Alarme radiations à l’Empa

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Le 26 août 1992, deux personnes se présentent à la réception de l’Empa à Dübendorf. Elles ont avec elles deux échantillons d’osmium 187, un isotope rare et précieux de métal platinoïde qu’elles aimeraient faire analyser. Il faut pour cela un spectromètre de masse inorganique; à l’époque, la Suisse ne dispose que de 11 exemplaires, dont un se trouve à l’Empa. Peter Richner, chimiste et chef du groupe d’analyses de traces, est le seul à l’Empa à être spécialisé dans ce domaine. Il va donc s’occuper de ce travail.

Richner s’étonne que les échantillons soient soudés dans du métal au lieu d’être placés dans des ampoules de verre comme d’habitude. Il secoue ensuite les cylindres métalliques dans lesquels la matière est soudée. Avant même qu’il n’entre dans le laboratoire avec l’appareil à rayons X, le compteur Geiger commence à siffler de façon alarmante. Richner soupçonne d’abord un défaut dans le compteur et appelle son responsable Heinz Vonmont. Soudain, tout va très vite: le service de garde de l’Institut Paul Scherrer (PSI), les experts en radioprotection de Suva, la police et la justice sont appelés pour isoler en toute sécurité les cylindres métalliques. Le PSI analyse les échantillons. Résultat: ils ne contiennent pas d’osmium 157, mais du césium 137 hautement radioactif! Le mandataire, Mirek Barczyk, un Polonais de 25 ans, est arrêté avec trois collègues. Il s’avère que Barczyk n’a aucune idée de ce que contiennent réellement les récipients des échantillons. Deux jours avant son arrivée à l’Empa, il a laissé toutes ses économies (environ 10 000 dollars) à un Ukrainien, en Lettonie pour obtenir les échantillons volés dans un laboratoire. Son idée est de faire délivrer un certificat en Suisse afin de revendre l’osmium à des parties intéressées en Allemagne. Pour garder le précieux matériau en sécurité, il l’a glissé dans une boîte d’allumettes dans sa poche de poitrine pendant les deux jours qu’a duré son voyage de Vilnius en Suisse. Un geste qui pourrait lui être fatal: on dit qu’il ne lui reste que quatre mois à vivre. Il n’y a pas de traitement possible. Barczyk est relâché et retourne en Pologne.

Peter Richner est inquiet lui aussi, car il a tenu les échantillons dans ses mains durant quelques minutes. Mais tous deux s’en sortent bien: les analyses sanguines de Barczyk reviennent à la normale et il survit. Les résultats des examens de Richner sont également rassurants et il conservera tous ses doigts.

Cet incident a eu des répercussions sur le quotidien de l’Empa encore visibles aujourd’hui: il y a un compteur Geiger dans la zone de réception et chaque colis inconnu est vérifié.

Cette histoire - et bien d’autres récits fascinants sur l’évolution de l’Empa, qui est passée d’un modeste laboratoire en sous-sol de l’ETH Zurich comme centre d’essai pour les matériaux de construction à un institut de recherche de premier plan - sont repris dans le livre que l’Empa a publié récemment.

L’adaptation journalistique de cette histoire est actuellement dans les Actualités à l’occasion du 30e anniversaire de NZZ-Folio.


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