Ses recherches invitent à dépasser une vision strictement biologisante de l’adolescence. Loin d’être une période universelle et homogène, elle est façonnée par les contextes sociaux, historiques et culturels dans lesquels elle se déroule. Scolarisation prolongée, transformations de la famille, injonctions sociales accrues ou exposition massive aux technologies numériques : autant de facteurs qui peuvent redéfinir aujourd’hui les manières d- « être adolescent·e ».
Une construction sociale
Au début du XXᵉ siècle, G. Stanley Hall décrivait l’adolescence comme une « mer agitée », une période de conflits psychiques inévitables. Mais les études empiriques des années 1960 et suivantes ont montré que la majorité des adolescent·es ne vivent pas cette tempête de façon universelle. L’adolescence n’est pas une crise naturelle et inévitable : c’est une étape de transition modulée par l’environnement, où chaque jeune suit une trajectoire singulière.Pour analyser cette complexité, G. Zimmermann s’appuie sur le modèle bioécologique d’Urie Bronfenbrenner, psychologue du développement, qui permet de comprendre le développement humain comme le produit des interactions entre un individu et son environnement. A l’adolescence, l’individu évolue au sein de différents systèmes imbriqués : sa famille, son école, ses pair·es, la société, son environnement global et les technologies. Chaque système influence le développement du jeune, tout en étant influencé par lui. Le développement résulte des interactions entre l’individu et son environnement, et non d’un seul facteur, souligne le chercheur.
Les défis du XXIᵉ siècle
Les adolescent·es d’aujourd’hui affrontent des défis inédits. L’usage des smartphones et des réseaux sociaux transforme leurs relations et leurs modes d’expression. Ces technologies offrent des opportunités de socialisation et de construction identitaire, mais peuvent également générer stress et anxiété, selon leurs usages et les contextes d’utilisation.Parallèlement, la crise écologique fait peser un poids émotionnel inédit sur les jeunes générations. Les adolescent·es sont confronté·es à l’incertitude du futur et à l’incapacité, souvent perçue, des institutions à répondre efficacement aux enjeux environnementaux. Cette inquiétude, fréquemment qualifiée d’éco-anxiété, peut se manifester par de la peur, de la tristesse ou un sentiment de désespoir. Mais elle constitue pour certain·es un moteur d’engagement et d’action. G. Zimmermann souligne que la manière dont l’adolescent·e peut transformer son inquiétude en action joue un rôle déterminant à la fois pour son bien-être et le développement de son sens de responsabilité.
Vers une adolescence entendue et soutenue ?
Les travaux de recherche montrent qu’il est possible d’accompagner les adolescent·es pour qu’ils et elles s’épanouissent malgré ces défis. Encourager l’autonomie, offrir un cadre sécurisant et des opportunités d’engagement social favorise un développement optimal. L’adolescence ne se réduit pas à une crise à gérer : elle est un temps clé de construction, de résilience et de créativité.Une promesse pour demain
L’adolescence n’est ni un passage obligé de tumulte ni un simple reflet des crises contemporaines. Elle est le résultat complexe d’interactions entre des dimensions biologiques, sociales et culturelles : un laboratoire vivant où se construisent les adultes de demain. Comprendre cette période, c’est reconnaître à la fois ses défis, ses ressources et sa capacité à inspirer le changement. Et si l’adolescence n’était pas seulement une tempête à traverser, mais une promesse à cultiver ?Référence
Cannard, C., & Zimmermann, G. (2025). Le développement de l’adolescent : Défis identitaires et construction de soi (4ᵉ éd.). De Boeck Supérieur.Lien vers l’ouvrage


