Au Rolex Learning Center, les arbres racontent une histoire

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Tree Line Curve de Claudia Comte, 2021 Rolex Learning Center, EPFL © Kostas Maro

Tree Line Curve de Claudia Comte, 2021 Rolex Learning Center, EPFL © Kostas Maros

Claudia Comte, artiste suisse de renommée internationale, nous explique l’inspiration scientifique qui se cache derrière son oeuvre Tree Line Curve, une installation remarquable aux multiples facettes qui a fait apparaître une «forêt» sur le patio du Rolex Learning Center.

Proposée et réalisée par le programme CDH-Culture , l’oeuvre Tree Line Curve a vu le jour dans le cadre des festivités entourant l’anniversaire du Rolex Learning Center (RLC). Elle restera en place jusqu’au 24 avril. Cette installation se compose de 42 piliers formés par des troncs d’arbres, qui sont disposés sous la célèbre voûte du RLC pour dessiner une courbe.

Claudia Comte affirme qu’en tant qu’oeuvre d’art, Tree Line Curve se veut ouverte, mais elle espère aussi que cette installation érigée sur le campus de l’EPFL contribuera à susciter le débat sur des questions de viabilité environnementale.

«Les étudiants forment la prochaine génération; ils sont notre espoir pour repenser notre manière de vivre. J’espère que cette installation soulèvera des questions chez les étudiants qui passent à côté d’elle chaque jour.»

Rencontre entre l’art et la science

Depuis plus de quinze ans, Claudia Comte façonne des oeuvres d’art à partir de matériaux naturels comme le marbre, le coton ainsi que du bois issu de sources durables.

«Je voulais créer une forêt qui représenterait un choc entre la nature et la géométrie, et l’intégrer dans un environnement architectural. L’installation dessine un segment de cercle, l’une des formes géométriques primaires», précise Claudia Comte à propos de l’inspiration qui l’a menée à créer cette oeuvre.

Quarante et un des piliers sont faits de troncs bruts d’épicéas, toujours habillés de leur robuste écorce. Ils proviennent d’une forêt durable du canton de Fribourg, où deux arbres sont plantés pour chaque tronc coupé. Quand l’oeuvre sera démontée, ils seront recyclés.

Le pilier central, lui, est aussi lisse et lustré que le plafond poli du RLC. Fabriqué à partir du tronc d’un orme, une espèce menacée qui a été ravagée par la graphiose en Europe et en Amérique du Nord, il évoque tant la vulnérabilité que la force. Un trou taillé en son centre permet aux passants d’observer le campus de l’EPFL ainsi que les multiples couches de l’intérieur du tronc.

«En ponçant et en polissant le tronc de l’orme, nous avons fini par révéler sa texture lisse, sa couleur et sa structure intérieure, et le trou creusé au centre permet aux visiteurs d’observer les cernes qui ont grandi pour créer l’arbre. Ces anneaux sont fascinants parce qu’ils racontent non seulement l’histoire de l’arbre lui-même, mais aussi celle du climat de la région où il a poussé», souligne Claudia Comte, faisant référence à la dendrochronologie, une science qui utilise les données sur les cernes pour étudier l’histoire de la Terre et l’évolution du climat.

L’année prochaine, elle prévoit de se rendre en Sibérie pour travailler avec un chercheur russe afin de récolter des données dendrochronologiques à partir de troncs révélés par le recul du pergélisol.

«C’est un projet monumental, mais nous pouvons voir notre propre histoire à travers la vie des arbres», relève-t-elle.

Pour Véronique Mauron, coordinatrice du CDH-Culture, Tree Line Curve est plein de dualités, qui rendent cette oeuvre parfaite pour le campus de l’EPFL.

«Ce que je trouve très intéressant, c’est que la fluidité de la courbe comporte l’idée d’une frontière (ce qui est très important en sciences aujourd’hui), qui à la fois coupe à travers le patio du Rolex en le divisant en nouveaux espaces et dessine une nouvelle voie qui les relie», analyse-t-elle.

En plus de faire partie des célébrations de l’anniversaire du Rolex Learning Center, les 42 piliers font écho aux 50 nouveaux arbres plantés sur le campus de l’EPFL depuis 2019 pour remplir son engagement en matière de durabilité. Comme toutes les oeuvres d’art temporaires installées chaque année sur le campus depuis 2010 par le CDH-Culture, Tree Line Curve vient compléter la collection d’

«L’idée est de répondre à des questions fondamentales, tant à l’EPFL que dans la société, souligne Véronique Mauron. Nous essayons d’apporter des suggestions - pas des réponses - à ces questions pressantes, et de susciter des réflexions, sur la durabilité écologique dans le cas de Tree Line Curve. Pour citer l’écrivaine américaine Ursula Le Guin, "La science explique et l’art insinue." En introduisant l’art écologique sur le campus, CDH-Culture propose de dépasser cette opposition.»

A propos de Claudia Comte Claudia Comte est une artiste suisse établie à Bâle. Née en 1983, elle est diplômée de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) et a résidé à l’Institut suisse de Rome. Elle a exposé ses oeuvres à Art Basel, à Bex & Arts, au MCBA à Lausanne, au Castello di Rivoli à Turin, au Museo Nacional Thyssen-Bornemisza à Madrid et au MOCA à Cleveland, aux Etats-Unis. https://www.claudiacomte.ch/ .


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