Des étudiants travaillent sur le permafrost et un goulag abandonné

Xavier Choitel et Romain Clément explorent la voie ferrée. © Mathieu Logeais/Lou

Xavier Choitel et Romain Clément explorent la voie ferrée. © Mathieu Logeais/Lou Marguet/Céline Creffield

Pour la première fois cet été, des étudiants de l’EPFL ont effectué des recherches de terrain sur la péninsule de Yamal, au Nord-Ouest de la Sibérie. Dans ce délicat écosystème arctique, un goulag et une voie ferrée de l’ère stalinienne offraient une occasion unique de mener des recherches interdisciplinaires entre ingénierie civile, histoire et changement climatique.

Les étudiants de master Jonathan Melis, Xavier Choitel et Romain Clément ont fui les chaleurs de la mi-août et du début septembre pour la péninsule de Yamal. Cette expédition s’inscrivait dans le programme du mineur « Science, Technology and Area Studies » ( STAS ) au Collège des humanités de l’EPFL.

Avec son écosystème reposant sur le permafrost, la toundra de Yamal est particulièrement sensible aux effets du changement climatique. La découverte de gisements d’énergie fossile a également perturbé l’environnement de la région, avec le développement de routes et de voies ferrées.

Les étudiants ont établi leur campement près des restes d’un ancien goulag fermé en 1953: le camp Nº 93, au kilomètre 42 de la « route de la mort » de Joseph Staline. De quoi fournir une matière unique et fascinante pour un travail de recherche à la croisée des sciences climatiques, de l’archéologie et de l’histoire.

Actuellement en master d’ingénierie civile, Xavier Choitel faisait équipe avec des étudiants de l’Université de Genève (UNIGE). Ensemble, ils ont étudié l’impact du changement climatique et des activités humaines sur l’environnement de la toundra arctique. Aux alentours des voies ferrées et du camp abandonné, ils ont effectué des tests de granulométrie, qui peuvent servir d’indicateur sur la sensibilité des sols au gel ou au dégel.

« Notre projet avait pour objectif d’analyser comment les infrastructures arctiques réagissent au dégel et à la fonte du permafrost, accentuées par le changement climatique. Cela peut causer d’importantes déformations des routes, des voies ferrées, des pipelines et plus généralement des constructions », explique Xavier Choitel.

« J’ai surtout travaillé avec des étudiants en sciences environnementales de l’UNIGE, et nous nous sommes mutuellement assistés dans nos tâches. Notre groupe était particulièrement interdisciplinaire, et la collaboration s’est donc avérée très instructive. »

Dans le même temps Jonathan Melis, étudiant en master d’ingénierie des sciences de la vie, rejoignait des participants de l’UNIGE et de l’Université de Lausanne (UNIL) pour une analyse historique et archéologique des ruines du goulag, construit immédiatement après la seconde guerre mondiale. Le travail de terrain consistait à établir une documentation archéologique détaillée des restes encore visibles.

« Pendant mes études à l’EPFL, ma formation en bioingénierie m’a laissé peu d’opportunités de poursuivre ma passion pour l’archéologie, avant que je m’inscrive au mineur STAS du CDH. Pour moi, c’était la parfaite occasion de participer à un programme qui fournit une excellente formation et un travail de terrain immersif », explique Jonathan Melis.

Les lieux uniques où s’est déroulé le programme rendent l’expérience particulièrement mémorable, ajoute-t-il.

« Mon souvenir le plus marquant, c’est l’opportunité de travailler chaque jour dans les superbes paysages de la région de Yamal. Une mer de mousse verte parsemée de myrtilles, d’où émergent les constructions décaties d’une période douloureuse de l’histoire russe. Tout cela composait une scène surréaliste. »

D’autres expéditions

Le voyage au Yamal avait lieu pour la première fois cette année, en complément du programme en deux parties « Arctic Floating University » ( Uni Arctic ), qui emmène pour des recherches de terrain des étudiants russes et suisses, de l’EPFL, l’UNIGE et l’UNIL.

De juin à juillet Adrien Simon, étudiant en ingénierie mécanique et Fanny Racine, étudiante en ingénierie chimique, ont embarqué sur le navire polaire Professeur Molchanov pour un voyage entre les îles et archipels de l’Arctique. Cette expédition réunissait 10 étudiants suisses et russes, qui ont mené des recherches de terrain en climatologie, météorologie et biologie marine.

Enfin, de la mi-août à début septembre, les étudiants en ingénierie et sciences de l’environnement Océane Hames, Joëlle Perreten et Yoann Sadowski se sont rendus à l’Est de la Sibérie à la station de recherche Samoylov, dans le delta de la Léna. Ils ont effectué le suivi d’études climatiques, énergétiques et météorologiques conduites les années précédentes.

Suivez les étudiants sur leur blog hébergé par uniarctic.ch, et accompagnez-les dans leur voyage sur  Instagram  et  Facebook.