Mutuellement profitable

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La jeune entreprise Swiss Hydrogen a son siège à Fribourg. Elle est spécialisée dans la conception de piles à combustible à haute performance, utilisables dans des véhicules écologiques ou comme groupes électrogènes stationnaires. Alexandre Closset évoque la collaboration de sa start-up avec l’Institut Paul Scherrer PSI. Une collaboration qui, selon lui, profite aux deux parties.

5232: Alexandre Closset, qu’est-ce qui lie votre entreprise au PSI?
Alexandre Closset: Depuis la fondation de Swiss Hydrogen en 2015, le PSI est notre plus proche partenaire de recherche et nous en sommes très heureux. Au début, en effet, nous n’avions que des bureaux, pas de laboratoires, et nous avons utilisé ceux au PSI. Si notre entreprise a survécu, c’est parce que nous avons pu réaliser le montage et les tests au PSI.
Et aujourd’hui?
Aujourd’hui, nous avons notre propre halle de montage et de stockage, mais la collaboration avec le PSI reste étroite: le savoir, qui se constitue grâce à la recherche au PSI, circule jusqu’à nous. Nous nous en servons pour poursuivre le développement des piles à combustible. Puis nos nouveaux concepts sont testés à la plateforme ESI, et là, nous nous fions aussi bien à l’infrastructure du PSI qu’à l’expertise de ses chercheurs pour interpréter correctement les tests. En contrepartie, nous nous sommes engagés, entre autres, à fournir pour la plateforme ESI quatre piles à combustible de conception nouvelle, d’une puissance de 60 kilowatts chacune. Depuis le tout début, nous entretenons une collaboration très personnelle et empreinte de confiance. Cela se manifeste notamment par le fait que d’anciens chercheurs du PSI travaillent chez nous; l’un d’eux est aujourd’hui notre développeur en chef.
Pouvez-vous nous expliquer en deux mots pourquoi la Suisse a besoin de piles à combustible?
Les piles à combustible sont des convertisseurs d’énergie. Nous travaillons sur deux variantes: la première utilise de l’hydrogène stocké dans un réservoir et aspire par ailleurs l’air ambiant; elle produit du courant électrique à partir de ces deux ingrédients. La seconde utilise de l’oxygène pur au lieu de l’air ambiant. Cet oxygène est lui aussi stocké dans un réservoir. Cette variante-là présente un meilleur rendement. Mais on a deux réservoirs, ce qui ne constitue pas vraiment un avantage pour certaines applications comme les voitures électriques.
La première variante de pile à combustible, qui utilise l’hydrogène et l’air ambiant, est donc conçue avant tout pour les véhicules?
Exactement. A Swiss Hydrogen, nous avons déjà plusieurs voitures électriques dont l’autonomie a pu être nettement améliorée grâce à des piles à combustible. Moi-même, je conduis depuis 2013 une Fiat 500 équipée d’une pile à combustible au développement de laquelle j’ai participé. Elle a déjà plus que 140000 kilomètres au compteur. Même si c’est un prototype, j’ai eu vraiment très peu de problèmes techniques. L’un de nos succès les plus récents est un camion zéro émission. Coop en voulait un et Swiss Hydrogen s’est avéré le bon partenaire: comparée aux produits concurrents, notre pile à combustible a atteint la densité de puissance la plus élevée. Un 34 tonnes de la flotte de Coop roule donc depuis 2017 avec une pile à combustible que nous avons développée.

Et dans quel domaine les piles à combustible hydrogène-oxygène pourraient-elles être utilisées, d’après vous?
Elles conviennent bien à une utilisation fixe. L’excédent d’énergie dû aux installations éoliennes et photovoltaïques peut être utilisé pour produire de l’hydrogène pur et de l’oxygène pur; ces gaz pourraient alimenter de grandes piles, qui produiraient à leur tour de l’électricité à la demande. Nous travaillons actuellement sur ce type de pile à combustible avec des chercheurs, à la plateforme ESI du PSI. Ainsi, nous contribuons ensemble à la mise en Œuvre de la Stratégie énergétique 2050 de la Confédération.
Dans quelle mesure l’approche des entrepreneurs de votre start-up se distingue-t-elle de celle des chercheurs du PSI?
Je dirais que nous voyons la même chose, mais simplement depuis deux directions différentes. Les chercheurs excellent par exemple dans la résolution de problèmes scientifiques. Et nous, nous devons parfois leur rappeler que la solution technique doit présenter un intérêt sur le plan économique. A Swiss Hydrogen, nous sommes donc attentifs à trois aspects: la faisabilité industrielle, les coûts et la propriété intellectuelle d’une idée. De fait, il nous est arrivé une ou deux fois de dire aux chercheurs du PSI: désolés, mais cette solution ne nous intéresse pas; car même si elle fonctionne, elle ne sera jamais concurrentielle sur le marché. Concrètement, cela signifie par exemple qu’il est acceptable que le composant particulier d’un prototype coûte plusieurs milliers de francs, mais seulement à condition qu’il puisse être produit en série par la suite pour une dizaine de francs.
La collaboration avec le PSI va-t-elle se poursuivre?
Oui, absolument! Nous prévoyons d’emménager, avec un ou deux collaborateurs, dans des bureaux des bâtiments du Park innovaare, qui sera construit ces prochaines années directement à côté du PSI. La recherche sur les piles à combustible au PSI est vraiment reconnue dans toute la Suisse, mais aussi au niveau international. Le PSI est et restera notre plus proche partenaire académique.
Propos recueillis par Laura Hennemann/Institut Paul Scherrer

Portrait

Alexandre Closset est directeur de Swiss Hydrogen qui depuis janvier 2018 est une société filiale de Plastic Omnium. Il a fait des études de physique à l’EPFL, est titulaire d’un MBA et a été longtemps actif dans le domaine des panneaux solaires flexibles, avant de se tourner vers les piles à combustible. Il a été cofondateur de la start-up Swiss Hydrogen, qui est sortie du Swatch Groupe en 2015 et qui commercialise des piles à combustible à hydrogène.

5232 — Le magazine de l’Institut Paul Scherrer

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