La passion japonisante de Florian Breider

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Florian Breider © Alain Herzog / EPFL 2020

Florian Breider © Alain Herzog / EPFL 2020

Série d’été : vocation chercheur. A la tête du Laboratoire central environnemental, Florian Breider a su très jeune qu’il voulait être un scientifique. Ce qu’il ne savait pas encore, c’est que l’Asie tiendrait une place particulière dans son parcours

A l’âge où les pré-adolescents s’intéressent généralement aux mobylettes, Florian Breider, lui, s’intéressait plutôt aux comètes. Avec un père chercheur et président de la Société Vaudoise d’Astronomie, l’astrophysique semble être une discipline toute tracée pour lui. Il prend plaisir à guider les visiteurs de l’Observatoire de Lausanne et à échanger avec eux sur les phénomènes observés. C’est là que naît sa vocation scientifique, nourrie de ces échanges. Une vocation cependant loin d’être linéaire, tant sa curiosité est grande : un passage par des cours d’anthropologie à l’Université populaire, auxquels se succèderont un apprentissage en chimie - déjà à l’EPFL - à 15 ans, un diplôme d’ingénieur en chimie à Fribourg, un Master en chimie et physique de l’environnement à l’Université de Lausanne suivi d’un doctorat en biogéochimie à l’Université de Neuchâtel. Cette voie-là est la bonne. «J’ai toutefois dévié de la trajectoire classique d’un ingénieur qui finit souvent dans l’industrie. J’ai très vite réalisé que je souhaitais utiliser mes compétences en chimie au profit de l’environnement ; cela me paraissait plus utile. J’ai toujours été très attaché à la préservation des espaces naturels», explique celui qui dirige le Laboratoire central environnemental de l’EPFL depuis 2018.

Des expériences marquantes

Florian Breider a toujours été fasciné par l’Asie et ses richesses culturelles : ses religions, ses langues, son histoire - et même sa musicologie. Il a sillonné le continent lors de ses voyages. Sa passion s’invite dans son métier une première fois en 2007, lorsqu’il étudie la pollution à l’arsenic dans les sols et les eaux du Bangladesh pour son travail de Master. «Les problématiques environnementales ne sont de loin pas les mêmes qu’en Suisse. Ici nous nous intéressons à la présence de micropolluants en concentration infime, alors que le problème est d’une autre ampleur là-bas : l’arsenic est la cause de dizaines de milliers de décès par an», expose l’ingénieur. La connaissance du pays lui a permis d’anticiper un éventuel choc des cultures entre l’Orient et l’Occident. «L’acceptation sociale est un facteur très important. Nous devions nous faire accepter des paysans, souvent illettrés, pour installer des capteurs, faire des mesures, prendre des échantillons dans leurs rizières. Avec des mots simples nous avons échangé sur l’intérêt de la science et la nécessité de ces recherches. La population vit au jour le jour ; les solutions apportées doivent être comprises, facilement exécutables et peu onéreuses, sinon l’impact final sera négatif», poursuit-il. Une première expérience marquante à tous points de vue, qui se renouvellera plus tard. 

En 2013, au hasard d’une rencontre déterminante lors d’une conférence avec un professeur japonais du Tokyo Institute of Technology, Florian Breider décide d’y partir faire son post-doctorat pendant deux ans, embarquant compagne et enfant dans l’aventure de cette nouvelle culture. «Le Japon est extrême dans ses contrastes, jusqu’à la serviabilité de son peuple. C’est à la fois une société hyper moderne mais avec des traditions très préservées, voire conservatrices. La vie quotidienne est rythmée de nombreux petits rituels. Même le climat et l’environnement influencent la diversité culturelle du pays», se remémore l’ingénieur avec un plaisir évident. L’envie d’y retourner est très forte.

La pollution, une problématique sans frontière

En attendant, il collabore avec des collègues japonais pour étudier la dynamique des rejets plastiques par les précipitations dans la région de Kyoto. La surconsommation d’emballage étant endémique au Japon, la problématique touche des régions que l’on croyait préservées par une bonne gestion des déchets. Avec ses anciens collègues du Tokyo Institute of Technology, il a aussi à coeur d’étudier le lien entre le cycle du CO2 et les émissions océaniques de protoxyde d’azote (N2O, ou gaz hilarant), dont l’effet de serre est 400 fois plus puissant que le premier. «Nous avons observé que l’augmentation de CO2 dans l’atmosphère et sa dissolution dans l’eau augmente les émissions de N2O en provenance de l’océan, avec de graves conséquences, s’inquiète le chimiste. Il ne faut pas voir les problématiques environnementales individuellement mais les connexions entre elles.» Une découverte largement médiatisée qui, espère-t-il, permettra de sensibiliser les publics à la complexité des problématiques environnementales.

Au fil de la discussion, on remarque des calligraphies japonaises et le programme des championnats de sumo qui ornent les murs de son bureau. De manière discrète, tout comme lui.

Biographie :

1981 : naissance à Morges

1997 : premier voyage en Asie

2007 : travail de Master au Bangladesh sur la pollution à l’arsenic

2013-2015 : post-doctorat au Japon, Tokyo Institute of Technology

2018 : responsable du Laboratoire central environnemental

2019 : étude suisso-japonaise sur la dynamique des rejets plastiques pour la ville de Kyoto

2019 : étude suisso-japonaise sur le couplage des gaz à effet de serre N2O et CO2