Festivals: un habitat en bois comme alternative à la tente de camping

Charles Jenny à côté de son projet de maison nomade. © Alain Herzog / EPFL

Charles Jenny à côté de son projet de maison nomade. © Alain Herzog / EPFL

En prenant comme cas d’étude le Paléo Festival de Nyon, un étudiant en architecture de l’EPFL a développé pour son projet de Master une alternative innovante aux modèles d’habitat temporaire habituellement proposés lors de telles manifestations. Ses maisons en bois modulaires visent à répondre à une demande croissante de festivaliers à la recherche de logements plus confortables et plus écologiques.

«J’avais envie de développer un projet qui débouche sur un objet réel. J’adorerais créer une start-up. Mon projet contient d’ailleurs un business plan en ce sens», explique Charles Jenny, fraîchement diplômé en architecture de l’EPFL. Pour son travail de Master, le jeune architecte a décidé d’explorer la thématique de l’habitat nomade en prenant comme cas d’étude l’édition 2018 du Paléo Festival de Nyon.

Dans un premier temps, il a procédé à une analyse approfondie des différents types d’habitat nomade (tentes, chalets, yourtes, caravanes, etc.) destinés à loger le personnel et les festivaliers en se basant sur plusieurs critères, notamment l’impact carbone à travers des analyses de cycle de vie, les résiliences en cas d’intempéries, le confort, les coûts, le transport, l’optimisation de l’espace et la praticité du montage et du démontage. 

Ces analyses ont mis en exergue plusieurs problèmes pour tous les habitats nomades du festival. Les tentes de camping en plastique lui ont toutefois paru les plus problématiques, et pas uniquement en raison de leur matérialité: elles tassent le sol et finissent parfois abandonnées sur le site, comme un objet jetable. Leur transport et leur montage peuvent aussi décourager la venue des festivaliers de différentes générations qui voyagent en Europe durant l’été. Le jeune architecte a donc remédié aux lacunes identifiées au cours de ses travaux en développant un nouveau modèle de logement plus écologique qui répond aux attentes des festivaliers: une maison modulaire en bois sur pilotis montable, démontable et réutilisable. 

Optimisation maximale
«Le concept est idéal pour les festivals, mais il peut aussi se décliner à plus large échelle, englobant non seulement toutes sortes d’événements privés, mais s’adressant aussi aux victimes de catastrophes humanitaires et environnementales qui nécessiteraient un logement d’urgence», cite d’emblée l’étudiant. Son travail a été dirigé à l’EPFL par le professeur assistant Corentin Fivet, Thomas Keller, professeur ordinaire, et Loïc Fumeaux, chargé de cours. 

«L’idée pour les organisateurs de festivals ou d’événements éphémères est de pouvoir tout commander via une application mobile, y compris le type de confort et le nombre d’accessoires et de lits que l’on souhaite avoir par maison». Influencé par le design épuré scandinave à la suite d’un stage à Copenhague, Charles Jenny a conçu des maisonnettes qui s’emboîtent à l’infini grâce à un système de fermants excentriques propres aux meubles préfabriqués. Un quart de tour de tournevis suffit à relier les panneaux entre eux. Ceux-ci peuvent être transportés par deux personnes et sont montables à la main. A l’intérieur, tout est utile et optimisé. Une fois démontés, les panneaux s’emboîtent dans un camion, ce qui en optimise le transport. Un seul camion peut ainsi contenir jusqu’à 60 lits. Chaque maison abrite au choix de un à trois lits superposés, ou un lit double. 

Ventilation et lumière naturelles
«Ce projet innove non seulement par son optimisation, mais aussi parce qu’il possède un caractère architectural qui ne renonce pas au confort. Ce qui existe sur le marché laisse actuellement peu de place à l’esthétique, est fabriqué à l’étranger et n’a souvent pas ou peu de fenêtres», précise l’architecte. Chaque module de trois ou quatre maisons possède des jointures verticales qui les protègent des infiltrations d’eau et une petite agora, afin de favoriser les rencontres entre habitants. Des ouvertures au niveau des portes, des fenêtres latérales et un Velux laissent pénétrer la lumière et offrent un système de ventilation naturelle. Chaque panneau est également pourvu d’une isolation thermique et sonore.

Marché en plein boom
Le 8 juillet, l’étudiant a présenté son projet à l’aide d’une maquette au 1:10 devant un jury composé d’enseignants de l’EPFL et de Thomas Hänni, responsable du camping du Paléo Festival de Nyon depuis 13 ans. La démarche même de l’étudiant a été interrogée par les professeurs: finalement, un tel design épuré répond-il à l’esprit rock’n’roll du Paléo Festival? Le constat de Thomas Hänni est sans appel: tous les festivals d’Europe développent de tels logements dans leur camping et le marché est en plein boom.

Paléo a même désormais une section nommée «Camping Pal’Asse» qui vise à répondre à une demande en hausse: «Nous sommes passés de 350 places en 2017, à 450 en 2018 et offrons 550 places cette année. Ces logements, allant de 28 à 100 francs la nuit, attirent une autre clientèle que celle des tentes. Des grands-parents avec leurs petits-enfants, par exemple.» A noter qu’environ 6000 personnes logent encore sous tente. 

La fin d’un mythe?
Paléo importe ses logements temporaires d’Angleterre, faute d’offre équivalente en Suisse. «Ces entreprises circulent dans toute l’Europe, alignent 30, 40 festivals durant l’année», constate le responsable. Quant au postulat affirmant qu’un festival sans tente est moins rock n’roll, Thomas Hänni nuance: «Le Hellfest (un grand festival de métal en France) est celui dont l’offre de logements en dur est la plus élevée d’Europe. On y trouve toutes les générations et on ne peut pas douter de l’esprit rock’n’roll de ce public...»