Une méthode innovante pour recycler le PET

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La start-up DePoly basée à l’EPFL Valais-Wallis a développé une technique de recyclage chimique du PET. Une solution innovante et avantageuse par rapport aux méthodes utilisées actuellement, qui lui a valu la première place au concours >>venture>> 2019.

Actuellement, des méthodes de recyclage du PET existent, mais elles comprennent certaines limitations. Il est par exemple impossible de fabriquer des bouteilles avec du PET 100 % recyclé. Un pourcentage de plastique doit forcément provenir de la matière brute. «Il faut recourir au pétrole et le transformer en éthylène glycol et acide téréphtalique, les deux composants nécessaires à la fabrication du PET», explique Samantha Anderson, fondatrice et CEO de la start-up de l’EPFL DePoly et doctorante au Laboratoire de simulation moléculaire (LSMO) de l’EPFL Valais-Wallis. De plus, en raison de contaminants chimiques ou alimentaires, voire de différents additifs et colorants, de nombreux contenants ne peuvent pas être recyclés. Ils sont pour la plupart incinérés.

Recyclage chimique par dépolymérisation

La start-up DePoly a développé une méthode innovante qui permet de recycler n’importe quel objet en PET, avec une technique de recyclage chimique qui permet d’obtenir ses composants de base purifiés. «Peu importe qu’il ait contenu de l’eau, du beurre de cacahuète ou du savon, ou qu’il soit de couleur transparente ou noire», déclare la chimiste. Plus besoin non plus de trier les plastiques par couleur, le procédé permet de les prendre en charge en une seule fois. Cerise sur le gâteau, ce recyclage chimique permettrait également de revaloriser les textiles comme un t-shirt que l’on décomposerait en coton et en fibre textile PET (polyester) de l’autre.

Concrètement, la méthode consiste à dépolymériser le PET - d’où le nom choisi de DePoly. «Dans un réacteur, nous réunissons du PET et différents produits chimiques. Nous utilisons ensuite de la lumière pour provoquer une série de réactions. Elles auront pour effet de cibler et détruire les liaisons chimiques qui allient ses deux composants d’origine du PET, l’éthylène glycol et l’acide téréphtalique», annonce-t-elle. À la fin du processus, vous obtiendrez un liquide clair, l’éthylène glycol, et une poudre blanche, l’acide téréphtalique. Deux formes bien distinctes qui facilitent leur séparation. À cela s’ajoute une petite quantité de déchets, les colorants et autres additifs contenus dans le plastique originel. La jeune entrepreneure ne nous en dira pas plus, un brevet étant en cours d’obtention.

Samantha Anderson, fondatrice de DePoly, lors de la remise des prix >>venture>>  Concourant dans la catégorie «Hardware», DePoly est la grande gagnante du prix >>venture>>, un concours annuel suisse de start-up coorganisé par l’EPFL, l’ETH Zurich, McKinsey & Company, Knecht Holding, et Innosuisse. DePoly a remporté la somme de 150 000 francs, incluant un ensemble de services de conseil en gestion. Cette victoire permettra également aux gagnants de bénéficier du réseau de >>venture>> pour les aider à démarrer leur entreprise et à accroître leur visibilité.

La fondatrice de DePoly, Samantha Anderson s’est entourée de deux collègues de laboratoires, Christopher Ireland, postdoctorant et Bardiya Valizadeh, doctorant pour travailler sur son idée de base. «Avant le prix >>venture>>, DePoly avait déjà reçu un fonds de soutien de la part du Fonds national suisse et un Innogrant. Je suis très fier de ce résultat», commente le professeur Berend Smit, responsable du Laboratoire LSMO qui a apporté son soutien au développement du projet.

Prochaine étape pour DePoly: passer du laboratoire à l’industrie. «En novembre, nous commencerons à construire une installation de plus grande capacité par rapport à ce que nous avons fait jusqu’à maintenant en laboratoire», poursuit Samantha Anderson. L’usine de traitement des ordures du Valais central (UTO) accueillera la start-up dans ses locaux à Uvrier. Une collaboration qui permettra à la start-up de tester et éventuellement perfectionner sa méthode à plus grande échelle. «Cette phase de test durera probablement une année. À terme, je suis convaincue que le recyclage chimique arrivera sur le marché industriel, promet-elle. Si ce n’est pas grâce à DePoly, ce sera par d’autres. Nous ne sommes pas les seuls à travailler sur cette piste.»

Pour l’heure, la doctorante jongle encore entre l’écriture de sa thèse et le développement de sa start-up. Mais d’ici novembre, une fois diplômée, elle pourra se consacrer entièrement à cette technologie qui, elle en est convaincue, permettra de nettoyer la pollution plastique de l’environnement.

DePoly a reçu le soutien de l’Incubateur de la Fondation the Ark.