La salsa, révélatrice de la mobilité

La salsa, révélatrice de la mobilité

’Grâce à la salsa, je voyage partout dans le monde.’ Cette citation tirée du doctorat de Joanna Menet reflète bien son sujet de recherche : la salsa comme révélateur de mobilités transfrontalières et de rapports sociaux. Son travail d’anthropologue à l’Université de Neuchâtel vient de faire l’objet d’un ouvrage en anglais intitulé Mobilités enchevêtrées dans le circuit transnational de la salsa.

Par sa thèse qu’elle a terminée en 2019, Joanna Menet a trouvé un sujet alliant une passion personnelle, la pratique de la salsa, à un intérêt académique. En recueillant les témoignages de danseurs et danseuses dans plusieurs villes européennes et à La Havane, elle a exploré un champ de recherche, théorique et empirique, qui concerne à la fois les phénomènes migratoires, les études genre, et la danse. Ce qui fait toute l’originalité de la démarche d’une chercheuse devenue post-doctorante au Laboratoire d’études des processus sociaux.

’La salsa est un ‘esperanto du corps’. Où que tu ailles, tu peux aller danser la salsa.’ Cette autre citation, qui a d’ailleurs donné lieu au sous-titre du livre, illustre bien le rapport entre cette danse et la mobilité des gens qui la pratiquent.

’La salsa est complexe en termes d’origines, commente Joanna Menet. Elle est un mélange d’influences, venant des Portoricains et des Cubains à New York dans les années 1960-70 et des styles de danse comme le lindy hop et le jazz. La multiplication des festivals de salsa à travers le monde a permis à des gens ayant des accès très différents à la mobilité de voyager et de migrer.’

Les rencontres sur les pistes de danse, tant du côté de celles et ceux qui en ont fait leur profession que du côté des élèves, ont offert des possibilités de visiter d’autres continents. ’Des élèves établis en Europe peuvent inviter un ou une professeur-e d’Amérique latine pour un stage par exemple’, illustre la chercheuse. L’inverse est aussi vrai, dans la mesure où La Havane attire bon nombre d’aficionados de la salsa.

Mais les mouvements chaloupés dans une intimité des corps véhiculent aussi leur lot de clichés, selon Joanna Menet, comme la réputation sexiste qui colle à cette danse. ’Historiquement, le fait que l’homme guide la femme s’inspire d’une tradition européenne. Les couples ne sont pas forcément mixtes, on a longtemps admis des femmes dansant ensemble. Du point de vue de celles et ceux qui la pratiquent, c’est au final un partenariat entre une femme et un homme, ou juste entre deux personnes, que l’on recherche.’

Le livre de Joanna Menet explore la circulation des personnes dans une perspective transnationale pour mieux comprendre les inégalités sociales. Il est disponible sous format papier ou en ligne, en