Hurlements à la mort

 (Image: Pixabay CC0)

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Hurlements à la mort


Des chercheurs de l’UNIL révèlent deux siècles de persécution du loup grâce à son ADN. Leur travail est publié par la revue Proceedings of the Royal Society of London B.

Autrefois le mammifère le plus répandu géographiquement sur Terre, le loup a été éradiqué de la majeure partie de son aire de distribution originaire. Y compris des Alpes suisses, où les derniers spécimens ont été tués avant la fin du XIXe siècle, avant son retentissant retour naturel il y a une vingtaine d'années. A-t-il vraiment disparu - Pas tout à fait, car les musées en conservent de nombreux exemplaires historiques dans leurs collections. Des chercheurs de l'UNIL ont voulu connaître les conséquences au niveau génétique de ce déclin spectaculaire, en analysant l'ADN decentaines de spécimens européens datant des deux cents dernières années. L’étude vient d’êtrepubliée dans la revue Proceedings of the Royal Society of London B.

Différence entre l’Ouest et l’Est

Plus intéressant encore, cette signature génétique diffère considérablement entre l'Europe occidentale et l'Europe orientale, du fait de différences culturelles et biogéographiques. En Europe de l'Ouest, les loups ont été presque totalement exterminés. Conséquence directe : la diversité s'est effondrée au tournant du XXe siècle et la recolonisation de la part de quelques populations résiduelles a provoqué des changements drastiques de la composition génétique. En revanche, en Europe de l’Est, où le déclin n’a jamais été aussi extrême, les niveaux de diversité et la composition génétique des populations sont globalement restés les mêmes.

150 loups analysés

Gr’ce à la générosité de dizaines de musées répartis de la Norvège à la Sicile, et du Portugal à la Russie, une équipe de scientifiques dirigée par le Dr Luca Fumagalli (Département d’écologie et évolution de l’UNIL et Centre universitaire romand de médecine légale) a analysé des centaines de spécimens historiques (os et peaux) avec un arsenal de techniques high-tech, ce qui est en soi un défi technique d'ampleur en raison de leur faible teneur en ADN et de leur dégradation importante. Le résultat en valait la peine : l'ADN de plus de 150 spécimens de loups tués à l'apogée de la période de persécution (XIXe - XXe siècle) a pu être séquencé, pour ce qui constitue à ce jour un des plus gros travaux d'envergure analysant de l'ADN historique. En collaboration avec le Dr Christophe Dufresnes (Département d’écologie et évolution de l’UNIL et Department of Animal & Plant Sciences, University of Sheffield, UK), ces données ont été comparées aux données préhistoriques et contemporaines à disposition dans la littérature scientifique afin de retracer l'histoire génétique du loup sur notre continent, de la dernière époque glaciaire à nos jours, et ainsi de mieux comprendre les conséquences des actions humaines ayant mené au déclin sans précédent de cette espèce.

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