Une méthode innovante pour apprendre le français

Faciliter l’apprentissage d’une structure langagière par l’intégration d’un système de traduction automatique, telle est l’approche qu’a testée l’Université de Neuchâtel (UniNE) avec succès en complément à des cours de français donnés à des réfugié-e-s d’Ukraine. Les résultats ont été publiés dans la revue spécialisée Instructed Second Language Acquisition.

’ La démarche est originale parce que notre design de cours répond à plusieurs objectifs simultanés, rarement trouvés ensemble dans l’apprentissage d’une langue : l’apprentissage des structures du français, le développement de la littéracie digitale et un encouragement à l’autonomie ’, indique Sara Cotelli Kureth, professeure titulaire à l’Institut de langue et civilisation françaises (ILCF) de l’UniNE et co-autrice de l’article avec Hasti Noghrechi, doctorante du même institut.

C’est en effet une méthode qui s’adresse à un public aux connaissances de base très hétérogènes, en s’appuyant sur des traducteurs automatiques bien connus (type DeepL ou Google traduction), des livres audios commerciaux (Didier ’ le monde en vf ’), tout en développant des réflexes d’apprentissage. Elle favorise ainsi l’autonomie des apprenant-e-s qui travaillent seul-e-s ou en petits groupes sous la supervision de plusieurs tuteurs et tutrices. ’ Le feedback était donc donné de façon extrêmement ciblée, soit par les tuteurs et tutrices, soit par les pairs ’, relève Sara Cotelli. La méthode permet de mieux cerner l’utilisation des traducteurs automatiques, omniprésents dans la vie quotidienne des apprenant-e-s.

Situation exceptionnelle

La mise en place de cette initiative pédagogique a été réalisée dans un contexte d’urgence. ’ Nous avons répondu à la situation exceptionnelle dans laquelle nous nous trouvions à l’ILCF avec l’arrivée des réfugiées ukrainiennes qui présentaient des profils très variés en termes d’apprentissage. Certain-e-s des étudiant-e-s, de formation universitaire, parlaient bien l’anglais, alors que d’autres avaient juste terminé l’école secondaire et ne connaissaient pas l’alphabet latin ’, poursuit Sara Cotelli Kureth. Il fallait donc dispenser un enseignement qui ne laisse personne sur la touche, en se basant, dans ce souci d’inclusivité, sur l’Universal Design for Instruction (UDI).

La stratégie comprenait le recours à différents modèles de travail (exercices de type déductifs et inductifs), des consignes toujours plurilingues avec des objectifs clairs et des explications écrites vers lesquels on pouvait revenir à sa guise pour permettre un apprentissage autonome.

Sur smartphones

Le public très hétérogène en termes de niveau de français (A1 - A2+), de connaissances linguistiques d’une autre langue non maternelle et de profils très divers a plébiscité l’enseignement lors des évaluations. La plupart ont dit vouloir continuer d’utiliser les outils de traduction automatiques et les applications gratuites ou bon marché, disponibles sur smartphones, qui ont été présentés dans le cours. On relève toutefois un bémol. Les cours ayant eu lieu pendant un mois uniquement n’ont pas eu l’effet escompté pour soutenir l’apprentissage en autonomie de toutes et tous. Les initiatrices de l’approche continuent toutefois à développer l’utilisation des outils de traduction automatique pour l’apprentissage des langues à d’autres niveaux et pour d’autres langues.