Projet de recherche sur le climat en Antarctique sur le point d’aboutir

- EN- DE- FR - IT
Travail de l’équipe internationale de forage au camp Little Dome C en Anta
Travail de l’équipe internationale de forage au camp Little Dome C en Antarctique. Le soleil est trompeur : avec des températures moyennes de moins 55 degrés Celsius, les conditions de travail sont extrêmes. © Beyond EPICA project

La recherche de la plus ancienne glace du monde dans l’Antarctique entre dans une phase décisive. Dans le cadre de ce grand projet européen, les chercheurs tentent de soulever en Antarctique des carottes contenant des informations climatiques sur les 1,5 million d’années passées. L’Université de Berne y joue un rôle important.

Au début de la nouvelle année, une équipe internationale de forage doit pénétrer à 2 750 mètres dans le camp Little Dome C en Antarctique. C’est à cette profondeur que la calotte glaciaire de l’Antarctique touche le fond rocheux. Et c’est là, dans la glace la plus ancienne de la planète, que les chercheurs s’attendent à trouver des archives climatiques et environnementales uniques.

Seule la glace contient de l’air du passé enfermé dans des bulles, ce qui permet de mesurer directement les concentrations de gaz à effet de serre du passé’, explique Hubertus Fischer, professeur de physique climatique expérimentale et membre du Centre Oeschger de recherche climatique de l’Université de Berne. Il est l’une des forces motrices du projet européen ’Beyond EPICA - Oldest Ice’, qui se trouve actuellement dans sa phase décisive.

Avancée en terre scientifique inconnue

Comme lors des campagnes de forage précédentes, deux chercheurs bernois font actuellement partie d’une équipe de 16 personnes sur place. Les trois campagnes de forage précédentes avaient déjà atteint une profondeur de plus de 1800 mètres. Lorsque nous avons commencé les préparatifs il y a plus de dix ans, nous étions très incertains quant au lieu et à la qualité de la glace que nous allions trouver", explique Hubertus Fischer. Mais maintenant, il y a de bonnes chances que l’objectif de l’expédition soit atteint avant la fin de la saison de forage actuelle et que ce trésor de données unique soit mis à jour.

Avec cette campagne de forage, nous nous aventurons en terre scientifique inconnue", explique le professeur de climatologie bernois. La carotte de glace en cours d’extraction doit notamment contribuer à une meilleure compréhension de l’interaction entre les périodes chaudes et froides. Il y a environ un million d’années - comme le montrent des études de sédiments marins - un changement s’est produit dans ce va-et-vient. La raison de ce changement reste un mystère, mais la recherche climatique suppose que les gaz à effet de serre, entre autres, ont joué un rôle décisif. Cette hypothèse doit maintenant être vérifiée à l’aide des glaces les plus anciennes.

Des chercheurs bernois développent de nouvelles techniques d’analyse

Financée par des fonds de recherche européens et suisses, l’équipe de Hubertus Fischer a réussi à développer des techniques d’analyse entièrement nouvelles. La particularité : tous les gaz à effet de serre peuvent être mesurés simultanément par une seule analyse. Mieux encore, l’air extrait des échantillons de glace n’est pas perdu lors des mesures, mais peut ensuite être utilisé pour d’autres travaux de recherche.

Hubertus Fischer parle d’un ’recyclage parfait’ et déclare : ’Pour une carotte de glace ordinaire, les efforts gigantesques que nous devons déployer pour y parvenir ne se justifieraient jamais’, mais pour la glace la plus ancienne de la planète, dont seules de très petites quantités sont disponibles, oui.