Promouvoir l’économie circulaire dans le secteur automobile

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 (Image: Pixabay CC0)
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Les nouveaux véhicules représentent environ 10% de la demande en plastique dans l’UE et le secteur automobile est le principal consommateur de matériaux tels que l’aluminium, le magnésium, les terres rares ou les métaux du groupe du platine. La Commission Européenne a publié la semaine dernière une proposition de révision de la directive européenne sur les véhicules hors d’usage afin d’améliorer la circularité du secteur automobile. Des chercheurs de l’Empa ont joué un rôle déterminant dans l’élaboration du contenu de cette nouvelle proposition.

Chaque année, plus de six millions de véhicules atteignent leur fin de vie en Europe. Un traitement inapproprié de ces véhicules entraîne une perte de valeur et génère de la pollution. Une récente évaluation de la législation européenne en vigueur dans ce domaine a montré que des améliorations considérables étaient nécessaires pour stimuler la transition du secteur automobile vers une économie circulaire, en réduisant l’impact environnemental lié au traitement des véhicules en fin de vie, et en renforçant la durabilité de l’industrie automobile et du recyclage en Europe.

Les nouveaux véhicules arrivant sur le marché représentent environ 10 % de la demande de plastique et 9 % de la demande de cuivre dans l’UE. Dans l’ensemble, l’industrie automobile consomme plus de 60 matériaux différents. La transition vers une mobilité électrique pose des défis supplémentaires car il augmentera les besoins en palladium et autres métaux précieux nécessaires aux composants électroniques, ainsi qu’en cuivre et en éléments de terres rares utilisés dans les aimants permanents de la plupart des moteurs électriques. Selon les estimations de l’UE, la demande de néodyme et de dysprosium, deux éléments des terres rares, pour les voitures neuves devrait atteindre environ 4025 tonnes et 620 tonnes, respectivement, ce qui correspondrait à une multiplication par 10 et par 7 de la demande en 2020.

Par ailleurs, moins de 20 % du plastique contenu dans les véhicules en fin de vie est actuellement recyclé, et les matières premières critiques telles que les éléments de terres rares dans les moteurs électriques ou le palladium dans les composants électroniques ne sont généralement pas récupérées du tout. Le défi consiste donc à augmenter la récupération des matières premières critiques et d’autres matériaux à partir des composants et matériaux qui les contiennent, avant que les véhicules usagés ne soient broyés, comme cela est pratiqué à l’heure actuelle.

Une "approche suisse" concernant l’électronique des véhicules hors d’usage

Depuis plusieurs années, des chercheurs du Laboratoire Technologie et Société de l’Empa à St-Gall, sous la direction de Patrick Wäger, soutiennent l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) dans l’amélioration du recyclage des voitures et de l’électronique par le biais de divers projets "science-for-policy" (science au service de la politique). Un projet récemment achevé a étudié la possibilité de démonter et recycler séparément les appareils électroniques intégrés dans les véhicules en fin de vie d’un point de vue technique, environnemental et économique.

Les résultats de cette étude, ainsi que d’études précédentes, servent de base pour identifier quels appareils devraient être démontés et recyclés séparément, tel que défini par l’ordonnance suisse sur la restitution, la reprise et l’élimination des appareils électriques et électroniques (OREA), révisée récemment. Les nouvelles dispositions stipulent que les appareils électroniques embarqués dans les véhicules en fin de vie doivent être démontés et recyclés séparément lorsque cela est économiquement supportable et écologiquement pertinent. Bien que les spécifications concrètes de mise en oeuvre soient encore en cours d’élaboration, cette mesure fait de la Suisse une pionnière en termes de législation sur le recyclage d’appareils électroniques intégrés.

Vers une nouvelle directive sur les véhicules hors d’usage pour l’Union européenne

Compte tenu de leur expertise, les chercheurs de l’Empa ont été invités par le Joint Research Center (JRC) de la Commission européenne pour contribuer à une analyse préliminaire de mesures visant à améliorer la circularité des matières premières critique et d’autres matériaux dans le secteur automobile, en collaboration avec l’institut de recherche allemand Öko-Institut e.V. et l’Université Chalmers en Suède. Cette collaboration a débouché sur un rapport conjoint comprenant une évaluation socio-économique et environnementale de chacune de ces mesures, ainsi qu’une série de recommandations concernant leur mise en oeuvre.

S’appuyant sur ces recommandations, la Commission européenne a publié le 13 juillet une proposition de nouvelle directive sur les véhicules hors d’usage. La proposition comprend, entre autres, quatre dispositions visant à augmenter le recyclage et la réutilisation des composants contenant des matières premières critiques et d’autres matériaux importants (par exemple, des éléments des terres rares, du cuivre et du palladium) pour la fabrication de nouveaux véhicules, couvrant ainsi à la fois les phases de conception et de fin de vie.

Ces dispositions sont les suivantes :
  • les véhicules électriques doivent être conçus de manière à permettre le démontage de leur moteur électrique, permettant leur réparation et/ou réutilisation.
  • les constructeurs doivent informer les recycleurs sur les matières premières critique utilisées dans leurs véhicules et étiqueter clairement les composants contenant ces matériaux.
  • le démontage du moteur électrique avant le broyage est obligatoire, afin de permettre une réutilisation ou le recyclage.
  • le démontage de certains composants électroniques (tels que les systèmes d’infotainment et les onduleurs) avant le broyage du véhicule est obligatoire, conformément au principe adopté dans la nouvelle ordonnance suisse sur la restitution et l’élimination des appareils électriques et électroniques.


"Démonter les composants électroniques des véhicules hors d’usage et les traiter dans des installations de recyclage pour déchets électroniques offre un double avantage pour l’environnement", déclare Charles Marmy, scientifique à l’Empa, qui a corédigé le rapport du JRC et dirigé le projet sur le recyclage séparé de l’électronique embarquée. "Non seulement la récupération des métaux et des plastiques permet de produire nettement plus de matières premières secondaires, mais elle permet aussi de limiter les quantités de déchets à incinérer et donc de réduire les émissions de CO2."