L’avenir du travail au Congrès suisse de sociologie

Pour réserver un moyen de transport, une chambre d’hôtel ou pour manger, il suffit de quelques clics sur un téléphone portable qui devient un outil de gestion de l’offre et de la demande. Dans ce nouveau modèle économique, où la technologie intervient dans tous les secteurs professionnels, allant du commerce à la santé, en passant par l’industrie et l’agriculture, comment concilier les intérêts des entreprises, de leur personnel et de la clientèle - Vaste question qu’empoignent quelque 350 chercheuses et chercheurs participant au Congrès 2019 de la Société suisse de sociologie (SSS) qui se tient à l’Université de Neuchâtel (UniNE) jusqu’à jeudi.

’Notre travail constitue pour la plupart d’entre nous notre principale source de revenus, mais il définit aussi notre statut social, qui nous sommes, pour nous-mêmes et pour les autres’, indiquent en préambule les organisateurs du Congrès. Or, le monde du travail est en pleine transformation, bouleversant l’ordre social et politique.

Les avancées technologiques créent de nouvelles opportunités, en termes de flexibilité d’horaire et de mobilité. Mais la robotisation et l'automatisation, associées à la mondialisation économique offerte par les plateformes en ligne, compromettent la stabilité des emplois traditionnels. Les contrats de travail précaire, les temps partiels pas forcément voulus et l’intérim ont remplacé dans de nombreux secteurs les emplois bien rémunérés, stables et de longue durée. Dans le sillage de la révolution numérique, la frontière même entre travail et loisir devient parfois floue.

Ces changements ont un impact sur toutes les formes d'organisation sociale que la science se doit d’examiner. D’où ces quelques exemples de recherches menées à Neuchâtel qui figurent au programme du présent congrès.

Ainsi en est-il de l’étude des réactions de l’hôtellerie suisse face aux plateformes internationales de réservation en ligne. Elle est menée sous la direction de Philip Balsiger à l’UniNE et de Muriel Surdez à l’Université de Fribourg. ’Les premiers résultats révèlent les bouleversements que produisent les plateformes sur l’organisation du travail hôtelier et font voir des stratégies d’adaptation et de résistance développées par les hôteliers et leurs organisations professionnelles’, indique Philip Balsiger.

Du côté de la santé, la professeure de psychologie socioculturelle Laure Kloetzer s’intéresse aux méthodes d’apprentissage en chirurgie robotique. Elle analyse, avec les professionnels concernés, les moyens de transformer des vidéos de leurs interventions pour en faire des outils de formation à part entière.

Concernant nos habitudes commerciales, Céline Schnetzler, étudiante en master à l’UniNE, a examiné l’impact des caisses en self-checkout dans un supermarché, reflet de son travail de bachelor réalisé à l’Université de Fribourg. Elle constate une résistance de la clientèle qui souhaite maintenir les postes de travail à la caisse. Quant au personnel concerné, s’il se trouve plus stressé par son nouveau cahier des charges, la plus grande variété des tâches qui lui sont confiées lui paraît positive.

Parmi les autres points forts du congrès, citons encore une table ronde consacrée à l’impact de la robotisation sur l’organisation du travail, avec notamment les interventions d’Olivier Crevoisier, professeur, et d’Hugues Jeannerat, post-doctorant, tous deux à l’Institut de sociologie.

En choisissant ’L’avenir du travail’ comme thème du Congrès annuel 2019, la Société suisse de sociologie invite la communauté universitaire helvétique et internationale à réfléchir aux changements qui affectent la société dans son ensemble. Disposant d'une vaste gamme d'outils interprétatifs et méthodologiques, la sociologie est bien placée pour saisir au mieux les réalités changeantes du monde du travail.

Les médias sont cordialement invités à suivre cet événement.