De la parole aux actes... de la scène

Les Prix du concours d’écriture Paroles en scène ont été remis vendredi soir au Théâtre populaire romand (TPR). Ils ont récompensé quatre textes à l’issue d’un concours né d’une collaboration originale entre l’Institut de littérature française de l’Université de Neuchâtel (UniNE) et le TPR. Avec une particularité pour cette troisième édition : la participation des membres de l’Université du 3e âge (U3a) de l’UniNE.

A l’issue des délibérations du jury, Brice Torriani, avec ’C’est l’histoire de’, a remporté le 1er Prix de 1000 francs offerts par la Fondation Payot pour la promotion de la lecture et l’accès à la culture (FPPL). ’Quelqu'un d'autre’, de Talyssa Lehmann, s’est vu décerner le 2e Prix de 750 francs attribué par la Société des Alumni de l'UniNE. Quant à Jeanne Liaudat, elle empoche le 3e Prix de 500 francs de la part du TPR en signant ’Calypso’.

Si ces trois palmes reviennent à la jeune génération, le jury a voulu également récompenser exceptionnellement par un quatrième Prix ’Le Vieux qui parlait aux arbres’. L’auteur de la pièce, Gérard Bagutti , est membre de l’U3a. Il repart avec un Abonnement Passion, également offert par le TPR.

Réservé à l’origine à des étudiantes et étudiants de l’Institut de littérature française de l’UniNE, Paroles en scène a, pour cette édition, attiré cinq membres de l’U3a qui ont prêté leur plume au concours. Au total, 18 textes ont été soumis, avec pour contrainte un thème général imposé : ’Faire un rêve…’

Anne Bisang, directrice artistique du TPR, Nathalie Vuillemin, directrice de l’Institut de littérature française, et Laure Chappuis Sandoz, directrice de l’U3a, ont assuré la mise sur pied du concours, complété d’un atelier. La Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature a de son côté apporté un soutien financier bienvenu à l’organisation de l’ensemble.

Mais comment s’est passé le processus créatif - ’L'atelier d'écriture dramatique se déroule sur un week-end, en décembre de chaque année académique, répond Nathalie Vuillemin. Il s'agit d'une activité "bloc" au milieu du processus de création, qui doit permettre aux participantes et participants de discuter de leur projet avec une personnalité de la dramaturgie contemporaine, tout en s'initiant à des formes d'écriture qu'ils n'abordent que rarement au cours de leur parcours académique.’

Cette année, Paroles en scène a pu compter sur la présence de la dramaturge française Magali Mougel, dont Anne Bisang a monté plusieurs textes à La Chaux-de-Fonds et à Genève, et qui commence à devenir une voix importante du théâtre contemporain. Au cours des éditions précédentes, c’est Mathieu Bertholet, dramaturge et directeur du Poche de Genève, et Sébastien Grosset, qui intervient notamment dans les formations de la Manufacture, qui s’étaient prêtés au jeu. ’A chaque fois, ce sont des esthétiques, des points de vue et des engagements différents dans l'espace de la création théâtrale’, note la professeure de littérature française.

Outre le trio d’organisatrices cité plus haut, le jury était composé de la journaliste Dominique Bosshard, de Loris Petris, professeur de littérature et président de la Société des Alumni, et de Pascal Vandenberghe, PDG de Payot et président de la FPPL (Fondation Payot pour la promotion de la lecture et l’accès à la culture). Les textes primés feront l’objet d’une ’mise en voix’ scénique qui sera présentée au public cet automne, au début de la prochaine saison du TPR. Et vu l’engouement suscité, les organisatrices envisagent d’ouvrir le concours l’an prochain à l’ensemble des étudiantes et étudiants de la Faculté des lettres et sciences humaines (FLSH) de l’UniNE.

Courtes biographies du quatuor gagnant

Brice Torriani a grandi dans le Jura, dans un petit village à la croisée des trois districts. Après une première formation en ingénierie des médias, il se réoriente vers la littérature, à l'Université de Neuchâtel. Il y découvre le théâtre au sein du THUNE, l'une des compagnies de l'université. Passionné par l'écriture, le jeu, mais aussi la mise en scène, il cultive une poésie de l'entre-deux, fragmentée et lacunaire, convaincu que le théâtre entretient des ponts entre des mondes qui ne s'entendent ou ne se comprennent pas. Troisième participation au concours Paroles en scène.

Talyssa Lehmann est née en 1999 à Neuchâtel. Elle étudie la littérature française, anglaise et la philosophie à l’Université de Neuchâtel. Passionnée de littérature et d’art, entre ses heures de cours, elle aime regarder des films et séries excentriques et décalées, voyager, cuisiner, jouer du violoncelle et écrire des textes qu’elle ne finit que trop rarement.

Jeanne Liaudat est étudiante à l’Université de Neuchâtel en littérature française et archéologie. Si Paroles en scène est son premier concours d’écriture théâtrale, elle compose et improvise de nombreux textes, chansons, poèmes et petites pièces depuis son enfance. Le tournant de sa passion pour la dramaturgie remonte à son travail de maturité, pour lequel elle a, avec une camarade, écrit, monté et joué une adaptation de La Petite sirène d’Andersen sous forme de comédie musicale. Sa passion des mots l’a menée jusqu’aux championnats du monde de Scrabble francophone et aux grammaires de grec ancien, mais elle la délaisse parfois pour aller s’extasier devant des vieilles pierres ou des poissons-spatules.

Voilà plusieurs années que Gérard Bagutti a abandonné bistouri et forceps (saurait-il faire encore une bonne suture et un noeud qui tienne ?). Aujourd'hui, on le dit aussi conteur. Il se veut traditionaliste, mais là seulement. Ailleurs, libre-penseur. Il récrit sans trahison les histoires anciennes à dire pour sa propre bouche et les pousse à dire seulement ce qu'il croit lui-même. C'est la première fois qu'il traduit sa propre rêverie pour un concours, mais d'abord par curiosité des textes d'autrui sur un sujet qui l'a inspiré et qui dit également sa passion de la musique.