Notre cerveau adopte plus facilement des mesures écologiques concrètes

Que cela soit dans nos expériences quotidiennes ou via des campagnes de sensibilisation, la transition écologique est souvent décrite en termes de mise en place de comportements écologiques versus de réduction des comportements non-écologiques. Une étude menée à l’UNIL et à l’Université du Luxembourg suggère que cette dualité modulerait la capacité des individus à se projeter dans l’adoption de conduites écologiques.

Dans le contexte actuel d’urgence écologique, nous sommes de plus en plus confrontés à la nécessité d’adopter des comportements pro-écologiques. Dans l’optique de mieux comprendre les processus cérébraux et cognitifs sous-jacents à la mise en place de ces conduites, une équipe de chercheurs dirigés par le Dr. Damien Brevers de l’Université du Luxembourg et le Pr. Joël Billieux de l’Université de Lausanne ont conduit une étude récemment parue dans Nature Sustainability . Ils se sont intéressés à l’activité cérébrale de sujets ayant reçu la consigne de réfléchir à la faisabilité d’adopter des conduites écologiques au quotidien (par exemple, utiliser des tasses à café réutilisables).

Des activations différentes au niveau cérébral

Les chercheurs ont pu mettre en évidence que le fait de penser à la manière d’augmenter (’ faire plus ’) des comportements pro-écologiques active l’hippocampe et le cortex préfrontal ventromédian, qui sont des structures cérébrales cruciales pour nous permettre d’imaginer des événements futurs en nous basant sur nos connaissances et expériences personnelles antérieures.

En revanche, le fait de penser à la manière de réduire des comportements non-écologiques est associée à une augmentation de l’activation du cortex préfrontal dorsolatéral droit, qui joue un rôle central dans le contrôle volontaire des pensées et des comportements. Par l’intermédiaire d’analyses de connectivité fonctionnelles, les chercheurs ont également mis en évidence que l’activation du cortex préfrontal dorsolatéral était associé à une diminution de l’activation au niveau de l’hippocampe, qui joue un rôle clé dans les processus mnésiques (les moyens facilitant la conservation des souvenirs). Selon les chercheurs, le pattern d’activation observé suggérerait que le fait de réduire les comportements non-écologiques implique un processus dans lequel les souvenirs liés à de tels comportements sont inhibés.

Viser l’encouragement des conduites pro-écologiques

Un autre résultat découvert par les chercheurs montre que les participant·e·s de l’étude ont jugé le fait d’augmenter les comportements pro-écologiques comme davantage réalisable que de diminuer les comportements non-écologiques. ’ Notre étude, menée sur 86 participant·e·s, suggère qu’il serait plus efficace d’encourager la mise en place de comportements pro-écologiques (par exemple, utiliser davantage les transports en commun) que d’inciter à la réduction des comportements non-écologiques (par exemple, moins utiliser la voiture) ’ explique le Prof. Billieux.

Les résultats de cette étude sont susceptibles d’avoir un impact important dans nos sociétés où la crise du changement climatique est souvent décrite comme un défi ’ d’auto-contrôle ’, c’est-à-dire, centré sur la maîtrise de soi. Les individus sont en effet encouragés à éviter la tentation des comportements non-écologiques (par exemple, surconsommer, prendre l’avion) en vue d’atteindre des objectifs sur le long terme (la préservation de l’environnement et des ressources naturelles). Or, les résultats de cette étude indiquent que le développement d’habitudes pro-écologiques ne devrait pas se limiter à une opposition entre conduite non-écologique (les ’ mauvaises habitudes ’) et conduites pro-écologiques (les ’ bonnes habitudes ’), mais devrait plutôt se focaliser sur la manière d’implémenter de manière optimale (quand et dans quel contexte) des comportements écologiques.

Article: Brevers D, Baeken C, Maurage P, Sescousse G, Vögele C, Billieux J. Brain mechanisms underlying prospective thinking of sustainable behaviors. Nat Sustain (2021). doi.org/10.1038/s418­93-020-00658-3

Joël Billieux est professeur associé de psychologie clinique, psychopathologie et évaluation psychologique à l’Institut de Psychologie de l’Université de Lausanne et membre du Laboratoire d’étude des processus de régulation cognitive et affective (CARLA).