Lésions pulmonaires durables après Covid-19

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Une étude portant sur l’ensemble de la Suisse, rendue publique ce jour et réalisée sous la direction de l’Inselspital, l’hôpital universitaire de Berne, avec la collaboration de l’Université de Berne et de neuf centres de pneumologie du Tessin, de Suisse romande et alémanique, établit pour la première fois le constat suivant: une forme sévère du Covid-19 peut mener à des séquelles durables sur l’absorption d’oxygène par les poumons, même quatre mois après. Le traitement et le suivi à long terme de ces patientes et patients sont impératifs et urgents.

Dès l’été 2020, différentes études ont constaté des symptômes persistants et des séquelles possibles chez les patientes et patients suite au Covid-19. L’étude observationnelle présentée ici a pour objectif de documenter l’évolution pathologique à moyen et long termes à partir de données cliniques, en particulier au niveau pulmonaire. L’étude fournit des bases importantes pour la prise en charge clinique de malades atteints de formes longues du Covid-19.

Absorption d’oxygène durablement réduite

La première évaluation disponible de l’étude ’Swiss national Covid-19 lung study’ à quatre mois montre des répercussions fonctionnelles pulmonaires certaines, en particulier après une pathologie Covid-19 sévère.

Cette altération fonctionnelle a été déterminée en mesurant la capacité de diffusion du monoxyde de carbone des poumons (DLCO). Après un Covid-19 sévère, la DLCO s’élevait à 76 % (Valeur pour médian prédit). En d’autres termes : Même quatre mois après une pathologie Covid-19 sévère l’absorption d’oxygène par les poumons est réduite d’un cinquième en moyenne par rapport à la valeur attendue pour une personne en bonne santé.

L’interprétation systématique des scanners pulmonaires montre elle aussi la présence de séquelles. Le professeur Lukas Ebner, médecin adjoint et chef d’imagerie thoracique de l’institut universitaire de radiologie diagnostique, interventionnelle et pédiatrique explique : ’ Bien que la présentation initiale de la pneumonie Covid-19 à l’imagerie soit relativement caractéristique, les signes radiologiques à moyen et long termes ne sont pas encore parfaitement clairs. Outre les lésions parenchymateuses imputables aux séquelles de la pneumonie sévère, le scanner suggère également une atteinte potentielle des petites voies aériennes qui semble plutôt typique dans les suites du Covid-19. Notre approche interdisciplinaire montre l’importance de poursuivre une stratégie holistique, en explorant aussi bien les paramètres cliniques et radiologiques longitudinaux que les paramètres fonctionnels afin de comprendre les lésions potentiellement induites par le Covid-19 au niveau pulmonaire.’

Première étude nationale sur l’évolution pulmonaire à long termes après Covid-19

L’étude observationnelle nationale, multicentrique, prospective ’Swiss national Covid-19 lung study’ a été initiée sous la direction de la clinique universitaire de pneumologie de l’Inselspital, hôpital universitaire de Berne. Le ’ Department for Biomedical Research ’ (DBMR) de l’Université de Berne y a également collaboré. En ce moment, neuf centres répartis sur l’ensemble de la Suisse ont participé à l’étude, dont d’importants centres de pneumologie du Tessin, de la Suisse romande et de la Suisse alémanique (liste en annexe).

Dans cette première publication, les données de 113 malades du Covid-19 ont été évaluées. Soixante-six d’entre eux présentaient une forme sévère à critique, et 47 une forme légère à modérément sévère. L’étude a inclus la mesure de la fonction pulmonaire (y compris la force respiratoire) et de la capacité de diffusion du monoxyde de carbone (DLCO), un test de marche de 6 minutes et la réalisation de scanners pulmonaires. Les facteurs de risque connus, comme l’indice de masse corporelle (IMC), le tabac, l’âge, les antécédents médicaux, etc. ont aussi été recueillis.

Un projet inhabituel rendu possible par une collaboration au niveau fédéral

L’étude ’Swiss national Covid-19 lung study’ constitue un projet de recherche inhabituel à bien des égards. Il a ainsi fédéré les centres de pneumologie les plus importants de Suisse en un délai record autour d’un effort commun. L’initiatrice de l’étude, PD Manuela Funke-Chambour, l’affirme: ’Notre étude a permis de recueillir les données de la fonction pulmonaire de malades ayant été atteints de Covid-19 au niveau fédéral en un minimum de temps. Les données évaluées à ce jour et les connaissances à venir sont essentielles pour répondre aux interrogations concernant les séquelles à long terme du Covid-19 sur les poumons. Les données recueillies dans ce type d’études seront la seule manière pour nous de parvenir à accompagner et prendre en charge de manière optimale les patientes et patients dans la durée.’

Accompagnement à long terme après le Covid-19

Les modifications pulmonaires documentées constituent un signal d’alarme. La pathologie Covid-19 est loin d’être surmontée une fois la phase aiguë passée. Les répercussions sont également renforcées par les atteintes neurologiques et cardiovasculaires décrites. Les chercheurs de l’étude ’Swiss national Covid-19 lung study’ insistent sur le fait que les patientes et patients doivent absolument être pris en charge et accompagnés sur le plan médical dans des centres de compétence pluridisciplinaires après la phase aiguë de Covid-19.

Le professeur Thomas Geiser, co-initiateur de l’étude et nouveau directeur de l’enseignement et de la recherche de l’Insel Gruppe, souligne: ’Le Covid-19 nous impose de redoubler d’efforts dans nos recherches et dans la manière de relever des défis.. La pression du temps, couplée à la pression qu’apporte une maladie capable de toucher de nombreux systèmes d’organes de manière irréversible, nous force à développer de nouvelles formes de travail. Nous nous concentrons sur des stratégies de recherche innovantes qui sont rapides à mettre en oeuvre. Dans ce projet, la collaboration interdisciplinaire, multicentrique et rapidement établie ainsi que la perspective observationnelle à moyen et à long termes sont à souligner.’