
Parution du livre d’Aurore Turbiau, première assistante au CIEL, issu de sa thèse de doctorat, soutenue en 2023 à Sorbonne Université
Qu’est-ce que la littérature féministe - Commençons par dire ce qu’elle n’est pas, ou pas vraiment : ni un style (de colère, d’accusation, d’ironie, etc.), ni un thème (les violences faites aux femmes, l’imaginaire d’un monde meilleur), ni non plus l’expression d’une identité sociale (« femme » ou « lesbienne », notions mouvantes). La littérature féministe, qu’il faudrait d’ailleurs nommer au pluriel - mais, puisque nous pastichons Jean-Paul Sartre ici, gardons temporairement le singulier - est une littérature engagée pour la cause des femmes, contre les dominations propres à, ou liées à, l’ordre social patriarcal. Elle se laisse définir par un geste triplement littéraire, politique et théorique : celui de l’engagement. Engagement de la littérature dans la cause politique des femmes ; engagement dans la littérature de femmes militant pour leur propre cause ; engagement à travers et envers la littérature, comme lieu singulier de l’espace social.
Nous entendrons par « littératures féministes », plus spécifiquement dans ce livre, le vaste corpus des oeuvres littéraires engagées dans les mouvements des femmes français et québécois entre les années 1969 et 1985.
Aurore Turbiau, , Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. "Des deux sexes et autres", 2026.
Quatrième de couverture
Ce qui caractérise la littérature féministe, ce n’est ni un style ni un thème, c’est un engagement, certes situé, mais de portée globale. Aurore Turbiau le démontre ici à travers l’examen des pensées et des pratiques politiques de la littérature que mettent en oeuvre les écrivaines féministes en France et au Québec, entre 1969 et 1985.
Pour ce faire, elle s’appuie sur un vaste corpus d’autrices parmi lesquelles l’étude privilégie, au Québec, Nicole Brossard, France Théoret, Louky Bersianik et Madeleine Gagnon, et, en France, Monique Wittig, Hélène Cixous, Françoise d’Eaubonne et Christiane Rochefort. Dans un élan collectif, ces dernières créent un nouveau territoire littéraire, interrogent l’identité « femme » et élaborent depuis leur point de vue spécifique le concept de genre. Elles discutent enfin la place qu’occupent l’insolence et la violence en littérature.
L’urgence des questions féministes - parmi les autres batailles sociales avec lesquelles elles sont en lien - est aujourd’hui renouvelée et cet ouvrage panoramique et comparatiste, en apportant sa pierre à l’histoire littéraire des femmes et à l’histoire du féminisme comme des luttes homosexuelles, y répond avec force.
Aurore Turbiau est docteure en littérature comparée, première assistante à l’université de Lausanne et membre associée de l’université Marie-et-Louis-Pasteur. Elle a notamment coécrit Écrire à l’encre violette : littératures lesbiennes en France de 1900 à nos jours (Le Cavalier bleu, 2022).
Table des matières
Introduction : le genre de l’engagement
L’engagement littéraire, situation
Choix du corpus
Parcours
I. RASSEMBLER
Venir à l’écriture
« Ce que tu entends est sans paroles » : venir du silence
Surgir et naître
Inventio : faire fonds commun
Pratiques collectives : créer un territoire qui nous soit propre
Pratiques documentaires : l’analyse et la connaissance acquises
Pratiques testimoniales : l’expérience vécue
Dispositio : articuler la cause des femmes
La fable des matières : poétiques de la liste
Retailles : faire apparaître
II. SITUER
Elocutio : situations d/énonciations
Littératures et savoirs situés
Contextes et coordonnées de l’énonciation
Je et nous : projets et fictions critiques
Actio : ambivalences du dévoilement
Littératures adressées : scènes de la reconnaissance
Littératures agressives
Littératures du soin
Memoria : af/franchir l’histoire
Entrer en dissidence avec l’histoire
Mémoriographies
Retours à l’histoire
III. FAIRE SAUTER
Écrivain/es illisibles ?
Du côté de l’histoire : modernités
Du côté de la critique : la « polémique du lisible »
Précieuses furieuses : in/filtrer l’ordre linguistique
La grande équivoque : le genre
La langue resignifiée
La langue démontée
Faire violence, dés/armer l’engagement
La place de la violence
Satires ménippées
Conclusion : 1969-1985, un moment féministe de l’engagement
Esthétiques des littératures féministes
Une immense interrogation féminine



