"J’ai pensé à tous ces chercheurs coupés de leur famille"

© 2020 EPFL

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Derrière les grandes baies vitrées du Campus Biotech à Genève, un silence feutré s’est installé dès que les recommandations de confinement ont été émises. La science s’est expatriée dans les appartements, un isolement soudain qui pouvait déstabiliser les nouvelles recrues. Talia Salzmann ne pouvait pas laisser ses nouveaux collègues livrés à eux-mêmes.

« Le vendredi 13 mars, nous étions encore 3 ou 4 à travailler dans le grand open space de notre laboratoire. Cela faisait déjà 10 jours qu’un grand nombre d’entre nous télétravaillaient et Marcel Salathé nous conseillait fortement de le faire. Mais nous ne voulions pas abandonner de nouveaux collègues qui venaient d’arriver. Nous avons pris le plus de temps possible, en suivant toutes les règles de sécurité, pour les intégrer dans notre équipe et dans le travail avant de les laisser s’enfermer chez eux. »

« La transition technique n’était pas un problème en soi. Mais nous craignions de perdre notre espace d’échanges. Le confinement nous a aussi obligés à organiser notre travail de manière plus indépendante et à apprendre à prendre des initiatives. Marcel Salathé est très impliqué dans nos projets et nous avons l’habitude de beaucoup le consulter, même si nous avons une grande autonomie dans notre travail. Comme il est extrêmement sollicité en tant qu’expert en épidémiologie, nous avons dû changer nos habitudes. Nous avons institué un tchat quotidien pour remplacer la discussion autour de la machine à café. »

Le télétravail étant devenu la norme, Talia Salzmann en a tiré le meilleur parti. « Cela permet plus de flexibilité et prouve qu’il est possible de travailler hors du bureau avec efficacité, dans le calme, sans les trajets et sans être interrompus. »

Je mange, je vis, je dors, je travaille dans le même lieu
Malgré ses bons côtés, expérimenter la solitude entre 4 murs n’est pas chose aisée. « Du jour au lendemain, je me suis retrouvée confinée dans mon 33m2. Jusque-là mon appartement n’était qu’un pied-à-terre. J’ai essayé de méditer, de trouver les choses les plus importantes pour moi. J’ai pensé à tous ces chercheurs coupés de leur famille, disséminée dans le monde entier, de l’inquiétude que ce confinement a pu provoquer. J’ai aussi senti qu’en Suisse nous étions privilégiés, car nous avons la chance de pouvoir accéder facilement à la nature. Depuis que j’ai quitté le Campus Biotech, je n’y ai plus remis les pieds et je ne sais pas quand je le ferai. Mais dès que je pourrai, j’y retournerai en courant. Je vis, je mange, je dors et je travaille dans mon studio et, à la longue, cette non-séparation des lieux n’est pas évidente. »

Il y a aussi les rendez-vous Zoom de la doyenne de la Faculté, Gisou van der Goot, qui donnent un point de repère. « Dans ses séances Zoom, elle a toujours des fonds d’écran sympas avec des slogans motivationnels. Je suis fan ! Elle est très présente en envoyant des messages réguliers à la section. Je trouve ça rassurant d’être encadrés de la sorte. Elle nous explique la situation, communique les dernières informations et a toujours beaucoup d’humour dans sa communication. »