Un atelier au Chili pour apprendre à construire autrement

Patricia Guaita, troisième depuis la droite, avec des étudiants lors de l'at

Patricia Guaita, troisième depuis la droite, avec des étudiants lors de l'atelier préparatoire. © Alain Herzog/EPFL

Du 29 juillet au 17 août, une vingtaine d’étudiants de l’EPFL et de l’EPFZ participeront à l’atelier d’été «Open City Research Platform» qui aura lieu sur la côte ouest du Chili. Depuis 2014, le workshop a lieu tous les ans dans la Ciudad Abierta - ou Ville Ouverte - près de Valparaíso. Cet atelier d’été multidisciplinaire a la vocation d’être à la fois un chantier de construction et une investigation pédagogique.

Une vingtaine d’étudiants en architecture, génie civil et ingénierie de l’environnement de l’EPFL et de l’EPFZ s’envoleront en direction de Valparaíso le 27 juillet prochain. Ensemble, ils poursuivront durant trois semaines la construction en cours du Pórtico de los Huespedes (le Portique des Hôtes), menée en collaboration avec des étudiants chiliens de la Escuela de Arquitectura y Diseño de la Pontificia Universidad Católica (e[ad] PUCV). Le chantier se situe dans la Ciudad Abierta (la Ville Ouverte), à 16 km au nord de la ville de Valparaiso, face à l’Océan Pacifique. Durant leur voyage, les étudiants de l’EPFL relateront leurs expériences sur le blog EPFL Out There, dédié aux séjours académiques à l’étranger. 

Un complément à la formation
Le séjour chilien des étudiants helvétiques démarrera après une semaine de préparatifs à l’EPFL, du 8 au 14 juillet. L’expérience doit leur permettre de se confronter à des moyens de construction rudimentaires et à une culture de l’architecture humaniste. «Le contact entre l’EPFL et la Ciudad Abierta s’est fait il y a six ans, à la suite d’une exposition que nous avons montée sur elle», explique Patricia Guaita, architecte et collaboratrice scientifique à l’Atelier de la conception de l’espace (ALICE) de l’EPFL. Depuis lors, elle emmène chaque été une poignée d’étudiants au Chili et fait ainsi avancer petit à petit la construction. Le séjour permet aux étudiants, sélectionnés à la suite d’un entretien, de valider des crédits académiques au niveau master. 

«Cette ’Summer School’ est en complément à leur formation», souligne Patricia Guaita. «Elle pose la question de l’espace et de la construction à travers une pédagogie du faire. Le Pórtico de los Huéspedes est un projet collectif et multidisciplinaire, l’atelier tente donc d’exposer les traces de sa construction comme un savoir accumulé au fil des années. Ceci permet aux étudiants d’entrer directement en dialogue avec la construction.» A noter que cette année, les étudiants testeront une nouvelle méthode de coffrage pour le béton.

Le logement sur place sera spartiate et la connexion à internet difficile. De quoi effrayer la jeune génération embarquée dans l’aventure’ «Au contraire! C’est un retour à la réalité pour nous, après toutes ces années passées devant un ordinateur», commente Annabelle Thuring, en master d’architecture. «L’idée de construire quelque chose à l’autre bout du monde dans les dunes, l’idée d’immersion totale et d’être à fond dans le projet m’ont tout de suite plu!», note pour sa part Pablo Grunig, en première année d’architecture.

Une expérience de vie
«Cet atelier et le cadre de vie qu’il propose permettent de montrer aux étudiants que la construction doit inclure non seulement des aspects techniques mais aussi une expérience matérielle et humaniste qui intègre le lieu et ses habitants», explique Patricia Guaita. Un avis partagé par David Jolly, professeur à la e[ad] PUCV, Valparaíso, qui accueille chaque année les étudiants de l’EPFL. «La réalisation de l’oeuvre n’est pas fixée en fonction de délais académiques. Depuis cinq ans, un fragment de l’oeuvre est ainsi construit chaque année. Le rôle central n’étant plus joué par les étudiants mais par l’oeuvre elle-même, l’atelier prend la forme d’une expérience dans laquelle la vie, le travail et les études se confondent. Voilà ce que la Ciudad Abierta propose. La contribution des étudiants de l’EPFL à ce projet est unique. Le temps est synonyme de construction non seulement d’une partie de bâtiment mais aussi d’une partie de soi-même. Il s’agit d’une construction dans le présent qui pourra perdurer à travers l’édifice et le vécu de chacun des participants.» 

Avant-garde artistique
La Ciudad Abierta a été fondée en 1970 par des poètes, des philosophes, des sculpteurs, des peintres et des architectes. L’architecte chilien Alberto Cruz et le poète argentin Godofredo Iommi figurent parmi ses principaux fondateurs. Peu connue du grand public, la Ciudad cultive le goût de l’avant-garde artistique depuis sa création.