et 2020, une augmentation qui correspond à la superficie totale de la Suisse. ’La forte fonte et le regel ont transformé les couches supérieures de neige et de névé en glace épaisse peu perméable, ce qui favorise le ruissellement depuis les parties les plus élevées de la calotte glaciaire, même pendant les étés les plus frais, explique Andrew Tedstone. L'eau qui regelait sur place est désormais forcée de s'écouler vers le bas. Elle forme d'immenses rivières qui finissent par se jeter dans la mer.’ Les chercheurs estiment que 5 à 10 % de la récente perte de glace de la calotte glaciaire sont dus au seul ruissellement provenant de ces zones plus élevées de la calotte glaciaire.

Une fonte accrue à prévoir
En raison du réchauffement climatique, les parties les plus élevées de la calotte glaciaire connaîtront une fonte encore plus importante. Celle-ci provoquera vraisemblablement une expansion supplémentaire des plaques de glace avec, pour corollaire, la formation de nouvelles rivières de surface. Des zones toujours plus grandes de la calotte glaciaire commenceront ainsi à drainer l'eau de fonte vers la mer.

’Ces observations par satellite révèlent à quel point le processus de recongélation de l'eau dans le névé affecte le niveau de la mer’, conclut Horst Machguth, qui dirige le projet de l’Université de Fribourg, financé par le Conseil européen de la recherche, sur l'augmentation du ruissellement au Groenland. ’Avec notre travail de terrain sur la calotte glaciaire, ces résultats sont essentiels pour affiner les modèles d'écoulement de la calotte glaciaire que nous utilisons pour estimer l'élévation future du niveau de la mer.’

> Lire la publication dans Nature Climate Change

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