La reconnaissance comme moteur d’un engagement durable auprès des personnes réfugiées

© Ricardo Gomez Angel | Unsplash
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Pourquoi certaines personnes s’engagent-elles pendant des mois, voire des années, en faveur des personnes réfugiées? Compte tenu de l’impact positif que les actions de solidarité peuvent avoir sur la vie des bénéficiaires, il est essentiel de comprendre ce qui pousse des individus à s’investir et, surtout, à maintenir leur engagement dans le temps. Une récente étude européenne, à laquelle l’Université de Lausanne a contribué, apporte un éclairage précieux : plus que la motivation initiale, c’est avant tout le sentiment d’être reconnu·e pour son engagement qui fait la différence.

Journal of Community & Applied Social Psychology, cette recherche se penche sur le rôle de la reconnaissance dans la durée de l’engagement envers les réfugié·es. Les chercheur·euses de l’Université de Lausanne, dont Marija Dangubić , Emanuele Politi, Yoann Favre et Eva Green rattaché·es à l- Institut de psychologie , y ont mené deux études avec leurs collègues européen·nes, en distinguant deux sources de reconnaissance : celle qui vient des institutions (organisations, coordinations, structures officielles) et celle qui émane directement des bénéficiaires, c’est-à-dire les personnes migrantes.

La première étude a été menée en Suisse auprès de 250 personnes ayant hébergé des réfugié·es chez elles. La seconde, de nature longitudinale, a suivi plus de 800 bénévoles en Allemagne pendant six mois, dont une partie était engagée auprès de réfugié·es, et d’autres dans des causes comme le sport, l’environnement ou la santé.

Deux études, un même constat

Dans les deux pays, un résultat ressort clairement : se sentir reconnu·e par les personnes aidées est un puissant moteur de l’engagement à long terme. Plus les bénévoles ont le sentiment que les réfugié·es reconnaissent et valorisent leurs efforts, plus elles·ils ont la volonté de rester engagé·e et s’engagent réellement dans le temps.

La reconnaissance institutionnelle : utile, mais pas toujours décisive

La reconnaissance institutionnelle joue aussi un rôle mais de manière plus nuancée. En Suisse, lorsque les activités sont fortement encadrées par une même organisation (par exemple dans le cadre de l’hébergement privé), le fait de se sentir reconnu·e par les institutions augmente la volonté de continuer à s’engager.

En revanche, en Allemagne, cette reconnaissance institutionnelle n’explique pas la poursuite de l’implication auprès des réfugié·es. Elle s’avère néanmoins importante dans d’autres domaines de bénévolat, comme le sport, la santé ou l’environnement. Autrement dit, lorsqu’il s’agit d’aider des personnes réfugiées, la reconnaissance la plus déterminante vient d’abord du terrain, pas des structures.

Les motivations initiales ne suffisent pas

Autre résultat marquant : les raisons qui poussent les gens à s’investir, comme par exemple les valeurs humanistes, le désir d’apprendre ou encore le besoin de se sentir utile, n’expliquent que très peu la durée de l’engagement. Ce sont plutôt les expériences vécues sur le terrain, et notamment le fait de se sentir reconnu·e, qui déterminent la suite de l’engagement. Cette découverte remet en question une idée répandue : être « très motivé·e » au départ ne garantit pas de tenir sur la durée si l’engagement n’est pas nourri par des retours positifs.

La reconnaissance, un simple « merci », ou bien plus

Les chercheur·euses soulignent que la reconnaissance peut s’exprimer de multiples façons, allant d’un simple « merci », à des marques d’appréciation, un cadeau ou une aide en retour. Tous ces gestes peuvent reconnaître la valeur de ce que quelqu-un fait, montrer que son action compte et qu’elle a un impact réel. Cette reconnaissance renforce le sentiment d’efficacité personnelle, la valeur morale de l’engagement et la qualité de la relation entre bénévoles et réfugié·es.

Des implications concrètes pour la société

Ces résultats montrent que la reconnaissance, qu’elle provienne des institutions ou des personnes accompagnées, joue un rôle clé dans l’investissement durable des bénévoles. Ils soulignent aussi des implications importantes pour les organisations et les politiques d’accueil. D’abord, il s’agit de gérer les attentes : la formation des bénévoles devrait les aider à rester attentives au fait que leur besoin de reconnaissance ne se transforme pas en pression implicite sur les personnes soutenues, ni en attente de gratitude obligatoire. De plus, il est judicieux de favoriser des espaces dans lesquels les personnes réfugiées peuvent exprimer leur reconnaissance de manière autonome et sur un pied d’égalité. Finalement, les institutions gagneraient à poursuivre le développement de stratégies appropriées pour reconnaître les bénévoles afin de renforcer la pérennité des projets solidaires et de favoriser un investissement bénévole à long terme.

Cette recherche fait partie d’un projet plus large co-financé par le Fonds national suisse et intitulé RESONET REsilience and SOlidarity in intercultural encounters between displaced migrants and host society members ; An ego-centered NETwork approach. Ce dernier se penche sur les réseaux des personnes migrantes, en analysant leur importance à la fois dans les processus de résilience et dans l’engagement de bénévoles dans les pays d’accueil. Il a été mené par des chercheur·euses de l’Université de Lausanne, de l’Université Libre de Bruxelles et KU Leuven entre avril 2022 et avril 2025.